La Caisse: Tripotage politique et démembrement

Chronique de Jean-Claude Pomerleau


«On ne veut pas intervenir politiquement dans les affaires de la Caisse. Ce serait une grave erreur.» (Jean Charest)
En 2008, la Caisse a perdu 40 milliards, si elle avait eu un rendement comparable aux autres fonds de cette catégorie elle aurait perdu 30 milliards; d'où une sous-performance de 10 milliards. En 2009 la sous performance est de 5 milliards. Cette débarque historique de 15 milliards est directement attribuable au tripotage politique de Jean Charest.
Premier tripotage politique de la Caisse :
Jean Charest prend le pouvoir en 2003 et change la loi de la gouvernance de la Caisse en 2004 (Loi 78).
Le bureau du Premier ministre se donne le pouvoir de nomination de la direction de la Caisse. « Jamais le Premier ministre n’a eu autant de pouvoir sur la Caisse » (Jacques Parizeau). Cela mènera à un chambardement sans précédent à la direction de la Caisse durant la pire crise de son histoire : 4 Présidents en un an ; ce chambardement aura une incidence sur le rendement de 2008 et 2009. Mais C’était là le prix à payer pour placer les bons pions aux bons postes pour la suite des choses.
Autre mesure de ce changement de la loi gouvernant la Caisse qui aura un effet désastreux. La limite d’acquisition des produits dérivés par la Caisse est levée; ce qui rendra notre bas de laine collectif vulnérable à ces produits toxiques. Entre autre, au papier commercial (PCAA non-bancaire) qui a fini par composer près de 10 % de l’actif ! Ces 13 milliards de PCAA gelés ont entraîné une crise de liquidité, laquelle a entraîné une vente de feu dans une période de capitulation boursière :
«…. la crise du PCAA. Elle a immobilisé les liquidités de la Caisse en pleine crise financière, au moment où elle en avait cruellement besoin. C’est ce qui a contraint les gestionnaires de la Caisse à liquider le tiers de leurs actions – le tiers ! – à l’automne 2008.»
http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/200901/06/01-684561-la-caisse-de-depot-aurait-largue-10g-dactions.php
La vente de feu
Cette vente de feu a transformé des pertes sur papier en pertes « réalisées ». À ce sujet, M. Pierre Goyette (1) est un des rares à avoir le courage de poser la question qui tue : « … pourquoi la Caisse a-t-elle vendu des milliards d'actions alors que le marché des actions, à l'automne 2008, s'effondre? Pas un mot d'explication crédible. Qu'est-ce qui forçait la Caisse à faire des gestes aussi insensés conduisant à perdre 23 milliards de dollars de l'argent de ses déposants? Aucune explication. »
http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/283779/les-omissions-scandaleuses-de-la-direction-de-la-caisse-de-depot-et-placement

Autre explication sur les motifs de cette vente de feu: La Caisse "électorale" de dépôt.
Deuxième tripotage politique de la Caisse :
Lors de la dernière élection (2008), alors que des signes inquiétant parvenaient de la Caisse au sujet de pertes record, ce qui pouvait faire dérailler la réélection des libéraux. Les dirigeants de la Caisse sont venus à la rescousse de Charest pour dire, lors d une conférence de presse, qu’il n'y avait pas de problème de "liquidité" :
" (...) la Caisse a cherché à se faire rassurante sur l'ampleur des liquidités dont elle dispose et sur la façon dont elle sera affectée par la crise financière actuelle. Les hauts dirigeants actuels, Pierre Brunet et Fernand Perreault, ont affirmé qu'il n'existait actuellement pas de problème de liquidités, dont le niveau est de 20 G$, ont-ils dit." (21 novembre 2008)
http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/200901/06/01-684561-la-caisse-de-depot-aurait-largue-10g-dactions.php
Cette sortie des dirigeants de la Caisse en pleine campagne électorale était une commande politique qui n’avait pour but que de sauver la campagne de Jean Charest et assurer la réélection des libéraux. Sait-on ce que nous a coûté cette opération de transformation de la Caisse, en Caisse "électorale" de dépôt?
« À l'automne 2008, la Caisse avait réduit du tiers (de 36,3% à 22,4%) sa pondération en actions. À l'époque, le président par intérim Fernand Perreault avait justifié la braderie en pleine débandade boursière afin « de protéger le capital des déposants ».
Ce chamboulement rapide du portefeuille avait coûté 2 milliards en 2008.
En 2009, la sous-pondération en actions aura privé la Caisse d'un point de pourcentage en rendement, selon Bernard Morency, responsable à la Caisse des relations avec les déposants et des initiatives stratégiques. Sur un portefeuille de 120 milliards au 31 décembre 2008, la braderie aura encore coûté 1,2 milliard en manque à gagner l'an dernier. »
http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/quebec/201002/26/01-4255468-nous-navons-pu-profiter-pleinement-du-regain-boursier.php
Ces pertes «réalisées» auraient été évitées si le gouvernement avait répondu à l'invitation de l'opposition qui était prête à collaborer à ce que l'État vienne à la rescousse de la Caisse pour éviter la vente de feu: «...si c'est vrai que la caisse a des problèmes importants de liquidités, est-ce qu'il y a lieu d'aider la caisse au niveau des liquidités? Il va falloir voir. Mais, d'abord, on veut savoir » (M. Legault, 4 novembre 2008)
http://www.assnat.qc.ca/Fra/conf-presse/2008%5C081104FL.HTM

Mais Mme Jérôme-la Sacoche-Forget a préféré continuer à cacher la situation plutôt que de répondre à l'invitation de l'opposition pour ne pas que la gravité de la situation à la Caisse soit connue du public, ce qui eut été désastreux en pleine campagne électorale. Combien nous a vraiment coûté cette manœuvre bassement politique, au MINIMUM 3,2 milliards; seule une enquête publique pourrait nous révéler les coûts véritables de ce tripotage politique.
On sait maintenant que cette vente de feu a eu des incidences, non seulement sur les résultats de 2008 mais aussi sur ceux de 2009 :
« La sous-pondération des marchés boursiers au début de 2009 a fait rater à la Caisse une partie de la relance des Bourses. C'est d'ailleurs dans le premier semestre que la Caisse a souffert de la comparaison avec l'indice de référence de ce secteur. L'institution avait alors enregistré un rendement légèrement négatif (-0,3%), pendant que l'indice était à 4,7%. Dans le deuxième semestre, la Caisse a fait mieux, avec un rendement de 10,4%, contre 9% pour l'indice. »
http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/services-financiers/201002/25/01-4255199-rendement-de-10-pour-la-caisse-toujours-en-queue-de-peloton.php
Conclusion : si la Caisse n'avait pas été victime de ce tripotage politique qui l'a rendu vulnérable aux produits dérivés et au chambardement de sa Direction durant la pire crise financière de son histoire, elle aurait évité une sous-performance de 15 milliards en 2 ans. Et qui sait, elle aurait peut-être profité de cette crise pour faire un malheur plutôt que de le subir.
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Le démembrement continue ?
Il faut craindre que le tripotage ne soit pas fini. Profitant de la crise, Charest a placé ses pions, avec instructions de vider la Caisse de son expertise pour les remplacer par des gens de l'extérieur. C'est dans ce contexte général de prise en main de notre Caisse par des étrangers que cette nouvelle soulève des inquiétudes:
« Le groupe immobilier de la Caisse de dépôt et placement du Québec est à la recherche de partenaires financiers, au Canada et à l'étranger, qui pourraient investir dans ses portefeuilles ou même acquérir des participations à l'actionnariat dans ses filiales. (...) "La Caisse possède l'un des dix plus importants portefeuilles immobiliers au monde »
http://fr.canoe.ca/infos/quebeccanada/archives/2010/02/20100218-163346.html
De quoi susciter la convoitise des grands « réseaux d'argent ». Comptons sur M. Roland Lescure, (responsable de la stratégie de placement, de la répartition de l'actif du portefeuille global et de la recherche concernant les activités d'investissements) pour « donner son avis en ce qui concerne les placements privés et immobiliers ». En fait à quel réseau appartient ce monsieur, quels intérêts sert-il ?
Ne comptez pas sur Gesca La Presse pour nous indiquer les véritables raisons qui ont conduit à la sous-performance de 15 milliards de la Caisse en 2 ans. Dans sa chronique d'aujourd'hui, M. Michel Girard (Cyberpresse), est plutôt en mission pour brouiller les pistes et détourner le débat vers les "gérants d'estrades de la Caisse", dont Mme Marois, leur reprochant de pratiquer l'art de prévoir le passé au sujet de la sous-pondération en action, cause de la sous-performance en 2009. Ce persiflage vise à détourner et manipuler le débat, la spécialité de Gesca.
M'étant autoproclamé "gérant d'estrade de la Caisse" moi-même, je me sens interpellé par cette plume à gage de Gesca-La Presse. Permettez que je prenne ce torchon de propagande du jour pour frottez le nez de ce monsieur. J'aimerais répondre à ce ton hautain et méprisant de cet économiste de cubicule, au service des intérêts de Paul Desmarais, qui ne sont pas les nôtres en passant. Si le gouvernement Charest avait accepté la main tendu de M. Legault, lors de la crise des liquidités à l'automne 2008, la Caisse aurait sauvé au MINIMUM 3,2 milliards. Ce dernier à plutôt préférer servir ses intérêts bassement partisans plutôt que de prendre la décision qui allait dans le sens des intérêts supérieurs du Québec, mais qui risquait de lui faire perdre le pouvoir; à lui, et à ces puissants réseaux d'intérêts qu'il sert servilement. Pour eux, le pouvoir n'a pas de prix !
Pour comprendre ce qui se passe, mon lucide à moi, c'est Aristote, lequel ramène tout à l'essentiel: Qui contrôle l'État, au profit de qui. Et celui qui contrôle notre État a ouvert la porte à de puissants réseaux d'intérêts qui le squattent systématiquement pour leurs profits et au détriment du bien public. La Caisse de dépôt et l'Hydro Québec sont devenus leurs choses. Pour eux, Jean Charest a transformé notre l'État en une Marie-couche-toi-là pour les amis du régime.
Caisse: Tripotage politique et démembrement.
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(1) Pierre Goyette - Ancien sous-ministre des Finances, ancien membre du conseil d'administration de la Caisse de dépôt et placement du Québec et ex-président et chef de la direction de la Banque Laurentienne du Canada.


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6 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    27 avril 2010

    Je crois que, indépendance ou pas (regarde la Grece),quand les élus sont corrompus par les mafias commeciales y a pas grand chose à faire d'autres que de les acusés et de les mettre à la porte.Ensuite quand on est au pouvoir on s'occupe de ces profiteurs/corrupteurs/siphoneurs de biens publics.

  • Archives de Vigile Répondre

    1 mars 2010

    La nouvelle direction de la Caisse de Dépôt et Placement du Québec assure qu’elle ne tentera plus de jouer au casino avec l’argent des autres.
    Ce rendement de 10 % n’efface pas un cent des 40 milliards évaporés en 2008. Il reste donc beaucoup de chemin à parcourir pour revenir à la situation d’avant la crise.

  • Archives de Vigile Répondre

    1 mars 2010

    Il y a pas longtemps,un francophone québécois dirigeait la caisse Teacher.Personne en Ontario l'a bitché.
    [« Le porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir a déclaré au Devoir que le rendement de 10% lui semblait appréciable, compte tenu de l'objectif d'obtenir un rendement de 7% pour assurer le financement des régimes de retraite et d'assurances.
    Il est tout à fait normal que la nouvelle équipe de Michael Sabia n'ait pu, en 2009, gérer de façon optimale son gigantesque portefeuille. On ne peut pas demander à une équipe de gestion de portefeuilles d'obtenir en l'espace d'à peine six mois le même rendement que l'on s'attend des équipes en place à longueur d'année.

    Ayons un peu d'empathie envers Michael Sabia. On le jugera au sortir de l'année 2010, l'an 1 de son véritable règne! »]
    Par Michel Girard,La Presse,27/02/2010

  • Isabelle Poulin Répondre

    28 février 2010

    Le message que je retient de la phrase 'on ne peut pas intervenir politiquement dans la caisse' est aussi : Vous les Québécois, vous êtes trop incompétents pour intervenir dant la caisse ! On s'approprie la compétence. Voyez les videos sur Vigiles, il font réfléchir. Les mercenaires d'entreprises sont aussi glorifiés pour leurs compétences à maximiser les profits mais au dépend de qui et de quoi ? Tout le monde a la compétence de gérer sa vie, la caisse est une gestion sur le plan collectif, les experts vous chassent de vos affaires en vous endormant avec leurs supposés compétences. Contribuons du mieux qu'on peut à Vigile car c'est ici qu'on peut regagner du pouvoir sur nos affaires ! Merci Vigile.

  • Jean-Pierre Plourde Répondre

    27 février 2010

    M. Pomerleau.
    Bravo pour votre papier.
    Vous n'avez donner qu'un petit coup de pied dans la termitière.
    Les stratégie développées par le Canada via M. Charest couvrent tous les aspects de nos actifs, en commençant par nos territoires dans le traité dit de l'approche commune, nos institutions comme la Caisse et l'Hydro et notre culture dans la réduction des subventions, et il y en a bien d'autres.
    Le Québec en entier est sous la tutelle fédérale.
    Lorsqu'on nous aura dépouillé de nos actifs, caisse de dépôt, Hydro-Québec, territoires, et autres, on nous forcera à quémander plus de péréquation, on va se heurté à une opinion canadienne radicale contre nos aspirations.
    Nous serons rejeté comme une vielle chaussettes.
    Il y a des moments dans la vie ou de fuir la chicane à tout pris n'a plus sa place.
    La prise de conscience de ce qui se trame n'a pas encore fait son chemin dans notre population et tout à été mis en place par la fédération pour empêcher et retarder cette réflexion.
    J'ai fait la preuve que les médias sont censurés, les universités et institutions scolaires sont sous surveillance, voir mes études et texte sur l'UQAC et mon texte sur le contrôle de l'information, voir, saglacweb.com, Le contrôle de l'information.
    Il nous faut obligatoirement recréer l'union de Montréal et des régions afin qu'on puisse tous ensemble faire un front commun, recréer notre majorité, contre ces abus et peut-être mettre à la porte le gouvernement Charest tout en proposant des gens compétents qui auront à coeur nos intérêts, pour prendre la relève de notre destinée.
    J'ai appris aux Montréalais les conséquences pour eux de l'approche commune, les Montréalais tout comme les gens des régions ont des investissements majeurs sur les territoires transférer aux Amérindiens dont ils vont perdre le contrôle, voir, Montréal, le traité de l'approche commune va te faire mal, sur vigile.net et ameriquebec ou mon blogue saglacweb.blogspot.com
    je n'ai pu faire ce travail d'information que grâce à internet, tous les médias m'ont boycottés, même si j'offrais de payer le coût de la page ou de l'espace requis pour le faire.
    Nous avons affaire à la deuxième déportation massive de ce pays par expropriation au lieu de bateaux, 7 millions d'apatrides dépouillés d'actifs et de territoires, conséquence d'un référendum volé.
    Surveillez-bien la prochaine poursuite de Terre-Neuve contre l'Hydro-Québec, comme dans l'approche Commune des fédéraux seront assis des deux côtés de la table de négociation, il pourrait en résulter un jugement favorable à Terre-Neuve pouvant aller jusqu'à une compensation financière ou le transfert d'une partie de nos actifs ou même de territoires vers Terre-Neuve.
    Je suis persuadé que M. Charest doit en rêver.
    Merci d'être là et de comprendre l'importance de diffuser la bonne information et de l'urgence de l'action.
    Jean-Pierre Plourde

  • Archives de Vigile Répondre

    27 février 2010

    Très bon article. Mais j'ai quelques remarques à faire.
    1 - Soyons réaliste et arrêtons de nous conter des histoires en parlant de notre État. Le Québec, même si dans les faits, est un État-Nation potentiel qui est "sous nos pieds", comme le dit constamment J.C.Pomerleau, est un semi-État provincial cul-de-jatte annexé par un véritable État-Nation, le Canada, qui contrôle notre destin national et dont son gouvernement a annoncé très clairement, entre autres interventions dans notre vie collective, son intention de créer une commission "nationale" des valeurs mobilières qui rendra obsolète l'Autorité des marchés financiers du Québec. Cela vient s'ajouter au fait que la province de Québec, semi-État cul-de-jatte n'a déjà aucune juridiction sur les banques et la politique monétaire, pas plus qu'il n'en a sur le commerce extérieur.
    2 - La Caisse de dépôt et placement du Québec est une institution "provinciale" et son administration relève de faits qui surviennent "dans le régime". Dans ce sens, ce dossier fait partie comme 1000 autres - même s'il est très important - de la gestion du semi-État provincial cul-de-jatte dans lequel les québécois sont confinés et cadenassés. C'est un sujet qui peut intéresser les souverainistes/indépendantistes mais qui peut aussi les diviser, comme tous les dossiers de gestion provinciale.
    3 - Je suis resté sur mon appétit parce que le texte de J.C. Pomerleau ne débouche pas nulle part sur un argumentaire "sur le régime" et la nécessité de faire l'indépendance de façon urgente mais uniquement sur la nécessité de débarrasser le semi-État provincial cul-de-jatte des actuels gestionnaires libéraux de Jean Charest.
    4 - Le dossier sur la Caisse comme tous les autres dossiers administrés et sous contrôle des gestionnaires provinciaux - qu'ils soient libéraux ou péquistes - ne sont intéressants que dans la mesure où ils débouchent sur un argumentaire concluant à la nécessité de faire l'indépendance.
    5 - C'est le fil d'Ariane qui nous mène à l'indépendance qui manque dans ce dossier. S'il existe, c'est à l'auteur à nous l'expliquer et à nous le faire découvrir.
    6 - Le véritable argumentaire est de démontrer comment l'indépendance pourra permettre à la CDPQ de protéger pleinement les intérêts des québécois et pourquoi notre situation de semi-état provincial annexé empêche la Caisse de remplir pleinement cette mission.
    7 - Le reste, c'est juste du bavardage provincial.
    Pierre Cloutier