Propos d’outre-tombe

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« Les musulmans ne peuvent pas imposer leurs pratiques religieuses dans un pays où la majorité n’est pas musulmane. »



En novembre 2013, Le Journal faisait paraître un entretien que j’avais mené avec Malek Chebel. Algérien d’origine, historien et psychanalyste, auteur du Dictionnaire amoureux de l’islam, cet ami du Québec nous mettait en garde contre l’islamisme, qui était en train de « déstabiliser [notre] pays ».




Le texte s’avère d’une actualité brûlante. « La burka est une extrapolation de tout ce qui est négatif dans l’islam », m’expliquait-il alors. « Il y a deux sortes de voiles. Celui que porte une femme quand elle va à la mosquée exprime respect et pudeur, parce qu’elle est croyante. L’important est qu’elle ne le porte pas avec ostentation. Car dès qu’il y a exagération, que la femme s’affiche partout, c’est suspect. »




Prétendre que le voile est « un bout de tissu » est mensonger, aux yeux du spécialiste du Coran. Le voile peut être une arme politique, assure Malek Chebel. Or, des Québécois opposés au projet de loi actuel usent de cet argument pour en justifier le port en toutes circonstances.




Féminisme québécois




Malek Chebel, très au fait alors de la politique multiculturelle du Canada et de la vigueur du féminisme québécois, me déclara : « Il faut que les Québécois sachent qu’il y a le féminisme d’un côté et l’islam de l’autre. On ne peut pas revendiquer le féminisme et croire à une vision du monde qui met les femmes de côté ». Très conscient que le voile sépare les femmes entre elles, l’historien assurait que celles qui prétendent le porter par choix vivent souvent dans un cadre moral rigide et sont influencées par les imams, leur mari, leurs frères. « Si elles étaient vraiment libres, elles le porteraient dans les activités religieuses et l’enlèveraient dans l’espace public par respect pour la communauté dans laquelle elles vivent. »








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Ces propos semblent prophétiques dans cette période tendue dans laquelle nous sommes plongés.




Malek Chebel lui-même s’inquiétait déjà de l’avenir du Canada et du Québec, dont il connaissait les chartes. Il considérait en 2013 que les pays européens à cet égard étaient plus conscients des conséquences pour eux de leur tolérance passée envers le fondamentalisme islamique.




Il estimait qu’au Canada, « l’islamisme [allait] rester, car les islamistes ont compris que le Canada est le paradis terrestre pour eux, qui rêvent de créer des espaces uniquement fondamentalistes ».




Victimes




Le psychanalyste savait aussi que les femmes musulmanes vivant en Occident ne pouvaient pas rompre avec leur culture sans en devenir victimes. On pense alors aux trois filles Shafia et à leur mère, tuées par le père en Ontario parce que les sœurs fréquentaient des garçons et s’habillaient à la mode.




Ce fut ma dernière rencontre avec cet homme courageux, prodigieusement intelligent, emporté par un cancer quelque temps après. « Dans votre cas, la majorité doit définir sa propre identité, ses propres valeurs communes. Si les Canadiens et les Québécois disent “notre culture permet à tout un chacun de venir chez nous en imposant ses pratiques, sa burka, son voile, son harem”, vous allez être sur les braises.




« Les musulmans ne peuvent pas imposer leurs pratiques religieuses dans un pays où la majorité n’est pas musulmane », avait dit pour conclure le savant musulman.