La brique au privé

CHUM



Québec a fait son lit: une partie seulement du gigantesque chantier de modernisation des grands hôpitaux universitaires sera confiée au secteur privé sous la forme d'un partenariat à long terme. S'il a fallu du temps avant d'en arriver à ce qui a toutes les apparences d'un compromis, il faut admettre que la solution retenue présente un certain intérêt, sur papier du moins.

Après des mois de tergiversations au cours desquels on a vu grimper les prévisions de coûts de construction des trois grands hôpitaux montréalais que sont le CHUM, le CUSM et Sainte-Justine, Québec a opté pour un partenariat qui sera limité à la construction et au maintien des immeubles. Selon cette formule, l'essentiel des responsabilités de gestion de ces établissements restera donc entre les mains des autorités publiques.
La construction des édifices neufs et la rénovation de Saint-Luc seront confiées à un consortium privé choisi sur appel d'offres, alors que le reste, soit la rénovation des hôpitaux Notre-Dame, Sainte-Justine et Children notamment, sera effectué en mode conventionnel.
C'est donc dire que l'achat des équipements médicaux et leur remplacement, l'entretien ménager, la buanderie et toute la gestion des soins médicaux seront exclus du contrat de PPP.
Certains auraient souhaité qu'on aille plus loin dans la délégation de responsabilités, mais, compte tenu de l'ampleur des travaux et de l'importance de ces hôpitaux universitaires pour le réseau de la santé, il est beaucoup plus sage de s'en tenir à la carcasse du monstre. Après tout, de nos jours, même l'entretien ménager fait partie intégrante de la qualité des soins offerts aux patients.
Dans l'ensemble, c'est le tiers des coûts totaux de construction, d'aménagement et d'achat d'équipements qui fera l'objet de partenariat, soit 1,2 des 3,6 milliards de dollars prévus pour les travaux. En somme, deux PPP de 600 millions chacun, l'un au CHUM et l'autre au CUSM.

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Il est trop tôt pour se prononcer de façon définitive sur la pertinence de choisir ce mode de construction et d'entretien à long terme d'un grand hôpital. L'exemple de la Place Ville-Marie cité par le ministre Couillard pour illustrer le point de vue selon lequel les immeubles entretenus par le privé sont en bien meilleur état que les écoles et les hôpitaux publics, et ce, même après plusieurs décennies, n'est pas très approprié. La Place Ville-Marie a été complètement rénovée il y a quelques années, ce qui ne sera le cas des hôpitaux que si le gouvernement accepte de réinvestir lui-même beaucoup d'argent au bout de vingt ou trente ans.
Cela dit, il est très probable que les immeubles seront mieux entretenus si on prévoit l'argent nécessaire dès la construction. Jamais un gouvernement n'agit de la sorte quand il construit lui-même des infrastructures. Élus pour quatre ans, nos ministres trouvent toujours plus de gloire personnelle à lever une pelletée de terre qu'à remplir un nid de poule.
En outre, l'objectif de respect des coûts et des délais de construction a aussi plus de chances d'être atteint si tout est inscrit au contrat initial. À condition, bien sûr, que ce contrat n'ouvre pas la porte à tout instant à des réclamations coûteuses de la part du partenaire.

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Les prévisions financières présentées hier par l'équipe du ministre Couillard laissent entrevoir des dépassements de coûts de plus d'un milliard pour les trois projets, par rapport à l'an dernier. Cela dit, l'essentiel de ces dépassements est attribuable à l'inflation future et à des facteurs de risques inhérents à des projets de cette ampleur. Il est rare qu'on prenne la peine d'ajouter ces coûts, pourtant inévitables, au moment de faire l'annonce d'un grand chantier. Encore là, il n'y a pas de votes à gagner à augmenter le prix de la facture pour les contribuables.
Cela dit, on ne sait pas si la construction en PPP ne nuira pas à la collecte de fonds auprès du public, dont on attend près de 500 millions. On ne connaît pas non plus les avantages financiers, si avantages il y a, reliés à la formule PPP sur une longue période.
D'ici janvier prochain, l'Agence des PPP aura reçu le «plan d'affaires» conçu par des consultants indépendants pour comparer la formule PPP au modèle conventionnel. Même si l'intention du gouvernement semble ferme, la loi l'oblige à attendre les analyses comparatives et les recommandations de l'Agence des PPP avant de prendre une décision finale.
Comme ce fut le cas jusqu'ici dans ce dossier complexe, il faudra rester vigilant et s'assurer que ce gouvernement, qui est souvent plus enclin à suivre ses propres convictions idéologiques que la raison d'État, fera le meilleur choix pour l'avenir d'un réseau de santé qui en a bien besoin.
j-rsansfacon@ledevoir.com


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