Les oléoducs, une nécessité absolue

Ce n’est pas parce que les prix sont déprimés que l’industrie n’a pas besoin de nouveaux canaux pour ses produits, dit le patron de TransCanada

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Une nécessité pour qui ? Certainement pas pour le Québec

Dure année pour les constructeurs d’oléoducs, qui se termine par une chute accélérée des cours pétroliers. Malgré la force des vents contraires, malgré les difficultés d’obtenir l’acceptation sociale, résilience de l’industrie et réalité d’un énorme besoin à combler vont prévaloir, soutient TransCanada. Et il ne faut pas croire que l’activité des sables bitumineux se trouve menacée par le repli des cours.

Dans une entrevue accordée à La Presse canadienne de son bureau de Calgary, le chef de la direction de TransCanada, Russ Girling, a martelé qu’il existe au Canada « un énorme besoin » de construire des oléoducs, « indépendamment du prix de la matière première en ce moment ». Dans l’industrie pétrolière, « on nous presse de faire en sorte que ces installations soient fonctionnelles aussi rapidement que possible ». Et ce n’est pas une chute conjoncturelle des cours pétroliers qui vient modifier la réalité, même si plusieurs projets d’exploration et d’exploitation sont mis en veilleuse.

Se référant aux sables bitumineux, il s’est moqué de tous ces scénarios soutenant qu’un prix de référence se maintenant durablement sous les 60 $US le baril vient compromettre la viabilité de l’activité pétrolière albertaine. Ceux qui croient cela « ne travaillent pas dans cette industrie depuis très longtemps. Alors, l’idée que, de quelque façon que ce soit, ces activités vont prendre fin au Canada parce que nous atteignons ce creux… Je crois qu’on n’a qu’à regarder les 30 dernières années de production pour voir que cette théorie ne tient pas la route ».

Cette entrevue termine une année, 2014, qui s’est avérée particulièrement difficile pour l’oléoduc, TransCanada ou encore Enbridge n’ayant pu convaincre de l’acceptabilité sociale de leurs projets tant au Canada qu’aux États-Unis. Pointant l’incidence environnementale de leurs activités et du tracé proposé, ou l’impact du produit transporté sur le réchauffement climatique, l’opposition s’est étendue de l’émission de gaz à effet de serre aux droits des Premières Nations, en passant par des retombées économiques plutôt faibles pour les régions d’accueil.

Pour sa part, le chef de la direction d’Enbridge, Al Monaco, a préféré retenir que les groupes environnementaux visaient à restreindre l’exploitation des sables bitumineux en bloquant leur accès au marché. Il disait à cet effet, le mois dernier, qu’il est plus facile de s’en prendre alors aux oléoducs qu’à une centaine de producteurs et à autant de raffineries. En revanche, chez les opposants, il est déploré que, dans son évaluation préalable, l’Office national d’énergie ne retienne que la faisabilité et l’impact économique des projets soumis, fermant les yeux sur l’impact environnemental.

Nerf de la guerre

Finalement, les dirigeants rappellent que la capacité des oléoducs est l’une des principales contraintes restreignant la croissance de ce secteur. Déjà, fin 2012, les analystes se faisaient unanimes en avertissant que le Canada se dirigeait vers un engorgement de la capacité de transport de ses oléoducs. Il était alors indiqué que, faute de nouveaux pipelines et de nouveaux tracés pour le réseau, le pétrole canadien était condamné à se vendre au rabais, sous le prix de référence du Western Texas Intermediate (WTI), en deçà de l’escompte associé à sa qualité inférieure.

On retenait que l’actuelle production dans l’Ouest canadien, combinée à l’augmentation de la production domestique aux États-Unis, pousse l’industrie à se heurter de plein fouet aux contraintes liées à la capacité restreinte des pipelines et des raffineries existantes. On s’attendait à ce que la capacité actuelle de transport par pipeline provenant de l’Ouest canadien devienne rapidement saturée en l’état.

Aussi, le pétrole de l’Alberta et celui du golfe du Mexique étant dirigés vers les mêmes raffineries du Midwest américain et d’Oklahoma, la concentration d’or noir dans cette région, greffée à la hausse de la production d’hydrocarbures aux États-Unis, crée une situation d’offre excédentaire sur ces marchés, forçant la vente du pétrole canadien au rabais. D’où l’importance de défricher de nouveaux marchés pour l’utilisation et le raffinage du pétrole de l’Ouest, en Colombie-Britannique pour la desserte de l’Asie, dans l’Est pour desservir les raffineries de l’Ontario et du Québec, avec pour objectif de déborder en Europe.

Dans l’entrevue de jeudi, Russ Girling retient les projections des analystes situant les prix d’équilibre entre 80 et 100 $US le baril à long terme, au rythme de l’accroissement naturel de la demande. « Je ne dis pas du tout que c’est facile, mais les affaires sont résilientes et le monde a besoin de plus de pétrole chaque jour », a-t-il souligné.


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