La qualité du français dans nos universités

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Pour l'amour du français

Mes poils se hérissent, mes mains se crispent, tout comme lorsque j’entends le cri strident et désagréable que produit un couteau gratté contre le fond d’une assiette: « “ quand ” est-il de la sérotonine ? » Je suis étudiante à l’Université Laval, et mes notes de cours, comme mes examens, abondent de perles comme celle-là. En voici quelques autres tout aussi délicieuses : « l’approche psychanalytique s’est développé à l’extérieure de la psychiatrie » ; « on diagnostic cinq garçons autistes pour une seule fille » ; « les huit symptômes décrit ont été classés en trois catégories » ; « ceci dépasser les objectifs du cours ».

Ce ne sont pas des erreurs subtiles sur l’usage du point-virgule ou l’emploi d’un anglicisme sémantique que je relève ici, mais plutôt des fautes d’orthographe et d’accord pour le moins manifestes. Mes yeux saignent. On me fait noter que le texte, malgré ses nombreuses bourdes, en demeure compréhensible. Certes. Mais qu’en est-il de l’intégrité de notre langue ?

Il est, de mon avis, inacceptable qu’un établissement d’enseignement se soucie aussi peu de la qualité du français dans le matériel didactique qu’il produit et distribue. À mon sens, reléguer cette préoccupation au second rang revient à renoncer à notre langue et à notre culture, pourtant si riches. Ce n’est pas l’apprentissage de l’anglais qui menace l’avenir du français — quoi qu’en prétendent certains, ces deux langues ne sont pas mutuellement exclusives —, mais plutôt la faible importance que l’on accorde à l’usage d’un français de qualité.

Fierté à chérir

Je m’aventure sur un autre front… Le rapport Demers, paru lundi dernier, a évoqué, entre autres possibilités, celle d’abolir l’épreuve uniforme de français dans les cégeps, en vue de hausser le taux de diplomation. J’espère sincèrement que les groupes de travail mis sur pied par le ministre Bolduc écarteront cette avenue avec diligence. Heureusement, le ministre a été déjà forcé de le faire. Plutôt que de diminuer les exigences requises pour l’obtention du diplôme d’études collégiales, il faut rehausser les mesures d’aide à l’apprentissage afin que les étudiants en difficulté acquièrent des compétences langagières de base.

« Le français est une belle langue ! » s’exclame-t-on si souvent. C’est vrai. Mais à cela j’ajouterais que cet amour de notre langue naît du temps consacré à l’apprendre, à l’apprivoiser, à l’approfondir. On en goûte bien mieux les subtilités lorsqu’on la maîtrise : on prend alors d’autant plus plaisir à la faire briller dans nos écrits, à en agencer les mots pour créer des combinaisons qui sonnent doux, à en découvrir la tradition littéraire. Cette fierté du français, ne l’étouffons pas.


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