Les francophones européens sont «en marche»

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Balivernes au Devoir : l'Union européenne actuelle n'est que le jouet de Washington, l'Europe européenne n'existe pas


La nouvelle architecture européenne se dévoile pour que le nouveau cycle de pouvoir, qui s’instaure cette semaine, soit l’un des plus prolifiques dans un contexte particulièrement tendu et imprévisible.


Vraisemblablement, l’Union européenne (UE) veut devenir exactement ce que la chancelière allemande, Angela Merkel, anticipait il y a quelques années, soit un « acteur global » !


Sauf que, paradoxalement, ce ne fut pas à elle de choisir l’équipe vouée à cette tâche gigantesque, mais au président français, Emmanuel Macron. Avec un coup réfléchi et bien placé (en éliminant le candidat proposé initialement à la tête de la Commission européenne), il a proposé au sommet des cinq institutions européennes les plus importantes (Commission de l’UE, Banque centrale, Conseil de l’UE, Parlement et haut représentant pour les Affaires extérieures) des francophones dont il est très proche. De toutes ces nominations, celle d’Ursula Von Leyen, la ministre de la Défense dans le cabinet d’Angela Merkel, est la plus surprenante, mais en harmonie avec son désir, exprimé sans détour, à la Sorbonne, de reformer l’Europe en profondeur.


Quel est le ressort derrière une telle démarche française, acceptée facilement par les 27 partenaires qui se trouvaient à la table de négociation ?


Deux types d’orientations se dessinent à l’horizon de l’UE pour les prochaines décennies, sinon deux siècles, si l’on se fie aux propos récents du président de l’Institut français des relations internationales (IFRI), Thierry de Montbrial, quant à la période nécessaire pour la finalisation de la construction européenne.


La première relève plutôt du registre administratif. Des voix se confrontent, dans un désaccord total, sur le modèle ultérieur à suivre dans le rapport entre le pouvoir bureaucratique qui se trouve à Bruxelles et les gouvernements des États-nations de l’UE. Le statu quo, celui d’une organisation intergouvernementale, ne convient plus aux membres fondateurs (des pays occidentaux qui gravitent autour du couple franco-allemand) ni aux quelques pays réunis dans le groupe de Visegrad (la Pologne et la Hongrie en font partie). Attribuer plus de pouvoir aux décideurs de l’UE au lieu de l’idée de rapatrier des pouvoirs aux États membres constitue jusqu’à présent un sujet controversé qui explique, en partie, la montée du nationalisme dans certains cas. Or, Mme Von Leyen, fille d’un ancien directeur général de la Commission, reste très affirmée en ce sens puisqu’elle privilégie la piste « fédéraliste ». En l’occurrence, le pouvoir serait plus centralisé, et l’UE se transformera désormais dans une fédération des États-nations (la réplique plus moderne du Saint-Empire romain germanique).


Quête identitaire


La deuxième orientation de l’UE est plutôt l’expression d’une quête identitaire, plus abstraite. Quel visage aura l’acteur global tant souhaité par Mme Merkel à l’heure de son crépuscule politique, alors qu’elle exerce directement le pouvoir en Allemagne depuis 2005 ? Le besoin d’une Europe qui parle de sa propre voix est retentissant dans des circonstances complexes, caractérisées par les fortes tensions dues au Brexit, au protectionnisme et à l’isolationnisme américains et à l’émergence de la Chine comme acteur commercial en mouvement vers l’Europe (la nouvelle « Route de la soie »).


Depuis des décennies, l’UE dans son ensemble constitue un bloc dont la sécurité est assurée par les États-Unis via l’OTAN. On peut dire que c’est une extension même de l’« hyperpuissance » américain, car les États-Unis consolident leur hégémonie grâce au rempart offert par l’Europe face aux différentes aspirations euro-asiatiques (Russie, Chine).


Par contre, sans l’Europe, les États-Unis réactivent l’option incluse dans la « doctrine Monroe », qui prévoit l’isolement par rapport au Vieux Continent. Avec le départ prochain de la Grande-Bretagne de l’UE, les ressources financières pour défendre l’Europe proviennent à 80 % de l’extérieur ! À la lumière de la nouvelle donne, Macron recommande aux alliés européens des solutions à adopter pour leur propre défense. Le profil politique de Mme Loyen correspondait parfaitement à son objectif et le président français, habile et flexible, n’a pas laissé l’occasion lui échapper : il veut, à ce stade, doter l’UE d’une armée propre. C’est « l’Europe de la sécurité » qui prévaut dorénavant, selon les principes insérés dans l’Agenda stratégique 2019-2024. Le document présenté lors du dernier sommet de l’UE, celui de Sibiu, en Roumanie, il y a quelques semaines, atteste que la priorité sera « d’augmenter les investissements dans le système de défense européen et la coopération, y compris avec l’OTAN ».


C’est à la nouvelle présidente d’entamer ce processus dont les obstacles s’annoncent majeurs. Pour la première fois depuis les traités de Westphalie, en 1648, basé sur la division de l’Europe centrale et l’équilibre des puissances, le continent lui-même s’accorde une première, celle de mettre au premier plan la souveraineté de l’ensemble communautaire. L’UE devient ainsi un sujet, et non plus un objet des relations internationales.









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