AVENIR NATIONAL

Notre monde politique

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Tribune libre

Quel étrange système politique que le nôtre ! Feu mon beau-père qui a tâté de la politique plusieurs années dans une petite municipalité de province, sans avoir été en élection – c’était là sa fierté, disait à qui voulait l’entendre que notre système  politique basé sur les partis, la ligne de parti, la discipline et la règle de parti était « le plus maudit système qui soit». Trop souvent, selon son analyse, les ambitions personnelles des  dirigeants d’un parti politique et celles des multiples démarcheurs qui grenouillent autour de celui-ci l’emportaient sur l’intérêt général. Travailler ensemble pour le bien du plus grand nombre était son leitmotiv. L’analyse est peut-être un peu courte. La réélection par acclamation est courante dans les petites municipalités du Québec, un état de fait peut-être un peu moins viable pour les grandes villes. Il n`en demeure pas moins que dans cette optique, un gouvernement minoritaire est une bénédiction en forçant nos vedettes de la politique à œuvrer ensemble.


Notre système politique carbure aux promesses électorales sans validation préalable quant à leur faisabilité par des tiers indépendants, et aux échéances électorales sous un horizon limité de quatre ans, un claquement de doigts dans l’histoire séculaire d’un peuple. Cependant, le problème le plus criant est ailleurs, dans l’exercice démocratique lui-même. Quoi qu’on pense, quoi qu’on dise, les conservateurs sont, au sens démocratique strict, les véritables vainqueurs de l’élection fédérale du 20 septembre 2021, avec 33,7 % du vote populaire, suivi des libéraux, 32,6 %, des néo-démocrates, 17,8 % et des bloquistes, 7,6 %. Le Parti vert, le Parti populaire et autres partis amassent 8,3 % des voix. Notre mode électoral induit de telles distorsions que les conservateurs récoltent 119 sièges contre 160 pour les libéraux, un écart de 34 % ! Pire encore, malgré qu’il ait obtenu plus de deux fois le nombre de votes du Bloc, le NPD obtient 25 sièges contre 32 pour son proche rival. Devant ces faits plutôt gênants, le premier pas est sûrement de mettre en place les conditions nécessaires pour un plein développement de la représentation démocratique. Car, pour les leçons de démocratie à la chine ou à d’autres pays, on repassera.


Quant aux promesses à tout venant qui n`engagent au fond qu’une formation politique, promesses avalisées d’une élection à l’autre par tout au plus 35 % des électeurs, les décisions politiques ne sont jamais aussi solides que lorsqu’elles sont partagées par le plus grand nombre de citoyens, l’acceptabilité sociale, et lorsqu’elles sont basées sur les consensus et les solutions durables et viables qui se dégagent des analyses et des recherches rigoureuses des scientifiques et des groupes de recherche malgré les inévitables divergences d’opinion. Les maîtres mots étant ici consensus et solution, l’un de ces consensus est qu’en situation de crise, en situation d’urgence, l’intérêt général doit primer. On ne devrait jamais oublier la stupeur collective engendrée par la première vague de COVID-19 et l’inquiétude suscitée par les autres vagues qui ont suivi et qui perdurent. Tous, bon gré mal gré, les citoyens, les politiciens, les gens d’affaires, les chercheurs et le personnel en santé ont dû œuvrer ensemble en mettant l’épaule à la roue pour assurer la pérennité de nos soins de santé. Les résultats ne furent pas globalement si mauvais somme toute, à l’exception dramatique des centres hospitaliers de longue durée.


Depuis l’arrivée des vaccins et possiblement de médicaments anti-COVID, et d’une certaine forme de liberté qui en résulte, on ne compte plus les récriminations de toute nature contre à peu près tout ce qui représente une forme quelconque d’autorité. Cette pleurniche qui s’institutionnalise empoisonne la vie publique. La hargne contre les gouvernants dans la gestion de la pandémie devrait plutôt déferler sur les irresponsables qui ne suivent pas les consignes sanitaires et mettent en danger la santé et la vie de leur concitoyens. Que le gouvernement sous pression lâche du lest en appelant à la responsabilité de tous ne devrait pas être perçu comme une marque de faiblesse, mais comme une marque de confiance à l’égard des citoyens en les jugeant aptes à s’autogouverner. On comprendra alors que la démocratie ne se borne pas aux actions gouvernementales.


Ce n’est pas d’aujourd’hui que nos sociétés traversent des crises : guerres civiles et mondiales, épidémies et pandémies mondiales, crises économiques, crises humanitaires et sanitaires, crises climatiques… À ces crises, on pourrait ajouter la crise existentielle permanente de  notre petite nation francophone en Amérique du Nord, laquelle représente autour d’un quarantième (un sur quarante) de la population nord-américaine. L’économiste Mario Polèse conclut son livre, Le miracle québécois, avec une formule poétique de son cru: « C’est là le vrai miracle : les Québécois ont fait la preuve qu’un peuple peut se libérer et s’imposer sans sacrifier le vivre-ensemble avec d`autres peuples. Toutefois, ce miracle est une fleur délicate, une fleur qu’il faut replanter à chaque saison et arroser avec soin et amour. Elle peut mourir aussi vite qu’elle a fleuri. »


Sur ce chemin cahoteux, raboteux et incertain quant à notre avenir collectif, ce qui devrait être notre préoccupation centrale, on peut se demander de quoi et de qui s’est déjà libérée notre petite nation francophone, qui de ses démons, qui de ses ennemis intérieurs ? Car il faut l’admettre, il faut le reconnaître, malgré les succès de la survivance, et survivre n’est pas tout à fait vivre pleinement, rien n’est acquis, les fleurs, pour poursuivre l’analogie, sont fragiles et ont une durée de vie limitée. L’actualité politique regorge de données désespérantes et navrantes. Tantôt c’est la langue qui est d’actualité, tantôt la santé ou l`éducation, tantôt le patrimoine, tantôt la culture, tantôt l’économie ou l’environnement, puis on recommence, tantôt la langue, tantôt…sans arriver à régler définitivement l’un des problèmes structuraux qui nous affligent.


Par ailleurs, la politique ne doit pas instrumentaliser des revendications légitimes pour jouer les différentes nations les unes contre les autres. Nous partageons en Amérique du Nord sensiblement le même sort politique que celui des Premières Nations, avec toutes les nuances qui s’imposent. Nous ne pouvons rien changer au déroulement des évènements historiques. Mais nous pouvons agir aujourd’hui pour que les torts du passé ne se reproduisent pas. C’est à peu près le mieux que nous puissions faire. À titre d’exemple, l’objectif de scolariser les enfants autochtones était théoriquement louable en soi, la règle d’or étant l’éducation. Mais rien ne justifiait de leur interdire de parler leur langue ni d’exercer à leur endroit quelque forme de cruauté et de violence que ce soit. C’est vrai en somme pour tous les enfants, autochtones ou non autochtones. Les incohérences et les raccourcis politiques ont parfois eu de terribles conséquences.


Les incompétences non sanctionnées aussi. Il est patent que l’émotivité et la sensibilité politiciennes passent avant la rationalité raisonnante et raisonnable dans une foule de projets mal ficelés, avec au final une facture salée refilée aux contribuables. Quelques exemples ? Le pont de Québec achève sa vie utile dans la rouille, le traversier F.-A.-Gauthier est une fois de plus à quai, la finition des voitures du Réseau express métropolitain (REM) est sujette à caution et les trains roulent encore au centre-ville de Lac Mégantic… Dans notre belle Capitale, le marché public  a toujours été situé traditionnellement au vieux port ou dans les alentours immédiats, en un point névralgique de l’activité urbaine. Pourquoi l’avoir déménagé au lieu de le réaménager ? Feus les Nordiques ont joué des années dans le Colisée Pepsi, sans qu’il faille leur construire un nouvel aréna. Avant de construire un nouvel amphithéâtre, on aurait pu attendre d’avoir le retour assuré d’une équipe de la Ligue nationale de hockey (LNH) en rénovant la bâtisse existante au besoin, si une équipe de hockey est toujours pertinente. Enlever le terme Pepsi accolé au Colisée, un terme qui sied si peu à la Capitale nationale, aurait été un bon début ! Ajoutons les projets de tramway et de troisième lien qui sont encore âprement discutés sans avoir reçu l’acceptabilité sociale qui s’impose. Gardons espoir cependant. La mairie renouvelée à Québec le 7 novembre 2021, associée à un Comité exécutif multipartite, permettra peut-être de changer les mœurs au moins en ce qui a trait à la politique municipale et d’atteindre la vision de feu mon beau-père. Gardons espoir oui, tout en étant réalistes!


Yvonnick Roy


Québec


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