La laïcité et la question identitaire

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Yvan Lamonde se trompe : la majorité des Québécois veulent garder le crucifix au Salon bleu et interdire les signes religieux orientaux dans la fonction publique


Pourquoi le débat sur le projet de loi 21 relatif à la neutralité et à la laïcité de l’État s’est-il d’ores et déjà engagé sinon emballé dans une dimension identitaire, dans une question de signes identitaires ? Pourquoi voudrait-on que dans la société civile l’identité soit manifestement religieuse ? Pourquoi voudrait-on que, parce qu’une communauté ou une collectivité se définit par une religion, l’ensemble se voit imposer cette approche ?


La laïcité de l’État ne vise pas l’identité ; elle vise la primauté du civil comme bien commun, elle garantit la liberté de conscience pour les non-croyants et les croyants, elle garantit la liberté des religions pour les croyants. La laïcité de l’État concerne la vie de toutes et de tous dans la cité, dans la société, elle définit ce qui est commun aux citoyennes et aux citoyens, ce qui leur permet de vivre ensemble, leur appartenance d’abord à la société civile.


L’idée de séparer l’État et les religions est de chercher ce qui rassemble plutôt que ce qui différencie, et ce qui différencie souvent sur des bases de convictions fortes sinon absolues. Ce ne sont pas les religions qui peuvent fonder la société civile, qui fondent l’égalité des femmes et des hommes, qui assurent la liberté de conscience. L’Histoire nous l’apprend : le religieux ne peut prévaloir sur le civil, ne peut être imposé comme principe civil.


On comprend que l’automatisme à traduire le débat en question identitaire empêche de voir les principes universels et démocratiques qui fondent le projet de loi. En fin de compte, c’est le principe de l’égalité de tous les citoyens et citoyennes qui devient la base du projet de loi. C’est pour assurer cette égalité que le civil et le religieux sont séparés, et pour assurer à toutes les citoyennes et tous les citoyens la liberté première de croire ou de ne pas croire et la liberté, si l’on croit, de croire en telle ou telle religion.


Les Québécois se sont historiquement fait une conviction de ces principes. S’ils ont mis du temps à reconnaître le cléricalisme sinon l’intégrisme religieux qu’ils ont vécu principalement entre 1860 et 1960, à déconfessionnaliser l’école, à séculariser le Code civil, à bientôt enlever le crucifix de l’Assemblée nationale par respect civil pour toutes les religions, ils ont vu se consolider leur conviction de ne jamais plus avoir à vivre des situations où le religieux pourrait primer le civil. Je reconnais que nos concitoyens canadiens et les citoyens québécois d’immigration récente peuvent avoir de la difficulté à saisir la profondeur de cette évolution ; il n’en reste pas moins que c’est de cette expérience historique profonde que vient l’appui de la majorité au projet de loi 21.









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