La Palestine

Le rôle des pays tiers comme le Canada n’est pas de prendre partie inconditionnellement pour l’un des belligérants

17. Actualité archives 2007


Il est vain sans doute d’aborder la situation politique au Proche-Orient sans se donner la perspective historique nécessaire pour essayer d’analyser et de comprendre le plus objectivement, si tant est que l’objectivité soit possible, des événements tels ceux qui sont survenus au sud Liban à l’été 2006, ou ceux qui défraient encore régulièrement les manchettes. Il faut savoir, par exemple, que la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) tente depuis 1978 de s’interposer, avec un succès plutôt mitigé, entre Israël et certaines factions palestiniennes. On ne compte plus d’ailleurs les résolutions de l’Organisation des Nations Unies (ONU) sur ce conflit. L’insuccès relatif obtenu par cette dernière dans la résolution du conflit au Proche-Orient découle vraisemblablement des jeux de coulisse liés à des intérêts géopolitiques qui s’exercent en marge de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité, et probablement aussi en raison de prétentions territoriales mythiques et religieuses sur la terre de Palestine dont la légitimité est contestable.
Fondée en 1948, Israël compte aujourd’hui 7 026 000 habitants (recensement de 2006), dont 5 300 000 sont juifs. Détruire cet État, comme une certaine rhétorique s’y autorise régulièrement et en admettant que ce soit possible, reviendrait à perpétrer un deuxième Holocauste tout aussi immonde que le précédent et à ignorer l’existence de plus de 1 700 000 de personnes qui ne sont pas juives, en l’occurrence les Arabes israéliens qui représentent 20 % de la population. C’est une attitude insensée tout comme il est insensé d’ignorer les droits des Palestiniens disséminés dans les territoires correspondant plus ou moins à l’ancienne Palestine du mandataire britannique, soit Israël, l’ouest de la Jordanie, le sud de la Syrie et le sud du Liban. La progression démographique des Palestiniens étant l’une des plus fortes du monde, le territoire de l’ancienne Palestine mandataire compte actuellement plus d’arabes que de juifs. Force est d’admettre l’urgence et la nécessité de négocier des accommodements politiques et territoriaux!
En principe, l’immigration juive en vue de constituer « un foyer juif sûr et reconnu en Palestine », tel que formulé lors du premier congrès sioniste de 1897 tenu à Bâle, en Suisse, aurait pu se faire sans heurt, dans le respect des populations déjà sur place, dont le ratio était alors d’un juif pour 40 arabes. C’est du moins ce que laisse supposer la déclaration de Lord Arthur Balfour, ministre britannique des Affaires étrangères, datée du 2 novembre 1917 : « Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les juifs jouissent dans tout autre pays. » Dans les faits, l’orientation prise par les autorités britanniques de faciliter l’immigration juive en reconnaissant le lien historique du peuple juif avec la Palestine a été marquée très tôt de nombreux incidents violents. Dès le 4 avril 1920, lors de la fête traditionnelle musulmane du Nabi Moussa des violences éclatent entre juifs et arabes et la situation tourne à l’émeute.

Les troubles persistants et récurrents entre juifs et arabes pendant le mandat britannique de 1920 à 1948 mènent à l’adoption de la résolution 181, votée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 29 novembre 1947 ; celle-ci recommande le partage de la Palestine en un État juif, un État arabe et une zone « sous régime international particulier » en référence à Jérusalem. La résolution, entérinée par les États-Unis et la Russie, mais rejetée par la Grande-Bretagne, ne sera jamais appliquée et le 15 mai 1948, débute la première guerre israélo-arabe. Les armes ne se sont jamais véritablement tues depuis et rien de mieux que la résolution 181 n’a été proposé pour dénouer l’impasse.
Le droit à la terre
Revendiquer un droit inaliénable à la Terre de Palestine est au mieux une vue de l’esprit. Lorsque les premiers israélites, population semi-nomade en voie de sédentarisation, s’implantent dans les hautes terre de la Palestine vers 1 200 avant notre ère, ou avant l’ère chrétienne, pour ceux qui reconnaissent l’historicité de Jésus de Nazareth, la civilisation cananéenne, les Amorites apparentés aux Phéniciens notamment, occupe le territoire de la Palestine, la Terre Promise, depuis la fin du IVè millénaire avant notre ère, longtemps donc avant l’implantation des tribus israélites. En fait, les données archéologiques et paléontologiques ont mis à jour des traces d’hominidés en Palestine remontant à plus d’un million d’années. La civilisation natoufienne (~11 000 et ~9 000), sans doute nomade, serait l’ancêtre de peuples du type eurafricain (Palestine, Irak, Iran et Anatolie des temps historiques) et l’ancêtre des proto méditerranéens. La culture israélite, probablement elle-même de souche cananéenne, a donc émergé en continuité avec les cultures des époques précédentes déjà âgées de plusieurs millénaires et fortement tributaires des deux pôles de civilisation remarquable que furent l’Égypte et la Mésopotamie. La Palestine a toujours été un carrefour de peuples qui se sont enrichis mutuellement d’apports culturels complexes, tout en partageant le même territoire et des langues sémitiques communes originaires d’Asie occidentale et d’Afrique : le cananéen, le phénicien, l’hébreu, l’araméen et le syriaque au nord, l’Arabe et l’éthiopien au sud.
Point stratégique, haut lieu d’échanges commerciaux et culturels, terre de transit entre l’Orient et l’Occident, la Palestine a de tout temps été convoitée et occupée tour à tour par les Hyksôs, les Philistins, les Égyptiens, les hébreux, les Assyriens, les Perses, les Grecs, les Romains, les Arabes, les Turcs, les Croisés d’Europe, y compris les derniers Croisés en liste : les États-Unis d’Amérique, soucieux de leurs intérêts géopolitiques dans cette partie du monde. Dans un tel contexte, qui peut raisonnablement revendiquer pour soi la terre de Palestine, une terre multiculturelle, multiethnique et en principe, une terre de civilisation qui a donné de grandes religions dont le message essentiel est tout à fait étranger aux guerres? La Palestine offre plutôt au monde un visage sur lequel s’affichent les vils instincts qui font de l’Homme le plus féroce des carnassiers : colère, haine violence serties du cycle de la vengeance. Il se joue là-bas une partie de poker extrêmement dangereuse pour la sécurité des peuples établis sur cette terre et ultimement pour la paix mondiale, car personne n’y est maître du jeu, personne ne contrôle les belligérants et personne ne peut prévoir l’ampleur et l’orientation des dérives toujours possibles. Il faut de bonne foi régler ce conflit et permettre aux belligérants de cohabiter en toute intelligence, dans la justice et l’équité.
L’Organisation des Nations Unies ne peut seule résoudre le conflit si en coulisse d’aucuns s’acharnent à jeter de l’huile sur le feu en exploitant les inimitiés et les rivalités des principaux belligérants au nom d’intérêts nationaux qui font fi du droit international. Ni Israël, ni les palestiniens ne fabriquent les armes avec lesquelles ils se combattent, bien qu’il ne faille perdre de vue la disproportion des moyens financiers et militaires entre les belligérants : les palestiniens n’ont pas d’armée régulière, pas de chars d’assaut, pas de marine, pas d’aviation...et des ressources financières limitées, quand elles ne sont pas l’objet d’un embargo!
La fondation d’ « un foyer juif sûr et reconnu en Palestine », avalisée en 1922 par la Société des Nations, l’ancêtre de l’ONU, reposait sur une obligation contractuelle éthique, morale et politique de respecter les droits des populations préalablement établies en Palestine. Est-ce que ce contrat a été respecté à la lettre? Est-ce que la Grande Bretagne, mandataire de la Palestine à cette époque a rempli toutes ses obligations à cet égard et assumé correctement ses responsabilités? Est-ce que des négociations basées non pas sur des prétentions mythiques ou religieuses, mais sur les notions de droit, d’équité et de justice développées par la Communauté des Nations depuis 60 ans sont encore possibles – pour que la Paix règne enfin en Palestine sur des fondations solides?
S’il pressait d’offrir une terre d’asile aux juifs persécutés partout et de tout temps, surtout aux juifs d’Europe meurtris par l’apocalypse nazie, il faut bien reconnaître que les habitants de Palestine n’ont pas été les artisans responsables de ces persécutions et que par voie de conséquence, ils ne devraient pas avoir à en payer le prix éternellement. Sur cette base, le rôle des pays tiers comme le Canada n’est pas de prendre partie inconditionnellement pour l’un des belligérants, mais de travailler avec la Communauté internationale à faire triompher dans ce coin du monde la justice et l’équité entre les parties.
Yvonnick Roy

Québec



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1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    27 avril 2007

    Le Canadien anglais a tendance à favoriser le côté d'Israël à cause de la proximité des juifs et de la finance. Le Québecois francophone a tendance à favoriser le côté de la Palestine à cause de sa son empathie pour ceux qui se font envahir, voler et coloniser comme ses ancêtres.
    Avoir un préjugé favorable à un des 2 côtés n'empêche pas de tenter d'aider à résoudre ce problème cornélien.