1960 nous a libérés de la bride de l’Église

Que quelque chose de grand nous arrive!

Nouveau Mézière en vue : GND ou PKP? (Claude G. Charron)

Tribune libre

Les lecteurs du journal de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (Le Patriote) n’ont peut-être pas tous parcouru attentivement le numéro de Janvier 2015. M. Claude G. Charron nous y rappelle (nous apprend) la conversion républicaniste, en 1793, de Mézière, patriote trop peu connu.

Fils de notaire, qui fuit le Canada, pays esclave selon lui, parce qu’il jouit d’une constitution qui lui a été donnée par un pays étranger… Âgé de seulement 21 ans, motivé par la chute de la monarchie de France, liée à la guerre entre la France et l’Angleterre, il accourt vers le représentant de la France à Washington (indépendant depuis seulement 10 ans), Edmond-Charles Genêt. Ensemble, ils rédigent un appel aux Canadiens dans un texte intitulé : « Des Français libres à leurs frères les Canadiens ». On y dénonce les exactions du gouverneur Haldimand qui a fait incarcérer, pour penchant républicain, trois intellectuels ayant eu la malchance d’être nés en France. Citons : « Canadiens, il est temps de sortir du sommeil léthargique dans lequel vous êtes plongés. Armez-vous, appelez à votre secours vos amis les Indiens, comptez sur l’appui de vos voisins et sur celui des Français… »

On fait distribuer cet appel en sol laurentien. Dorchester redevenu G.G. fait bloquer le service de la poste royale. Et Mgr Jean-François Hubert, évêque de Québec, rappelle à ses ouailles : « Les Canadiens ne sauraient violer leur serment de fidélité et d’obédience au roi d’Angleterre sans se rendre coupables envers Dieu lui-même. »

Or, l’ambassadeur Genêt souffrit de rapports exécrables avec le président Washington, qui choisit la neutralité du pays. Et il commanda une expédition qui tourna au cauchemar vers Haïti. Mézière étant de la partie, les deux y vécurent la fin de leur rêve républicain pour le Bas-Canada.

L’auteur Charron en tire cette suite : « … le vent a tourné de façon telle que pendant deux cents ans, l’Église a pu renforcer son pouvoir sur nos arrière-arrière-arrière-grands-parents. La bride n’a été lâchée qu’après la Révolution tranquille de 1960. Et elle l’a été pas à peu près! Ce qui fait que nous sommes si différents des autres peuples. Mais il faudra bien maintenant que quelque chose de grand nous arrive... Peut-être que ce pétrole sale que l’on veut faire passer de force subr notre territoire est l’événement mondial phare qui va faire qu’enfin tout débloque. D’bautant plus que notre Mézière, il semble bien que nous l’ayons trouvé en ce GND. Ou peut-être avec PKP. »

Le jeune Mézière ou l’expérimenté?

Squared

Ouhgo (Hugues) St-Pierre197 articles

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Fier fils de bûcheron exploité. Professeur retraité d'université. Compétences en enseignement par groupes restreints, groupes de réflexion, solution de problèmes. Formation en Anglais (Ouest canadien), Espagnol (Qc, Mexique, Espagne, Cuba), Bénévolat latinos nouveaux arrivés. Exploration physique de la francophonie en Amérique : Fransaskois, Acadiens, Franco-Américains de N.-Angl., Cajuns Louisiane à BatonRouge. Échanges professoraux avec la France. Plusieurs décennies de vie de réflexion sur la lutte des peuples opprimés.





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10 commentaires

  • Ouhgo (Hugues) St-Pierre Répondre

    31 janvier 2015

    M. Haché, merci d'intervenir sur Mgr Parent, mais si i'y ai eu recours, c'était pour relancer ceux qui sont venus à la rescousse de l'Église dans cet écrit de Claude G. Charron que je résumais ici pour son allusion à GND ou PKP comme patriotes.
    Pourtant, Mme Fortin avait bien remis sur les rails le sujet en démontrant que ni l'un ni l'autre n'a de prédispositions pour la république... Le sujet est bien de compléter la Révolution tranquille, ou de moderniser ce peuple oublié dans la vallée du St-Laurent... Le P.Q. ayant à nouveau échappé le ballon sous Pauline, et se préparant à jouer la même pièce en face des fédéraux qui achèvent de nous enfermer dans une réserve... est-il trop tard? Si PKP se présente comme nouvel atout, c'est peut-être grâce à son talent pour échapper aux médias mange-Québécois. Ses assemblées de cuisine, si efficaces, livrent-elles davantage le plan de pays à ses admirateurs? Il contrôle le message média et les photos, c'est légitime. Est-ce une confiance aveugle? Un acte de foi? La vigilance sera de s'assurer de sa transparence sur sa route vers l'élection. Le peuple souverain n'a plus à faire confiance à un sauveur, les yeux fermés... le peuple souverain... le peuple qui refuse l'appui aux royaumes tortionnaires, qui refuse les insultes de ministres enrôlés dans une secte.

  • Marcel Haché Répondre

    30 janvier 2015

    @ Ouhgo
    La pratique religieuse qui a soudainent cessé n'avait rien à voir avec le rapport Parent, la Révolution Tranquille non plus. Et je me souviens assez bien d'un cours de Guy Rocher, alors membre de la commission Parent, qui n'avait jamais parlé de bondieuseries mais bel et bien des rondes de négociations syndicales à travers le Québec. C'est d'argent et non pas de chapelets dont il était question.
    Lorsqu'on aura creusé suffisamment creux la révolution tranquille, on trouvera sans doute quelques chapelets, sans doute, sans doute, mais on trouvera aussi des cables électriques enfouis et cachés par les fédéralistes qui ont toujours eu honte de 1962. On jase

  • Ouhgo (Hugues) St-Pierre Répondre

    29 janvier 2015

    Si les pro-catho étaient pas partis se coucher, ils auraient pu rajouter:
    Le renouveau du Québec, la "révolution tranquille", la mal aimée, c'est venu avec le rapport Parent... et ce Parent, c'était quand même Monseigneur Parent! En plus de PGL, un autre survivant à interviewer, professeur Guy Rocher, qui est intervenu avec brio à la commission parlementaire avortée de Bernard Drainville.
    Mais bon, si on ne peut plus s'opposer alors...

  • Ouhgo (Hugues) St-Pierre Répondre

    27 janvier 2015

    En l'absence de Claude G. Charron, l'auteur de cet article dont le simple résumé réveille la question de l'utilité de l'Église plus que celle du patriotisme des Québécois modernes, osons donc une opinion. Bientôt septuagénaire moi-même, je fus donc un des privilégiés à jouir des enseignements culturels des Pères de Ste-Croix, puis des Frères du Sacré-Coeur. Ayant vécu le cours classique entièrement en externat, je ne fus donc pas témoin des amitiés particulières qu'on y pratiquait, semble-t-il, sous le couvert du célibat obligatoire des doctes professeurs catholiques.
    Je suis donc aussi un laudateur de l'enseignement que j'y reçus en matière des origines de notre langue tout comme de la seconde. J'en remercie aussi les Pères de l'Oratoire pour leur sensibilisation aux arts, musique, théâtre du Père Legault, architecture épurée et décor dépouillé, bref pour un intérêt marqué envers la culture générale. Aux Sacré-Coeur, je connus de bonnes bases d'Histoire, de littérature et de logique, comme ouverture à la philosophie... Huit ans à nous apprendre à apprendre. Histoire des religions? Nenni. La messe obligatoire, Si! Savoir servir la messe, Si! Le Frère André, thaumaturge, bien sûr, enfin canonisé.
    Mais ce n'est qu'en dernière année, quand le collège devenait cégep, qu'on nous ouvrit les yeux sur la biologie, l'économie, la politique... c'était le choc du R.I.N., qui risquait de nous pervertir...
    Alors les pères de la Révolution tranquille, créés par l'Église catho? Oui, parce qu'ils étaient doués et qu'ils s'en sont sortis. Si Paul-Gérin Lajoie avait pu oeuvrer plus tôt, la Révolution serait peut-être arrivée plus tôt... par un éveil à la France, laîcisée depuis longtemps.

  • Gilles Verrier Répondre

    24 janvier 2015

    En accord avec ce qu'écrit Jean-Claude Pomerleau, je rajouterais ceci.
    Rapport de force défavorable en 1837. Les patriotes se sont laissés entraîner malgré eux à répondre aux provocations des Anglais, la répression brutale qui suivit entraîna une profonde dépression psychologique de tout un peuple. Ce n'est que grâce à la fondation ultérieure des collèges classiques par l'Église que les Canadiens français échappèrent à la folklorisation et à leur disparition. Sans les collèges classiques et les séminaires il n'y aurait pas eu de révolution tranquille.

  • Marcel Haché Répondre

    24 janvier 2015

    @Danièle Fortin
    Même si tout reste possible encore, les péquistes s’activent très fort présentement pour vous donner raison. Quant à moi, je n’espère plus qu’une seule chose : qu’une fois élu chef du P.Q., P.K.P. soit en mesure de changer la Méthode politique de son parti. Le reste, tout le reste incluant la république, pourrait ensuite débouler dans le bon sens. Mais cela n’est pas certain évidemment. Cependant, entre ce qui reste incertain pour l’avenir et ce qui est très certain quant aux antécédents du P.Q., le choix n’est pas si difficile à faire. Autrement, si le P.Q. décide de garder résolument ses vieilles pantoufles et sa vieille Méthode politique, nous assistons et nous aurons assisté à une autre course de jambetteux en pantoufles, ceux que nos ennemis appellent les loosers.
    « Indépendantiste » « progressiste » ? Pourquoi « progressiste » en effet, et non pas simplement « indépendantiste » ?
    « Indépendantiste progressiste » c’est très exactement comme « indépendantiste mais ». Je suis « indépendantiste mais » ! Y a même un parti politique spécifiquement « indépendantiste mais » !

    Mais c’est bien avant l’apparition d’un parti « indépendantiste mais » que les « indépendantistes mais » avaient déjà mis leurs pantoufles. GND n’est peut-être pas aussi jeune qu’on pourrait le croire. On jase.

  • Jean-Claude Pomerleau Répondre

    23 janvier 2015

    L’Église nous a t elle trahi ou sauvé ?
    Pour répondre à cette question allons à l’essentiel : Qu’est-ce qui fut NÉCESSAIRE pour que ce peuple français en Amérique survive au vent contraire de l’Histoire : Un État pour conserver sa cohésion nationale.
    Géoplitique 101 : L’État et la cohésion nationale.
    De 1608 à 1759 l’État est en croissance organique. Grâce au rôle d’appoint de l’Église, il atteint une masse critique qui lui a permit de ne pas être anéantie par la victoire britannique. Cette contribution fut donc essentiel.
    Durant les 150 premières années, la cohésion nationale de ce peuple français qui reposait sur les assises de son État avec lequel elle était en adéquation n’était pas remise en question, sauf de l’extérieur.
    La défaite de la France sur notre territoire viendra tout changer.
    La première conséquence est celle de voir les institutions politiques et l’appareil d’État (Nouvelle France) démantelés. Et le lien avec la France rompu. (Ce que consacre le Traité de Paris, 1763). Que reste il comme assise alors pour conserver notre cohésion nationale (peuple français) face à un Empire qui veut nous assimiler : L’Église.
    Elle fut la contrepartie de la couronne britannique dans l’Acte de Québec de 1774 (consentie parce que les anglais n’était pas dans un rapport de force si favorable face à un peuple qui avait atteint une masse critique et qui pouvait se joindre à la révolution qui menaçait au Sud).
    C’est cette institution millénaire dans ses capacités de structurer les sociétés, laquelle avait joué un rôle d’appoint nécessaire dans les premiers élans de notre État, qui va venir jouer un rôle "cardinal" pour la suite de l’histoire. Particulièrement suite à la défaite des Patriotes : L’Église « triomphale» va se substituer à notre État pour en assumer elle-même les fonctions essentiels : Peupler et mettre en valeur le territoire !
    C’est sur les assises de cette institution que va reposer nos espoirs réels (géopolitique) de conserver notre cohésion nationale. Elle s’est si bien acquitté de sa mission historique que, suite à 200 ans de gain de potentialité, ce peuple va passé de la puissance à l’acte en 1960 pour se doter d’un État moderne pour assurer sa cohésion nationale. Un saut périlleux pour les "canayens".
    Ce sera la Révolution tranquille : Maitre chez nous.
    Mais pas tout à fait. Très vite les acteurs politiques vont faire le constat que ce demie État annexé et réduit dans ses capacités d’agir n’offre pas toutes les garanties pour assurer la pérennité de la cohésion nationale. La quête de l’État souverain commence. Son élan sera brisé en 1995 ; depuis nous sommes dans le reflux de l’histoire. Le contrôle de notre demie État nous échappe complètement, conséquence du fait de la perte de notre cohésion nationale.
    Alors même que élites politique semblent ignorer l’urgence de la situation. Pour une première fois depuis 1759, nous sommes en danger réel.
    Ce qu’il faut constater c’est que notre demie État semble sur le point de faillir là où l’Église avait réussi, c-à-dire sur l’ESSENTIEL : Conserver notre cohésion nationale (Je suis un pur et dur de l'ontologie).
    Mis à part les anecdotes et les faux choix (la révolte des Patriotes alors que le rapport de force n’était pas favorable). L’Église à jouer un rôle cruciale dans notre existence de peuple.
    Simple constat géopolitique 101 : Non l’Église ne nous a pas trahie,au contraire elle nous a sauvé !
    ...
    P.s J'ai consacré une émission à ce thème du rôle majeur que l'Église de Rome a joué comme institution politique dans notre histoire :
    http://radioinfocite.com/emission/17-12-2014JDS.mp3

  • Ouhgo (Hugues) St-Pierre Répondre

    23 janvier 2015

    Danièle Fortin, gardienne du républicanisme. Essentielle dans ce fouillis d'info qui nous parvient. On fait le suivi à:
    Claude G. Charron, qui commentera sans doute aussi l'avis de Gilles Verrier sur la préparation religieuse des acteurs de la Révolution tranquille. On retient en tout cas d'un de leurs survivants, Paul Gérin Lajoie, qu'il prit du recul de sa patrie, pour aller faire à Oxford un doctorat en droit constitutionnel... Lesage se perfectionna en "sciences canadiennes" en passant dans les Forces de Réserve une dizaine d'années de sa jeunesse.

  • Danièle Fortin Répondre

    22 janvier 2015

    Merci de faire connaître ces deux combattants républicains du Canada français mais contrairement à MM. Mézière et Genêt, pas plus GND que PKP n'ont fait de l'idéal républicain leur principal cheval de bataille. À preuve, lorsque GND se posa la question si oui ou non il devait accepter le prix du Gouverneur général ce n'était pas parce que cela entrait en contradiction avec ses idées républicaines, non, mais bien parce qu'il se disait « indépendantiste » et « progressiste ». Imaginez la frustration des républicains québécois qui y ont vu là une occasion ratée qu'enfin une personnalité, modèle des jeunes du Québec d'enfin faire valoir cette idée pourtant porteuse d'élévation, de cohésion sociale et nationale. Point besoin d'une Charte en république ! Laissons cela aux anglo-saxons.
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    Pour ce qui est de PKP rendons-nous bien dans la tête que JAMAIS ceux qui se réclament du péquisme-lévesquiste ne nous mèneront même aux portes de l'indépendance ! Si tant est que les mots aient une signification, j'entends par « indépendance » chasser le régime et les institutions coloniales britanniques hors du territoire québécois, déclarer la République libre du Québec, se doter d'une constitution-citoyenne, d'une armée de milice et de battre monnaie.
    Bref de devenir un pays normal.
    _
    _

  • Gilles Verrier Répondre

    22 janvier 2015

    «L’auteur Charron en tire cette suite : « … le vent a tourné de façon telle que pendant deux cents ans, l’Église a pu renforcer son pouvoir sur nos arrière-arrière-arrière-grands-parents. La bride n’a été lâchée qu’après la Révolution tranquille de 1960. Et elle l’a été pas à peu près ! »
    Mais nous savons tous aussi que ce n'est pas Mézière qui nous a permis de traverser le désert de la survivance. C'est le clergé catholique qui l'a fait et s'il ne l'avait pas fait notre conversation serait en anglais aujourd'hui. Il n'y avait pas d'autres structures sociales entre le régime colonial et le clergé. Il faudrait cesser de mépriser notre propre histoire, tenter la ré-écrire pour la rendre conforme à la rectitude de laïcité qui ne sait plus faire de nuances. Ce n'est pas en ré-écrivant les vicissitudes de son passé au goût du jour que le Québec sera plus grand.
    Et n'oubliez jamais que tous nos Grands, ceux qui ont fait la révolution tranquille avaient reçu leur éducation dans des institutions dirigées par le clergé de la «Grande noirceur», ce n'était pas une génération spontanée, comme si des ténèbres sortait subitement la lumière. Si vous croyez, c'est que vous croyez aux miracles.
    Rien de personnel, j'écris ces lignes par soucis de rétablir un certain équilibre.