Indépendance nationale du Québec

« Le Canada, un « corps étranger » ? C’est pire que vous pensez! » (J.-F. Lisée

J’entends ce discours éculé depuis au moins 60 ans.

Chronique de Bruno Deshaies

Chronique 408 de Bruno DESHAIES
31 décembre 2013
D’autres générations qui nous ont précédés ont connu le même parcours.

Ne faisons pas inutilement de polémique.
La « liste du Top-10 des actions fédérales en territoire québécois en 2013 » du ministre Jean-François Lisée ne représente que le débat DANS le régime. Dans cet ordre de problèmes, la péréquation au Canada est un des plus beaux exemples du débat dans le régime. Il a commencé avant 1867 et il se perpétue dans le temps. Il est structurel. C’est l’essence même de la constitution du Canada et du fédéralisme canadian.

«Cette oppression essentielle, née du partage fédéral en lui-même, peut s’accompagner – et ordinairement s’accompagne – de persécutions… de négligence… d’incompréhension… d’incompétence..., c’est-à-dire des multiples formes d’oppressions accidentelles.» (Maurice Séguin, Les Normes.)


La nation québécoise dans un Canada-Uni, c’est ça.
Tandis qu’une nation est indépendante lorsqu’avec tout voisin plus fort ses relations sont telles qu’elle conserve malgré tout la maîtrise suffisante de sa vie collective, soit la maîtrise de sa vie politique intérieure et extérieure, la maîtrise de sa vie économique intérieure et extérieure et la maîtrise de sa vie culturelle. C’est la seule façon pour la nation québécoise de s’assurer d’être «maître chez soi» et d’affirmer par soi sa présence au monde.
Les relations entre les nations sont complexes.
La question est de savoir si nous avons la force collective de nos ambitions nationales outre les combats dans le régime. Pour savoir ce qui nous attend, il ne suffit pas d’affirmer que «le Canada est un corps étranger». Il est loin d’être étranger, il est en NOUS. Comment ? Il prend notre place. Il nous remplace sur tous les points essentiels de la souveraineté, c’est-à-dire sur la base fondamentale de l’agir par soi collectif de la nation québécoise.
On ne peut négliger, du revers de la main, le conflit national qui oppose, d’une manière séculaire, les deux nationalismes au Canada. Les dix points retracés par monsieur Lisée ne représentent que des oppressions accidentelles. Elles sont lourdes socialement mais elles ne conduisent pas à l’indépendance nationale du Québec pas plus que les fragiles interprétations des sondages envers la souveraineté.
Un grand historien du Québec, Maurice Séguin, a étudié systématiquement cette question dans Histoire de deux nationalismes au Canada en dix-sept leçons. Cet historien chevronné retrace la grande histoire des Canadiens, des Canadiens français, des Canadiens-Français et des Québécois-Français tout en n’ignorant pas les Canadiens-Anglais du Canada et dans le Québec et du rôle des métropoles coloniales ainsi que de notre proximité des États-Unis dans toute la durée de notre histoire nationale collective.
Pour être clair, la lutte indépendantiste des Québécois et des Québécoises consiste à comprendre la nature de la nation au sens intégral : d’une part, exercer la vraie souveraineté consiste à agir collectivement, majoritairement à tous les paliers, sur le plan central et sur le plan régional ; d’autre part, le gouvernement du Québec doit maitriser majoritairement l’État central du Québec et toutes les institutions locales à l’intérieur du territoire québécois sur tous les individus ou les groupes qui l’habitent.
En d’autres termes, il nous faut une constitution de vainqueur pour des vainqueurs, comme celle du Canada, et non une constitution de vaincu pour les vaincus comme c’est notre cas en ce moment depuis des générations successives de Canadiens-Français qui débutent avec la Cession du Canada français, en 1763, par la France à l’Angleterre.
La nation indépendante
Selon cette façon de penser, la nation indépendante est la nation au sens sociologique (de l’identité nationale d’un groupe majoritaire distinct et différent et de sa culture) qui maîtrise comme majorité un État souverain. C’est devenir un État souverain comme le sont tous les autres états indépendants dans le monde actuel.
Dans ce cas, et seulement dans ce cas, le Québec indépendant pourrait enfin entretenir des relations avec des voisins plus forts, moins forts ou de forces égales, soit des relations de voisinage telles, qu’il conserve malgré tout la maîtrise suffisante de sa vie collective nationale aux plans politique, économique et culturel à l’interne et à l’externe.
Dans ce nouvel état constitutionnel et juridique, les Québécois ne formeront plus une nation annexée mais une nation pleinement indépendante. Dans les faits, la nation québécoise pourra maîtriser complètement les pouvoirs qui découlent des compétences énumérées à l’article 91 de la constitution du Canada et de toutes les autres dispositions favorables à l’État fédéral pour parvenir à transformer l’État provincial du Québec actuel en un État national souverain. Bien sûr, c’est seulement une façon didactique pour illustrer le fait d’être véritablement indépendant.
L’éveil à l’indépendance nationale du Québec doit passer par un discours neuf sur le fait et les fondements de l’exercice de l’indépendance par la création d’un État national québécois souverain. Ce qui est l’essence même de la «vraie» souveraineté et de la «vraie nation souveraine» qui est l'essence même de la nation au sens intégral.
Vous pouvez consulter des commentaires sur le blogue de Jean-François Lisée. L’occasion nous est donnée de réfléchir sur la position de la nation minoritaire dans une vraie union fédérale et des conséquences de l’annexion comme situation permanente.
Bonne année 2014 à tous les internautes qui participent à faire advenir le Québec au statut de nation indépendante.

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Bruno Deshaies209 articles

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BRUNO DESHAIES est né à Montréal. Il est marié et père de trois enfants. Il a demeuré à Québec de nombreuses années, puis il est revenu à Montréal en 2002. Il continue à publier sa chronique sur le site Internet Vigile.net. Il est un spécialiste de la pensée de Maurice Séguin. Vous trouverez son cours sur Les Normes (1961-1962) à l’adresse Internet qui suit : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-1-20 (N. B. Exceptionnellement, la numéro 5 est à l’adresse suivante : http://www.vigile.net/Les-Normes-en-histoire, la16 à l’adresse qui suit : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-15-20,18580 ) et les quatre chroniques supplémentaires : 21 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique 22 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19364 23 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19509 24 et fin http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19636 ainsi que son Histoire des deux Canadas (1961-62) : Le PREMIER CANADA http://www.vigile.net/Le-premier-Canada-1-5 et le DEUXIÈME CANADA : http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-1-29 et un supplément http://www.vigile.net/Le-Canada-actuel-30

REM. : Pour toutes les chroniques numérotées mentionnées supra ainsi : 1-20, 1-5 et 1-29, il suffit de modifier le chiffre 1 par un autre chiffre, par ex. 2, 3, 4, pour qu’elles deviennent 2-20 ou 3-5 ou 4-29, etc. selon le nombre de chroniques jusqu’à la limite de chaque série. Il est obligatoire d’effectuer le changement directement sur l’adresse qui se trouve dans la fenêtre où l’hyperlien apparaît dans l’Internet. Par exemple : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-1-20 Vous devez vous rendre d’abord à la première adresse dans l’Internet (1-20). Ensuite, dans la fenêtre d’adresse Internet, vous modifier directement le chiffre pour accéder à une autre chronique, ainsi http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-10-29 La chronique devient (10-29).

Vous pouvez aussi consulter une série de chroniques consacrée à l’enseignement de l’histoire au Québec. Il suffit de se rendre à l’INDEX 1999 à 2004 : http://www.archives.vigile.net/ds-deshaies/index2.html Voir dans liste les chroniques numérotées 90, 128, 130, 155, 158, 160, 176 à 188, 191, 192 et « Le passé devient notre présent » sur la page d’appel de l’INDEX des chroniques de Bruno Deshaies (col. de gauche).

Finalement, il y a une série intitulée « POSITION ». Voir les chroniques numérotées 101, 104, 108 À 111, 119, 132 à 135, 152, 154, 159, 161, 163, 166 et 167.





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3 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    3 janvier 2014

    Monsieur Deshaies,
    J-F Lisée est un politicien qui veut demeurer «crédible», électoralement crédible. Il connaît les limites du langage qu'il ne doit pas dépasser à l'intérieur du cadre, il ne parle donc que de la domination accidentelle. Maurice Séguin a le mérite d'avoir démonté avec une admirable clarté les rapports nationaux au Canada et expliqué le concept de société annexé. Même s'il n'a jamais fait trembler le système, on s'est tout de même assuré qu'il ne soit pas étudié par tous les étudiants québécois et que son oeuvre soit reléguée au rayon de l'indifférence.
    Le renversement de l'équilibre instauré à la suite de la Conquête demandera un rare alignement des astres. Il dépend aujourd'hui plus que jamais de l'évolution de la question nationale et sociale en Europe et à l'échelle planétaire, mais également de la conjugaison de multiples facteurs internes. Une production intellectuelle de haut niveau sur l'indépendance nationale à l'époque du mondialisme, qui ne pourra jamais venir des chaires universitaires ça c'est clair, constitue un ingrédient indispensable pour continuer de penser notre volonté nationale avec pertinence.

  • Bruno Deshaies Répondre

    2 janvier 2014

    INCERTITUDE ET DÉCISION
    2 janvier 2014, par Bruno Deshaies
    Monsieur Francis Robillard Vous avez bien raison d’écrire : « Le jour de notre affranchissement aux valeurs et aux normes du Dominion» n'est pas pour demain. Vous me donnez donc l’occasion d’aborder cette question de l’incertitude et de la décision.
    La censure fédéraliste ratisse large. Nos universités sont maintenant dépendantes des Chaires du Canada qui sont des fabriques de canadianisation des jeunes chercheur(e)s québécois. Les effets pervers vont se faire sentir dans 20 ou 30 ans.
    Il faut mettre l’emphase sur une bonne connaissance des fondements de l'indépendance. Cette pression doit être exercée partout où il est possible d'agir. Il faut s’affirmer (http://pages.videotron.com/liq/index.htm).
    Mais nous sommes en présence de mentalités tenaces à transformer.
    NOUS DEVONS PRENDRE POSITION D’ABORD.
    Devant l’incontournable indépendance du Québec, il est ridicule d’errer invariablement entre l’indépendance, le souverainisme ou l’annexion permanente. Prendre collectivement position pour le Québec indépendant, c’est reconnaître une fin en soi intelligente, légitime et possible. Sur cette question de la plus haute importance, les Québécois doivent parler d’une seule voix.
    L’évidence est sous nos yeux. Elle se confirme quotidiennement par l’annexion permanente du Québec dans le système canadian. Le temps est venu d’agir, c’est-à-dire de prendre collectivement position pour le Québec indépendant. La fin étant identifiée clairement, il est donc possible de convaincre et de réunir la population autour de la même idée. Il faut travailler fort et enseigner en cherchant toujours les meilleures tribunes pour faire passer le message.
    L’expérience historique vécue par la population québécoise, de ses origines en Nouvelle-France à sa situation actuelle dans l’empire canadian, nous démontre que la société québécoise a acquis une maturité suffisante pour accéder à son indépendance nationale politique complète. Par conséquent, le temps est terminé pour elle de vivre en permanence des privations énormes qu’elle subit depuis huit générations en Amérique du Nord. Cet état de vie nationale pour la collectivité québécoise-française n’est pas seulement inacceptable mais insupportable.
    Sur cette question de l’indépendance du Québec, la position du Québec-Français devrait être sans équivoque. Les Québécois et Québécoises doivent prendre position. Un tel geste suppose un ensemble d’idées et d’opinions partagé par une majorité d’individus dans la société québécoise.

  • Archives de Vigile Répondre

    1 janvier 2014

    Mais qui est l'étranger?
    L'usage du terme indépendance ou même celui, encore plus, éculé de souveraineté cache un positionnement civilisationnel en conformité avec le libéralisme inégalitaire dans lequel, faute d'autonomie intellectuelle et matérielle, les habitants québécois ne savent reconnaître qui ils sont et dans quels situations il se retrouvent après 261 ans d'occupation.
    Les québécois (administrés du territoire découlant du traités de la Ville de Québec) rêvent toujours d'un autre provincialisme (à la rigueur de n'importe quel "isme") sous un autre nom. Le jour de notre affranchissement aux valeurs et aux normes du Dominion, seul garant de notre réalisation, n'est pas à l'ordre du jour, quelque soit le groupe, les "élites" ou tenants d'une prétendue prise de parole au nom d'une quelconque revendication pour un pays, une nation du Québec qu'il reste encore a imaginer, sans ses entraves, pour être en mesure de le réaliser.
    Que cette nouvelle année en soit une de réflexions et d'analyses objectives pour tout les prétendus libérateurs et que soit mis aux chiottes tous ces agents du "système", collabos d'intérêts ou de confession canadian, s'appliquant à mettre des entraves à un exercice dont l'essentiel leur échappent et continuera à leur échapper.