Le saut prévisible d’Alexandre Taillefer en politique

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Il ne faut pas compter le PLQ comme mort


Le saut d’Alexandre Taillefer en politique était écrit dans le ciel. L’homme d’affaires aguerri et très médiatisé - de même que propriétaire des magazines Voir et l’Actualité -, présidera la campagne électorale du Parti libéral du Québec (PLQ).


Même s’il s’est déjà dit être de l’«extrême centre», puis «progressiste» - deux visions du monde pourtant fort différentes -, son atterrissage au PLQ n’étonne personne. En 2016, il avait d’ailleurs appuyé la candidature d’Isabelle Melançon pour le PLQ dans Verdun.


Ce qui étonne beaucoup plus est la raison donnée par Alexandre Taillefer pour son choix du PLQ, telle qu’il l’a lui-même écrite sur son fil twitter :


«Je confirme que je serai le président de la campagne électorale pour le Parti Libéral du Québec. Pas une décision facile mais elle s'impose par l'importance des enjeux. Les positions progressistes de Monsieur Couillard me rejoignent


Attendez, là. On reprend le tout. «Les positions progressistes de M. Couillard», écrit-il, «me rejoignent». Philippe Couillard un «progressiste» ? Soyons sérieux deux secondes.


Le chef libéral et premier ministre Couillard est tout le contraire. C’est l’homme de l’austérité, celui qui a mis à mal les services publics au Québec.


C’est l’homme qui a donné carte blanche à son ministre de la Santé pour multiplier des «réformes» qui, dans les faits, ont gravement affaibli et désorganisé le système public de santé et de services sociaux.


Sans compter la pluie de milliards de dollars en fonds publics dont ces deux médecins spécialistes ont gracié leurs ex-collègues médecins spécialistes.


Et que dire du système d'éducation, jugé par le Conseil supérieur de l'Éducation, comme étant devenu le plus «inégalitaire» au Canada?


Philippe Couillard, c’est aussi l’homme qui, contrairement à Alexandre Taillefer, dit non à toute réforme du mode de scrutin.


C'est également celui qui, après sa démission du gouvernement Charest, s'est joint à Persistence Capital Partners - le «seul fonds privé d’investissement au Canada dédié à développer des opportunités d’investissement offrant un fort potentiel de croissance dans le secteur de la santé».


Alors, Philippe Couillard, un «progressiste» ? C’est aussi probable qu'un Pape se présentant soudainement comme un athée...


Nathalie Roy, députée de la CAQ, lance aussi une question incontournable dans les circonstances: M. Taillefer «va-t-il tenter d’utiliser ses médias pour influencer le vote?» Tout comme, rappelons-le, La Presse, de par sa position éditoriale fédéraliste. Que La Presse change de mains ne modifiera en rien cette position, c’est certain.


Or, le même Philippe Couillard ne trouvera probablement rien à redire du fait que La Presse ait une ligne éditoriale fédéraliste et pro-PLQ ou encore, que les magazines Voir et l’Actualité appartiennent au nouveau président de la campagne électorale du PLQ.


Aussi récemment qu’en février dernier, le premier ministre lançait pourtant que Pierre Karl Péladeau, président de Québecor et ex-chef du Parti québécois, «place les journalistes qui travaillent pour son entreprise dans une situation « inconfortable » en laissant planer son possible retour en politique.»


«Je ne mets absolument pas en doute la compétence et l'éthique des journalistes qui travaillent dans son groupe», disait M. Couillard, «mais à sa face même, c'est une situation inconfortable». C'est ce qu'on appelle un sous-entendu aussi subtil qu'un éléphant dans une boutique de porcelaine.


Les journaux de Québecor n’ont pourtant pas de ligne éditoriale puisqu’ils n’ont pas d’éditorialistes. Quant aux chroniqueurs – dont je fais partie -, la diversité de leurs perspectives est particulièrement, voire même exceptionnellement large.


Mais ce «deux poids, deux mesures» du PLQ face aux médias ne date pas d’hier...


Sur le plan strictement politique, à quelques mois du scrutin du 1er octobre prochain, l’arrivée d’Alexandre Taillefer dans les rangs libéraux - traînant de la patte depuis des mois derrière la CAQ et où les départs de députés et de ministres se multiplient -, est néanmoins significative.


Elle dit que ce parti politique, vieux de 150 ans et incrusté au pouvoir depuis 15 ans presque sans arrêt, n’a pas encore tout à fait dit son dernier mot...