Le périple gaspésien de Cartier

L'âme des peuples se trouve dans leur histoire



Des représentants de l'écomusée Tracadièche et des visiteurs de France ont dévoilé le 9 juillet une plaque soulignant le passage de Jacques Cartier, exactement 475 ans plus tôt.


Gilles Gagné, collaboration spéciale - (Carleton) Jacques Cartier a planté une croix le 24 juillet 1534 à Gaspé pour prendre possession de ces «terres neuves» au nom du roi de France. Toutefois, l'explorateur avait auparavant fait plusieurs escales ailleurs en Gaspésie, un fait souvent oublié.




L'historien Mario Mimeault, de Gaspé, souligne d'ailleurs que le 475e anniversaire du passage de Cartier à Gaspé s'applique en fait à tout le côté sud de la Gaspésie, puisque le marin de Saint-Malo s'est d'abord arrêté à Port-Daniel, Paspébiac, Carleton et Percé.
Il précise en outre que Cartier, «capitaine du port de Saint-Malo et marin de pointe», connaissait déjà la côte de Terre-Neuve. «Il était venu pêcher en Amérique. Il connaissait le détroit de Belle-Isle. Il y vient depuis 1510.»
L'historien rappelle qu'en longeant la côte de Terre-Neuve, Cartier reconnaît des endroits déjà nommés. «Passé le détroit de Belle-Isle, il donne des noms aux lieux.»
Quand Cartier longe la côte gaspésienne le 4 juillet 1534 et qu'il voit l'île Miscou, au Nouveau-Brunswick, il croit sans doute entrer dans un passage qui le mènera bien plus loin.
«Comme tous les navigateurs de son temps, il voulait trouver la route des Indes et faire la carte. [...] Si tu es seul détenteur de la carte, tu peux la vendre au roi de ton choix, et en tirer un fort prix», dit M. Mimeault.
Cartier fait un premier arrêt ce 4 juillet à Port-Daniel, «un abri, un charmant endroit, où la nature est belle et où il est en sécurité. C'est la fête de Saint-Martin et il nomme le lieu Conche Saint-Martin», dit-il à propos d'un nom encore vivant à Port-Daniel.
Cartier ne voit personne à Conche Saint-Martin. Il en fait sa base d'exploration et il poursuit sa navigation vers Paspébiac, où il arrête le 6 juillet.
Les «Indiens»
«Il fait sa première rencontre avec des ?Indiens?. Il ne sait pas que ce sont des Micmacs. Il a peur et il revient à Port-Daniel. Les ?Indiens? le rejoignent. Finalement, ils établissent un contact et passent une journée d'échange de fourrures et de pacotille», note l'historien.
«Le 8 juillet, il part vers le fond de la baie, bien qu'il ne sache pas qu'il s'agit d'une baie. Il voit que ça ne débouche pas. Il arrête à Carleton, il voit de la fumée, et rencontre d'autres Micmacs. On y fera un festin de phoque.»
Avant de revenir à Port-Daniel, Cartier donne un nom à cette baie : «la Baie-des-Chaleurs», pour traduire la canicule qu'il y retrouve. Le 12 juillet, il quitte Port-Daniel, il rencontre une tempête de vent contraire et il s'arrête à Percé, au «cap de Pratto», un nom qu'il connaît même si c'est sa première visite.
«Il est censé ne rien savoir des noms de lieu ici. Il y a plein de Basques dans le détroit de Belle-Isle. J'en viens à penser que ce sont les Basques qui ont donné ce renseignement à Cartier. En général, les Indiens savent ce que les Européens veulent parce qu'ils mettent des fourrures au bout de leurs bâtons en approchant de Cartier. Ils ont déjà vu des Européens», dit M. Mimeault.
Le 14 juillet, le marin repart de Percé et se rend à Gaspé. L'historien croit que les circonstances, plus que le devoir, justifient la prise de possession du territoire et y plante une croix.
«Il y reste 11 jours parce qu'il fait mauvais. L'un des bateaux a perdu son ancre. Il a deux bateaux et 60 hommes recrutés en prison parce qu'il était parti tard de Saint-Malo et qu'il ne restait plus de marins. Il fait mauvais et il faut trouver quelque chose à faire. On répare, on refait les provisions d'eau mais, à un moment donné, il faut trouver autre chose, On prend possession du territoire, même s'il y a déjà eu prise de possession à Blanc-Sablon. Il avait du temps et y a mis de la solennité», affirme l'historien.
Il quitte Gaspé au retour du beau temps le 25 juillet, après avoir kidnappé deux fils du chef Donnacona. Ils sont des Kwedech, d'origine iroquoise, et non des Micmacs. «Il fallait prouver qu'il était venu», conclut M. Mimeault.


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