Perte de 40 milliards

Rousseau n'a que deux regrets

Outre les PCAA et un manque de communication, l'ex-p.-d.g. de la Caisse de dépôt estime n'avoir rien à se reprocher

L'affaire de la CDP - le cas Henri-Paul Rousseau

Robert Dutrisac - Devant les élus, Henri-Paul Rousseau a expliqué pendant six heures que les dirigeants de la Caisse n'avaient rien à se reprocher pour les résultats très médiocres de 2008, sauf l'erreur des papiers commerciaux. De toute façon, plus de la moitié de la perte de 40 milliards consiste en des provisions non matérialisées. Le gouvernement n'a qu'à changer les règles comptables auxquelles est soumise la Caisse pour que le portrait soit différent, assure l'ancien président.
Québec -- L'ancien président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Henri-Paul Rousseau, qui comparaissait devant une commission parlementaire spéciale, a tenté, hier, de minimiser la débâcle qu'a connue l'institution en 2008 en soutenant que plus de la moitié de ses pertes de 40 milliards ne sont que des provisions qui ne se sont pas matérialisées.
Son erreur, Henri-Paul Rousseau l'avait déjà reconnue au début de mars devant de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain; c'est celle de ne pas avoir pris conscience des dangers des papiers commerciaux adossés à des actifs (PCAA) non bancaires. Une erreur qu'il a comparée à celle que commet un cycliste qui, dans un moment d'inattention, entre en collision avec un camion.
Mais si les PCAA ont entraîné une «provision» de 6 milliards, dont 4 milliards en 2008, seule une perte de 181 millions, un an et demi après l'effondrement du marché des PCAA à l'été de 2007, s'est matérialisée, a fait valoir Henri-Paul Rousseau.
L'ancien président a plaidé pour qu'on fasse le suivi de l'ensemble des pertes non matérialisées de la Caisse, qui se sont élevées à 22,4 milliards en 2008, laissant entendre que l'institution pourrait se refaire.
À ce «regret» de ne pas avoir prévu l'effondrement possible des PCAA, Henri-Paul Rousseau en a ajouté un autre, celui «de ne pas avoir fait de travaux de communication assez fréquemment avec le grand public et avec vous-mêmes [les députés]». Si les résultats de la Caisse apparaissent désastreux, c'est que «cette organisation extraordinaire», on la «voit compliquée». Même si l'avoir de la Caisse a chuté de 25 %, ses revenus courants, notamment dans le secteur immobilier, se sont maintenus pour l'essentiel, a-t-il avancé. «C'est ça qui est sécurisant», a dit Henri-Paul Rousseau qui avait prêté serment de son propre chef pour sa comparution devant la commission des finances publiques.
Les piètres résultats de la Caisse ne peuvent être imputables ni à ses dirigeants, ni à sa gestion des risques, dont le niveau est moindre que celui de ses pairs, ni à la rémunération de ses gestionnaires, a-t-il souligné. «Cette crise n'a pas été celle de la Caisse. C'est la crise de tout le monde», a-t-il affirmé. «L'année 2008, elle s'est passée dans les 45 jours de la fin de l'année; il s'en est passé plus à la Caisse de dépôt et sur la planète que dans 45 ans.»
Une bonne partie des pertes de la Caisse en 2008, dans les placements privés et dans l'immobilier, provient de règles d'évaluation dites de «mark-to-market», qui déprécient la valeur de ses actifs comme s'ils étaient liquidés. Or, les autres caisses ne sont pas soumises aux mêmes règles, ce qui rend ardues les comparaisons. M. Rousseau recommande au gouvernement de modifier la loi pour que la Caisse puisse appliquer les mêmes règles que ses pairs.
Alors que le député de Rousseau et porte-parole de l'opposition officielle en matière de finances, François Legault, le talonnait, M. Rousseau, qui a présidé à ses destinées de septembre 2002 à mai 2008, a dû reconnaître que la Caisse ne parvenait pas à battre les indices dans les marchés américains ou mondiaux, contrairement à ce qu'elle fait sur le marché canadien. «C'est un problème de recrutement de personnel», a indiqué M. Rousseau. La Caisse investit une plus grande part de son actif à l'étranger, mais elle n'a pas l'expertise dont elle bénéficie ici. La Caisse a réduit son risque en se rapprochant d'une «gestion indicielle», a signalé M. Rousseau.
Les nouveaux monarques
Le député de Mercier, Amir Khadir, de Québec solidaire, a accusé Henri-Paul Rousseau d'avoir démissionné de la Caisse «au milieu de la tourmente» pour devenir vice-président chez Power Corporation, «une multinationale tentaculaire».
«L'arrogance et le mépris cachent une certaine lâcheté, a lancé Amir Khadir. Vous êtes donc de la race de ces élites économiques [dont] les évangélistes du libre marché [...] chantent la gloire, mais qui sont devenues ces nouveaux monarques qui se croient tout permis, et au-dessus de tout jugement.»
Rappelant les «lourds sacrifices» qu'il a faits en acceptant de diriger la Caisse, notamment «les millions de dollars» qu'il a laissés derrière lui, Henri-Paul Rousseau, l'air dépité, a dit craindre que de telles réactions empêchent la Caisse de recruter des «gens de qualité».
Tandis que le député de Shefford et critique adéquiste en matière de finances, François Bonnardel, s'intéressait aux circonstances qui ont amené l'ancien président la Caisse à accepter une offre de Power Corp., M. Rousseau a indiqué qu'il était hors de question qu'il renonce à sa prime de départ de quelque 400 000 $, qu'il a touchée en vertu de son contrat d'embauche. C'est après l'assemblée annuelle du holding de la famille Desmarais, durant la première semaine de mai, qu'il a reçu cette offre; il a pris sa décision le 28 mai, pour l'annoncer le lendemain au président du conseil d'administration de la Caisse, Pierre Brunet, a précisé M. Rousseau.


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé

-->