TAUX D’INTÉRÊT

Payer pour investir?

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Il commençait à être temps que Le Devoir en parle

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le tiers des obligations émises par les gouvernements de la zone euro pour financer leur dette rapportent présentement un taux d’intérêt négatif. C’est dire qu’elles vaudront moins à l’échéance qu’elles auront coûté à l’achat. Impossible, dites-vous ?
Tous les pays ne profitent pas de cette aubaine puisqu’au moment même où l’Allemagne, la France, la Suède, la Suisse et quelques autres financent leur dette publique en émettant des obligations qui ne leur coûtent strictement rien, la Grèce, l’Italie, le Portugal et l’Espagne doivent consentir à payer des taux de 6 % et plus.

Ce n’est pas la première fois qu’un tel phénomène secoue les marchés financiers. Déjà, en 1979, la banque centrale suisse avait imposé un taux négatif sur ses prêts au jour le jour dans le but de refroidir l’ardeur des investisseurs étrangers attirés par la sécurité des obligations suisses, un mouvement qui faisait grimper le franc déjà très fort au détriment des exportations du pays.

Si le phénomène se reproduit à plus grande échelle depuis quelque temps, c’est à cause de la politique monétaire expansionniste adoptée par toutes les banques centrales d’Occident pour contrer une crise qui se prolonge. Et avec la baisse du prix du pétrole, il y a même danger de déflation.

Toujours dans le but d’accélérer la croissance, la Banque centrale européenne (BCE) lance cette semaine un vaste programme de rachat d’obligations en circulation qui aura pour conséquence immédiate d’injecter des milliards d’euros dans l’économie. Évidemment, cela ne fera qu’accentuer la pression à la baisse sur les taux d’intérêt.

De ce côté-ci de l’Atlantique, les taux se maintiennent légèrement au-dessus de zéro, mais il pourrait en être autrement si l’économie américaine fléchissait brusquement.

Pour le commun des mortels, il peut sembler ridicule de prêter son argent à taux négatif. Pourquoi ne pas le déposer dans un compte bancaire, même sans intérêt ?

L’argument vaut pour un particulier, dont les dépôts de moins de 100 000 $ sont assurés. Mais pour un investisseur institutionnel, le risque de confier son argent à une banque est jugé plus élevé que celui d’acheter des obligations d’un gouvernement comme l’Allemagne, même à taux négatif. C’est comme si l’investisseur acceptait de verser une prime pour être certain de revoir son argent en période d’insécurité chronique.

Ce mouvement survient dans un contexte où il y a beaucoup de liquidités disponibles et peu de pays dont la dette ne présente aucun risque. Entre placer un milliard à 7 % en Grèce et -0,05 % en Allemagne pour combler la fraction de son portefeuille réservée aux obligations de première qualité, il n’y a pas de choix possible. L’Allemagne aux investisseurs, la Grèce aux spéculateurs !

Avec des taux aussi bas, ce n’est pas un hasard si la performance des marchés boursiers a été très forte depuis cinq ans, malgré la faiblesse de l’économie. Des taux presque nuls forcent les investisseurs institutionnels, comme notre Caisse de dépôt, à prendre plus de risques qu’il y a vingt ans pour générer un rendement équivalent. Tant que la demande pour les titres boursiers, l’immobilier et les infrastructures se maintient, tout va bien. Pour la suite, on croise les doigts en espérant que les mesures prises depuis 2009 pour minimiser le risque se révéleront aussi efficaces qu’on nous l’a promis, ce qui n’est pas prouvé.


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