Nostalgie d'un Noël en français

Qu'est-il arrivé à nos artistes? Où sont passés nos Leclerc, Vigneault, Charlebois, Dubois, Dufresne, Ferland et autres, eux qui ont porté notre langue et qui en ont bien vécu?

La langue française



Après quelques années à l'extérieur du pays, j'ai décidé de passer Noël chez moi. «Il y fait un peu froid, mais je pourrai renouer avec la nostalgie de mon enfance», me suis-je dit. En route pour la Côte-Nord, où habite ma fille, j'ai eu la bonne idée de m'arrêter au Manoir Richelieu, dans Charlevoix. Quel endroit merveilleux pour un 24 décembre! Dans cette immense salle de bal, où on nous servait le repas-réveillon, la magie était au rendez-vous: clowns, père Noël et musique de danse. Il ne manquait qu'une petite touche pour que mon bonheur soit parfait: une grande partie des chansons de Noël furent livrées en anglais, même celles qui ont une version française bien connue. Pourtant, la quasi-totalité des convives parlaient français. Quelle déception! Quelle surprise pour les quelques étrangers venus chercher un peu de dépaysement dans «la Belle Province».
Je conviens qu'il aurait pu y avoir quelques prestations dans la langue de Shakespeare. Nous étions dans un hôtel de luxe, fréquenté par une clientèle qui transcende les frontières du Québec. De plus, certains chants de Noël ne connaissent aucune version française digne de ce nom. Mais la dose était un peu forte.
D'autant plus forte, qu'avant d'entrer dans cette salle, j'avais eu la malheureuse idée d'ouvrir le poste de télévision. On y présentait un spécial de Noël. Comme premier invité, le chanteur Mario Pelchat nous a parlé avec nostalgie de son patelin d'Alma, avant de nous gratifier d'une chanson anglaise. Vinrent ensuite les Respectables de Québec. L'introduction me fait déjà saliver: «Le feu dans la cheminée». Eh bien non: ce fut la version anglaise. Noël en français sera pour une autre année.
Je croyais me reprendre au jour de l'an. Bien sûr, la radio n'a cessé de jouer rigodons et de chansons bien de chez nous, mais la soirée du 31 décembre m'a causé la même déception. À l'émission Dieu merci, nous avons eu droit à une seule chanson, en anglais bien évidemment, sans compter les nombreux emprunts au «franglais» tout au long de du «show».
Que dire de l'émission spéciale sur le 400e anniversaire de Québec. Le clou de minuit a été rivé par une jeune femme de Québec qui a chanté en... anglais. Les semaines suivantes allaient me faire perdre mes dernières illusions. Je n'ai tenu que cinq minutes devant Le show du refuge. Ginette Reno a fini de me scier les deux jambes lors de Célébration 2008.
Qu'est-il arrivé à nos artistes? Où sont passés nos Leclerc, Vigneault, Charlebois, Dubois, Dufresne, Ferland et autres, eux qui ont porté notre langue et qui en ont bien vécu? Qu'est-il arrivé à notre télévision qui accepte que les artistes se produisent de plus en plus en anglais et dont les animateurs ne connaissent plus les mots scène (stage), orchestre (band) et pot-pourri (medley)? Notre sacro-sainte Radio-Canada ne fait pas exception à la règle. Pourquoi un immigrant aurait-il envie de se joindre à ces «natives» parlant un tel patois?
Je ne suis pas hostile aux langues étrangères, bien au contraire. L'anglais constitue, pour le moment, un passeport universel qu'il fait bon avoir en poche. Je crois cependant que le moment est venu de prendre une décision. Tant qu'à bafouer autant notre langue maternelle, pourquoi ne pas, lucidement, passer à autre chose.
Plutôt que d'agoniser péniblement sur quelques générations, comme l'ont fait nos cousins franco-américains et franco-canadiens des autres provinces, nous pourrions, sous la bannière d'un parti politique qui en ferait sa priorité, nous angliciser en l'espace de 10 ou 15 ans. We can, and I think, we must do it. English is a more suitable language to our modern values: power, money and war.
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Laval Du Breuil, Québec
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