Lettre au ministre du Patrimoine, James Moore

La culture ne peut souffrir de rester dans l'ombre

Harper et la culture



Monsieur le Ministre,
Il a été porté à notre attention une déclaration que vous avez récemment faite à la Chambre des communes, en réponse à une question de l'opposition portant sur le soutien que votre gouvernement pourrait apporter à une troupe de ballet montréalaise [les Grands Ballets canadiens] s'apprêtant à réaliser une tournée internationale.
Vous avez laissé entendre à cette occasion que si elle avait besoin d'aide pour honorer ses engagements contractuels à l'étranger, cette troupe pouvait se tourner vers le gouvernement du Québec qui vient de créer un programme de trois millions de dollars pour soutenir les artistes québécois sur la scène internationale.
Nous sommes fort étonnés de vous entendre répéter, d'une part, que les programmes Routes commerciales et PromArt ont été abolis par votre gouvernement parce qu'ils étaient jugés inutiles et que, d'autre part, vous reconnaissez en quelque sorte l'intérêt de ces mesures de soutien en faisant référence au programme créé il y a quelques semaines par le gouvernement du Québec pour soutenir le rayonnement international des artistes québécois.
Déception
Soulignons en passant que ce nouveau programme est une mesure temporaire qui a dû être mise en place de toute urgence par le gouvernement du Québec pour combler le vide créé par l'abolition de vos propres programmes visant à soutenir les tournées internationales d'artistes.
Il est plutôt décevant de vous entendre répéter, chaque fois que la question du soutien au rayonnement international des artistes québécois et canadiens est soulevée, votre leitmotiv disant que votre gouvernement aurait accru comme jamais le soutien à la culture, mais toujours en évitant soigneusement de vous adresser aux questions spécifiques de l'aide aux tournées à l'étranger, de l'exportation de nos produits culturels et de la diplomatie culturelle.
Vous affirmez à répétition que les programmes PromArt et Routes commerciales ont été abolis parce que leur administration était trop coûteuse, mais nous ne sommes pas arrivés une seule fois à vous entendre, ni aucun autre porte-parole de votre gouvernement d'ailleurs, sur la dimension précise du soutien au rayonnement international de la culture canadienne et québécoise et encore moins sur le point spécifique du soutien aux tournées de nos artistes à l'étranger.
Refus d'agir inacceptable
Depuis l'annonce de l'abolition de ces programmes, de nombreux artistes, troupes, ensembles et organismes (dont la Conférence nationale des arts de la scène) vous ont maintes fois répété, souvent preuves concrètes à l'appui, que votre décision d'abolir les programmes de soutien à l'exportation de nos produits culturels allait avoir, dès les toutes prochaines années, un effet désastreux, parfois irréversible. Votre obstination incompréhensible à ne pas combler le vide que vous avez créé va littéralement détruire des années de patient travail.
Pouvons-nous vous dire notre étonnement le plus total et notre déception la plus profonde devant votre refus d'agir à ce chapitre, alors que plusieurs pays choisissent justement de hausser de façon majeure leurs investissements dans l'exportation de leurs produits culturels à l'étranger?
Serait-il possible de connaître enfin quelles sont vos intentions précises à ce sujet? Pour ce faire, nous aimerions vous rencontrer afin de discuter plus avant avec vous de cette question fort délicate et qui préoccupe au plus haut point toute la communauté artistique.
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Stanley Péan, Président de l'Union des écrivains québécois et porte-parole du Mouvement pour les Arts et les Lettres

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