Loi sur l'identité

Quand les péquistes reviennent au bon sens

Mais pour l'instant, le souverainisme marque enfin sa réconciliation avec l'identité nationale. Après une décennie, il était temps.

Citoyenneté québécoise - Conjoncture de crise en vue



La levée de boucliers contre le projet de citoyenneté mis en avant par Pauline Marois en dit beaucoup au sujet du conditionnement politiquement correct d'une certaine élite québécoise. Il aura suffi de quelques heures pour que se mobilise le clergé pluraliste avec son habituel chapelet d'injures: pour regagner un électorat évidemment soupçonné des pires sentiments, le chef du Parti québécois prendrait des libertés avec l'impératif de la diversité en instituant une citoyenneté s'enracinant explicitement dans l'identité québécoise telle qu'elle est portée par la majorité francophone.
Nationalisme ethnique, fermeture à l'autre, repli sur soi: les formules bien apprises à la lecture du catéchisme multiculturel sont nombreuses pour disqualifier l'initiative souverainiste dans une entreprise de diabolisation semblable à celle menée il y a désormais 30 ans contre la Charte de la langue française. Même le premier ministre Jean Charest, en se faisant prophète de l'avenir, s'y est mis en affirmant que l'approche préconisée par le PQ relèverait du «passé».
Déjà, les souverainistes ont neutralisé très adroitement ce premier procès avec une réponse simple: à moins d'être réduite à une simple estampe administrative, la citoyenneté suppose partout un accouplement au moins partiel avec l'identité nationale de la société qui la promulgue. Rien de plus normal que cela, une telle philosophie téléguidant la plupart des politiques de naturalisation des immigrants dans l'immense majorité des démocraties occidentales qui constatent d'ailleurs lucidement l'une après l'autre l'implosion généralisée du modèle multiculturel. Adhérer à une nation implique davantage qu'une simple procédure juridique. Si le Québec est l'incarnation politique d'un fait national, ne va-t-il pas de soi que ceux qui le rejoignent soient appelés à en apprendre la langue et, d'une certaine manière, la culture?
Pourtant, la chose n'allait pas de soi, comme le confirme la colère de ceux qui souhaitaient que la question identitaire demeure une pure rhétorique, une pure question de marketing politique, le peuple devant s'épuiser dans les audiences de la commission Bouchard-Taylor pour assurer en dernière étape la récupération de cette controverse par la technocratie chartiste.
Réaffirmation identitaire
En fait, c'est par sa dimension institutionnelle que se confirme la pertinence du projet de loi péquiste avec sa prétention à raccrocher le Québec politique à la morphologie du Québec historique en traduisant concrètement le désir de réaffirmation identitaire partout visible à l'heure actuelle. On peut d'ailleurs noter que l'ADQ n'est toujours pas parvenue à mener une pareille démarche, ce qui laisse deviner un nationalisme passant plus difficilement que prévu de la parole aux actes, d'autant plus que son chef, après quelques tergiversations, s'est finalement classé parmi les adversaires de la loi sur l'identité nationale.
Pour une première fois depuis un bon moment, c'est le régime multiculturel qui est explicitement remis en question dans ses fondations. Car, on le comprend bien, derrière l'identité se profile un débat sur la nature de la communauté politique. Ceux qui nous disent refuser de faire de l'apprentissage du français et de la culture québécoise un préalable à l'acquisition de la citoyenneté révèlent ainsi une vision bien amincie de la société, censée tenir dans la seule célébration de principes «universels» contenus dans les chartes de droits.
Pour ces gens qui pratiquent le snobisme de la sophistication cosmopolite, l'identité nationale ne devrait jamais porter à conséquence. On voit bien là la vision du monde normalement partagée par des élites qui n'en finissent plus de criminaliser l'héritage fondateur de nos sociétés. À l'inverse, la chose n'est plus à prouver pour une immense majorité de la population: la nation relève encore du registre de l'évidence historique. Dans cette perspective, s'intégrer à une société ne consiste pas seulement à respecter des principes de droits mais aussi à prendre le pli identitaire exigé par la majorité d'accueil qui s'ouvre au nouvel arrivant à partir d'un patrimoine historique donné, d'une mémoire, d'une identité substantielle. Autrement dit, s'intégrer à une société consiste à apprendre à dire «nous» avec elle.
Cette loi est indispensable. Elle amène le débat identitaire sur le plan des institutions et nous rappelle que sans accès à l'identité nationale qui la féconde, une citoyenneté se stérilise, s'assèche, se dévitalise. Elle n'est pourtant pas suffisante. Tôt ou tard, il faudra bien entreprendre encore plus considérablement la révision par grands pans de la religion multiculturelle en ouvrant une réflexion sur l'approfondissement de cette citoyenneté. Mais pour l'instant, le souverainisme marque enfin sa réconciliation avec l'identité nationale. Après une décennie, il était temps.
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Mathieu Bock-Côté, Candidat au doctorat en sociologie à l'UQAM et auteur de La [Dénationalisation tranquille->rub573] (Boréal, 2007)


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