La construction sous la loupe: des ingénieurs s'en mêlent

Enquête publique - un PM complice?

L'Association défendant les ingénieurs du gouvernement joint sa voix à celle de l'Ordre des ingénieurs du Québec et réclame une enquête publique sur l'attribution des contrats d'infrastructures. Photothèque Le Soleil

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Michel Corbeil - (Québec) L'Association défendant les ingénieurs du gouvernement se demande si le gouvernement Charest refuse de déclencher une enquête publique sur les contrats d'infrastructures pour ne pas mettre à jour un «système» profitant au privé au sein de ministères.
Le président de l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ) soulève de graves interrogations dans une lettre ouverte qu'a publiée Le?Soleil, le samedi 21 novembre. Dans cette lettre, Michel Gagnon insiste sur le fait qu'aucun examen n'a été réalisé par Québec pour comparer la facture de travaux, selon qu'ils sont exécutés par des firmes privées de génie-conseil ou bien par les ingénieurs de l'État.
«Pourquoi cette absence d'étu­des? Veut-on protéger un système?» écrit le leader syndical. Il profite de sa sortie pour indiquer qu'il joint sa «voix à celle de l'Ordre des ingénieurs du Québec» qui réclame une enquête «sur l'attribution des mandats et la gestion des contrats publics d'infrastructures».
Au Soleil, M. Gagnon a précisé récemment qu'il a déjà tenté d'obtenir par la loi d'accès à l'information des documents comparant le coût de réalisation des travaux, selon qu'ils sont effectués par des ingénieurs du secteur privé ou par ceux à l'emploi de Québec. En février 2008, le ministère des Transports lui a répondu qu'il «n'en avait aucun... Et que nous n'en aurons jamais!»
Notre interlocuteur s'est réjoui de lire, dans le rapport du véri­ficateur général, Renaud Lachance, «que cela ne fait pas de bon sens que le Ministère ne fasse pas d'étude pour savoir combien ça coûte ailleurs. [...] Est-ce que c'est rentable pour le citoyen?» a soulevé Michel Gagnon, lors de notre entretien.
Lorsque le président de l'APIGQ parle d'un possible «système», il fait référence au fait que «les Transports ne fonctionnent pas seuls. Ils doivent fonctionner avec le [Conseil du] Trésor», notamment pour les prévisions budgétaires. M. Gagnon a en tête un exemple qui a trait au Conseil du trésor lorsqu'il réclame une enquête sur les contrats pour les infrastructures.
Un haut fonctionnaire lui a confié que s'il se présentait devant le Trésor avec une étude comparative des coûts entre le privé et le public, il perdrait son emploi. Le leader syndical serait prêt à nommer cet informateur s'il y avait investigation publique.
M. Gagnon a insisté sur le fait que la valeur des contrats a explosé, ces dernières années. «Alors que la masse salariale des ingénieurs» est gelée à environ 35?millions $, «c'est par centaines de millions de dollars que l'on confie des contrats aux firmes de génie-conseil» pour les travaux d'infrastructures.
«Gros malaise»
Michel Gagnon s'interroge aussi sur la prime de 75 000 $ versée par le Parti libéral du Québec à son chef Jean Charest (lire autre texte). Celle-ci pourrait-elle ne pas être étrangère à la décision de refuser l'investigation publique? se questionne-t-il dans sa missive. En entrevue téléphonique, M. Gagnon a souligné que la bonification du salaire du chef du gouvernement par sa propre formation politique provoque «un gros malaise».
Le président de l'APIGQ a rappelé les révélations contenues dans une série d'articles du Soleil, en novembre 2007, sous la plume de Martin Pelchat. La firme d'ingénierie Tecsult avait contribué illégalement au financement du Parti libéral du Québec et du Parti québécois, dans les années 1990, apprenait-on.
Tecsult remboursait les dons de ses employés cadres qui signaient des chèques de 2000 $ à 3000 $. La loi sur le financement politique interdit les contributions par des «personnes morales», comme les compagnies. Le président de l'entreprise à l'épo­que, Guy Fournier, avait déclaré que Tecsult était loin d'être seule à contourner la législation de cette manière.
Le président Michel Gagnon est revenu sur cette histoire. Comme la prime de 75?000 $ «vient de la caisse électorale» du Parti libéral du Québec, il est légitime de s'interroger si elle peut être constituée en partie par des contributions illégales de compagnies, a-t-il plaidé. «Nous avons des inquiétudes. Nous le formulons sous forme de question. On ne le sait pas.»
Une pluie de demandes
Les demandes d'enquêtes publiques au sujet du secteur de la construction pleuvent, ces derniers temps. Le Soleil a rapporté, la semaine passée, que le Syndicat de la fonction publique du Québec en réclame une sur l'industrie des grands travaux. Le syndicat des policiers de la Sûreté du Québec en veut une pour faire la lumière sur la corruption dans le milieu de la construction.
Le Parti québécois l'a fait, dès septembre. L'ADQ est aussi de cet avis. Des jeunes de différents horizons politiques ont fondé la coalition Corruption Zéro «parce que la population mérite une gestion des affaires publiques éthiquement irréprochable». Son porte-parole Marc-Antoine Cloutier a réitéré, ces derniers jours, qu'il «faut absolument une commission d'enquête sur la construction», mais que son groupe ne s'est pas prononcé sur l'élargissement du mandat au financement des partis politiques.


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