L'affaire Gendron

Lisée ne travaille pas vraiment comme un nègre

Le grugage de notre patrimoine linguistique

Tribune libre


En tournée dans une école de Québec, François Gendron a dit que lorsqu'il était au ministère des Ressources naturelles, il avait « travaillé comme un nègre ». Une très vieille expression du terroir, que certains font remonter à plus de 2 siècles, et qui signifie travailler dur, comme un esclave, nègre étant un esclave à l'époque.


Le maire Tremblay du Saguenay l'a utilisée il y a quelques années. Tous les Québécois l'ont déjà entendue au moins 100 fois dans leur vie. Dans la culture québécoise, l'expression n'a aucune connotation raciste. Au contraire.


Deux étudiants noirs dans la classe, qui n'avaient peut-être jamais entendu l'expression, ont sourcillé. La prof et Gendron leur ont expliqué le sens de l'expression. La chose aurait dû s'arrêter là.


Mais voilà. La direction de l'école a écrit une lettre à la correspondante de CTV à Québec qui a sorti l'histoire. Petit détail : la madame est noire.


Au lieu de traduire par « working hard », on a traduit avec le n-word. Un mot tellement chargé en anglais qu'on n'ose même pas l'utiliser ! Comme le F-word, qu'on peut par contre utiliser en français selon le CRTC du moins.


http://montreal.ctvnews.ca/it-s-a-lesson-for-everyone-lis%C3%A9e-reacts-to-mna-s-use-of-n-word-1.3698421


Le pauvre Gendron, sous la pression de son boss, a dû s'excuser. S'excuser d'avoir utilisé une expression du terroir vieille de 2 siècles dans une école de Limoilou ! Ça c'est le PQ de Jean-François Lisée.


A Bali, les deux filles d'Occupation Double ont aussi dû s'excuser pour avoir utilisé l'expression « travailler comme des nègres » en faisant la vaisselle, à une heure du matin, à l'autre bout du monde ! (la productrice est Julie Snyder, ex du ex-chef du PQ)


En français, on parle de négriers, de roi-nègre, d'art nègre. Les intellectuels africains et antillais parlent de négritude. L'un des essais québécois les plus percutants des années 60 s'appelait « Nègres blancs d'Amérique ». Le mot nègre, qui signifie aussi un écrivain phantome, a été placé dans le titre d'un roman québécois dont l'auteur, noir, est rendu à l'Académie française. Bref, le mot nègre n'a pas du tout, du tout, du tout, la même charge émotive et raciste que le mot nigger anglais.


Alors pourquoi s'excuser? Reculer pour un crime que Gendron n'a pas commis?


Parce que les minorités, noires ici, avec la complicité des forces multiculturalistes (de Justin Toto à Manon le pogo) nous imposent de plus en plus tout le discours américains sur le racisme. Un mot banal comme nègre devient un mot honteux, inacceptable comme aux États-Unis. Dérape culturelle totale.


Cette triste histoire fait suite au Black Face. On ne peut plus incarner Bugingo ou PK dans un ByeBye sans faire appel à un comédien noir.


En peu de temps, on s'est fait imposer dans notre culture les bibites américaines, le vocabulaire américain, l'histoire américaine, les référents culturels américains. Tout ça à une vitesse épeurante.


Janette Bertrand parlait du grugage de nos droits. Là c'est notre riche patrimoine qu'on gruge avec l'aval du chef du PQ. Humiliant le plus vieux parlementaire de notre Assemblée nationale.




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2 commentaires

  • Gilles Verrier Répondre

    3 décembre 2017

    J'ai apprécié votre texte combien pertinent, je tiens à vous le dire. Il nous fait prendre conscience des ravages de la rectitude politique, et pire, de la couardise de ceux qui sont supposés nous défendre. La plupart du temps Ils se révèlent incapables de donner la réplique. À la place, ils se réfugient dans des attitudes et déclarations coupables. Une commotion semblable s'était produite dans la bourgade sur le même sujet - il y a sept ans - lorsque Victor Lévy Beaulieu avait qualifié la gouverneure générale du Canada de reine-nègre. À la blague, personne n'avait félicité VLB d'avoir féminisé l'expression consacrée de roi-nègre, l'avait-on manquée ?


    GV


      


  • Yves Corbeil Répondre

    30 novembre 2017

    Citation de Montaigne.



    On ne corrige pas celui qu’on prend, on corrige les autres par lui.



    M.Lisée est en campagne électoral comme tous ses compétiteurs. Et comme vous le dîtes si bien tous les dérapages sont permis pour atteindre le saint graal de l'assemblée nationnale, le sommet rechercher par ceux qui prétendent être les mieux placés pour servir le peuple, tous le peuple.



    Drôle d'époque. Je suis coupable je m'excuse pour tout.