Le ministre Garneau mis en demeure par des citoyens de Lac-Mégantic

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Un laxisme libéral qui est criminel


Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, est mis en demeure de cesser le transport de matières dangereuses entre Farnham et Lac-Mégantic tant que ce tronçon ferroviaire ne sera pas entièrement réparé et aura fait l’objet d’une inspection « complète, indépendante, et rigoureuse » par Transports Canada.


La Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic a déposé cette mise en demeure, mardi, à l’endroit du ministre Garneau et de l’inspecteur de Transports Canada, Jean-René Gagnon.


La Coalition allègue que le tronçon de quelque 200 kilomètres qui traverse l’Estrie n’a pas été bien réparé et que des déformations bien visibles sur les rails entraînent des risques de déraillements. Elle porte le blâme sur le manque de suivi de MM. Garneau et Gagnon.


« Les citoyens se retrouvent dans la situation où ils doivent eux-mêmes intenter un ultime recours juridique pour protéger la population. [...] On ne voudrait pas qu’une autre catastrophe comme celle de Lac-Mégantic se produise ailleurs en Estrie », avertit Robert Bellefleur, porte-parole de la Coalition.


Il montre du doigt les deux déraillements de convois de marchandises au mois d’août dans la région, qui étaient mineurs, mais qui ont tout de même éveillé de mauvais souvenirs aux Méganticois. Le ministre Garneau a par la suite annoncé le transfert des gares de triage pour éviter que les trains soient stationnés en haut des pentes.


Les déraillements ont tout de même plus que doublé dans les dernières années. Un rapport de Transports Canada transmis à Chemin de fer Central Maine and Québec Railway Canada inc. — dont le quotidien « La Tribune » a obtenu copie — signalait que le nombre de rails défectueux était passé de 115 en 2015 à 253 en 2018 entre Farnham et Lac-Mégantic.


C’est pourquoi les citoyens enjoignent au ministre des Transports d’utiliser les pouvoirs qui lui sont conférés en vertu de la Loi sur la sécurité ferroviaire pour ordonner l’arrêt du transport de matières dangereuses entre les deux municipalités tant que la lumière n’aura pas été faite sur l’état des rails. Cette requête ne concerne pas le transport de marchandises et de produits considérés comme non dangereux.


Le député conservateur de Mégantic-L’Érable, Luc Berthold, appuie l’initiative de la coalition citoyenne. Dans une lettre transmise au ministre Garneau, il demande à Transports Canada de jouer « pleinement son rôle d’assurer la sécurité des chemins de fer ».


« Une fois que c’est réparé et que Transports Canada pourra nous assurer à 100 pour cent que les trains pourront circuler, je n’ai rien contre le transport des matières dangereuses sur cette voie-là. Mais il faut que Transports Canada vienne rassurer les gens, surtout à Lac-Mégantic », ajoute M. Berthold en entrevue.


« La tolérance, c’est zéro pour les incidents ferroviaires chez nous depuis la tragédie et c’est normal », rappelle-t-il.


M. Bellefleur et lui disent avoir constaté le mauvais état des rails et demandent à ce que le gouvernement les répare dans les plus brefs délais.


La Coalition n’exclut pas de déposer une demande d’injonction pour forcer le ministre Garneau à obtempérer à sa demande.


Garneau se défend


Dans une déclaration transmise en fin de journée, jeudi, le cabinet du ministre Garneau a énuméré les actions entreprises pour remédier à la situation.


Il soutient que le ministère des Transports a « immédiatement » agi pour ordonner que Central Maine and Québec Railway Canada inc. effectue les réparations des 253 irrégularités sur les rails entre Farnham et Lac-Mégantic.


Depuis, l’entreprise a informé le ministère que les défectuosités avaient été corrigées sur cette section de la voie ferrée.


« Transports Canada analyse actuellement les résultats des inspections réalisées par CMQR, et procèdera dans les prochains jours à des inspections visuelles sur place, afin de s’assurer que les correctifs satisfont aux normes et règlements de sécurité ferroviaire », affirme Delphine Denis, l’attachée de presse de M. Garneau.


La limite de vitesse de 10 milles à l’heure, qui est déjà en vigueur sur certaines sections, sera maintenue jusqu’à ce que les inspecteurs du ministère aient complété leurs vérifications.


Quant au déraillement survenu le 24 août dernier à Nantes, Transports Canada tente toujours d’en identifier la cause.


« Je peux vous assurer que la sécurité est une priorité pour nous et Transports Canada continuera à effectuer la surveillance du réseau ferroviaire, et n’hésitera pas à prendre les mesures nécessaires afin d’assurer la sécurité du public », conclut Mme Denis.




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