SNC-LAVALIN

Punir sans tuer!

Les accusations portées par la GRC visent les actionnaires et le CA de l'entreprise

Les accusations de fraude et de corruption portées par la GRC contre SNC-Lavalin sont lourdes de conséquences pour la firme, mais aussi pour le Québec. Sans minimiser la responsabilité de la compagnie, il faut une sortie de crise responsable à laquelle Ottawa doit contribuer.
Né de la fusion de SNC et de Lavalin en 1991, le Groupe SNC-Lavalin est aujourd’hui présent dans 40 pays, où il doit concurrencer des sociétés aux moeurs aussi corrompues que celles des clients convoités. Cela ne justifie pas d’avoir soi-même recours à la corruption, mais l’explique certainement.

Aujourd’hui, les actes du passé viennent hanter la nouvelle direction de SNC-Lavalin au moment où les travaux de la commission Charbonneau et les enquêtes de l’UPAC lèvent le voile sur les pratiques douteuses de plusieurs acteurs du monde du génie-conseil québécois.

SNC-Lavalin réfute les accusations dont elle est l’objet. Selon ses dirigeants, les fautes dont on l’accuse ont été commises par des individus qui ont été congédiés. La compagnie se dit même la victime de ces actes criminels et réclame dédommagement de la part de ses ex-employés !

Personne n’est dupe du procédé. Des individus ne peuvent pas utiliser des dizaines de millions tirés des coffres de leur entreprise, et ce, pendant plusieurs années sans que cela découle d’une certaine culture d’affaires propre à l’entreprise.

Cela étant dit, on ne met pas une compagnie en prison. On lui impose des pénalités à la hauteur des fautes reprochées et on poursuit ses dirigeants si on a des preuves de leur implication. Ce qui est le cas ici puisque d’anciens hauts dirigeants font aussi face à des accusations criminelles.

SNC-Lavalin n’est pas la seule société multinationale à avoir été prise en défaut au cours des dernières années. Cela a incité le gouvernement Harper à adopter rapidement une politique d’attribution de contrats qui exclut dorénavant pour dix ans toute société reconnue coupable de fraude ou de corruption, ici ou à l’étranger. Une politique qui, pour l’instant, ne permet pas de racheter ses fautes en changeant de direction et en versant une amende, aussi importante soit-elle, comme c’est le cas aux États-Unis.

Si SNC-Lavalin ne pouvait plus soumissionner auprès du gouvernement canadien, elle n’aurait d’autre choix que de se vendre au plus offrant ou de déménager son siège social montréalais qui emploie plus de 4000 personnes. À elle seule, cette éventualité devrait suffire à convaincre le gouvernement Harper de modifier sa politique.

À cette étape-ci des procédures, la solution la plus appropriée serait de reprendre les négociations interrompues cet automne pour le retrait des accusations en échange de la reconnaissance des faits et d’une amende salée, de l’ordre de 300 à 500 millions par exemple.

Ainsi, au lieu de faire payer les contribuables pour un long procès, on renflouerait les coffres du Trésor à même les profits des actionnaires sans nuire aux employés, qui sont les vraies victimes dans cette affaire. Si des négociations sont toujours possibles avec des individus accusés de meurtre dont la collaboration est jugée nécessaire, elles devraient l’être avec une société qui emploie des dizaines de milliers de personnes !

Ottawa doit donc assouplir sa politique d’exclusion automatique des sociétés fautives qui ont reconnu leurs torts et payé leur dû comme plusieurs le lui recommandent, dont le bureau canadien de Transparency International.


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