QS: la défaite des pragmatiques

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Même les chroniqueurs fédéralistes trouvent QS excessif sur les signes religieux

CHRONIQUE / La direction de Québec solidaire (QS) savait depuis un moment déjà qu’elle devrait gérer les répercussions de l’abandon du «compromis Bouchard-Taylor». Décidé en fin de semaine, cet abandon se profilait depuis des mois.


Cette même direction n’avait toutefois pas prévu qu’elle aurait aussi à faire l’exégèse d’une autre décision, plus délicate encore, prise par une majorité de délégués solidaires, celle concernant le voile intégral cachant le visage.


Je comprends les efforts déployés par Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé à l’issue du Conseil national de leur parti pour passer à autre chose; pour dire que le dossier des signes religieux n’est pas et ne sera pas leur priorité; que celle-ci sera la lutte contre les changements climatiques. 


Mais voilà, les nombreux adversaires de Québec solidaire dans la société ne lui feront pas le plaisir d’oublier sa nouvelle position; non plus que ceux à l’Assemblée nationale.


Pour les libéraux, il est inespéré qu’un groupe parlementaire soit désormais davantage qu’eux contre tout interdit en matière de symboles de foi.


Pour les péquistes, c’est une plus grande aubaine encore. Le Parti québécois ne se gênera pas pour accuser Québec solidaire de «multiculturalisme».


Dans la bouche des ténors péquistes et de bien d’autres, ce seul mot est une condamnation en soi.


Un principe


La position adoptée ce week-end par une écrasante majorité de délégués solidaires est un désaveu de celle forgée il y a quelques années par les ex-députés Françoise David et Amir Khadir.


Je ne suis pas sûr que tous les sympathisants de Québec solidaire — je ne parle pas de ses délégués qui étaient au Cégep Limoilou, mais de ses électeurs en général — soient contents de ce virage.


Samedi, le débat sur cette question a opposé les tenants d’un principe — celui des droits individuels — aux «stratégiques» et aux «pragmatiques», ceux pour qui ce revirement se retournerait contre leur parti.


Il est admirable de vivre selon ses principes et de ne pas fonder ses opinions sur les sondages. Il est honorable de marteler que ce sont les institutions et non les individus qu’il faut viser. Mais il faut ensuite être capable de vivre avec. C’est désormais ce que devra faire Québec solidaire.


Dimanche, Gabriel Nadeau-Dubois était exaspéré par l’insistance des journalistes à revenir sur cette question.


La vraie surprise


La vraie surprise du Conseil national de QS n’est donc pas l’abandon du compromis Bouchard-Taylor, mais l’ouverture — même extrêmement balisée — au «visage couvert» dans l’appareil public.


Il est vrai que la question de la burqa et du niqab dans le périmètre gouvernemental est on ne peut plus théorique — sans compter le fait qu’elle a été instrumentalisée pendant des années pour susciter des craintes chez les citoyens en général  (mais je m’éloignerais du sujet et me répéterais en poursuivant sur cette instrumentalisation).


À l’évidence, Gabriel Nadeau-Dubois se serait bien passé de ce vote qui a fait virer la position du parti sur le «visage couvert» d’un feu rouge à un feu jaune. D’autres solidaires aussi.


Ce que je retiens, moi, de ce vote, c’est la confusion sur sa portée et sa signification.


Mais pourquoi ne pas avoir demandé un nouveau vote pour clarifier la situation? On arguera sans doute que les règles de fonctionnement interne ne le permettaient pas.


Mais sur cet aspect précis des choses, un sens politique bien campé n’aurait pas fait de tort.


Cette affaire m’a fait penser à une situation vécue par Pauline Marois en avril 2011. Incapable de vivre et de défendre une résolution adoptée quelques heures plus tôt par une majorité de délégués péquistes réunis en congrès, elle avait convaincu l’assemblée de revoter! C’était tout à fait inusité.


Les délégués péquistes étaient donc revenus sur leur décision de bannir l’anglais dans l’affichage commercial. Mme Marois avait posé un geste spectaculaire.


La direction de QS n’a pas fait ce choix. Mais le pouvait-elle? Le voulait-elle?