La bisbille reprend au Bloc québécois

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Les référendistes veulent entendre parler de souveraineté comme d'un mantra : il faut arrêter d'en parler et la faire !


La discorde entre les bloquistes quant à la mission première de leur parti se poursuit. Des militants accusent le chef et les députés de ne plus être de vrais indépendantistes. Une insatisfaction qui les mène à oeuvrer à la création d’un nouveau parti indépendantiste, a appris Le Devoir à la veille du grand congrès de refondation du Bloc québécois.


« Je veux carrément faire compétition au Bloc québécois, parce que je considère qu’ils ne sont pas de vrais indépendantistes », scande Jacinthe Lafrenaye, qui est secrétaire de l’exécutif bloquiste de la circonscription de La Prairie. Et ils seraient quelques dizaines à plancher sur un nouveau parti afin de faire la promotion de l’indépendance sur toutes les tribunes. Car les députés bloquistes ne le font pas, selon Mme Lafrenaye. « On ne les entend pas parler d’indépendance. »


Le vice-président de l’exécutif de Château-Lacolle, Marc Gagnon, tient le même discours. « La souveraineté est tassée. Ils en parlent, mais pas assez à mon goût », déplore-t-il au Devoir. Or, deux millions de Québécois appuient toujours l’indépendance et ils n’ont, selon lui, « aucun vaisseau » politique, tant au fédéral qu’au provincial. Le groupe vise ainsi un « parti indépendantiste transparlementaire » qui oeuvrerait aux deux paliers de gouvernement.


« Nous, ce qui nous intéresse, ce n’est pas d’être à Ottawa pour avoir des pensions de retraite. C’est de sortir le Québec du Canada », scande à son tour Yvan Trottier, un militant de Laurentides-Labelle.


Le président de l’exécutif bloquiste de Châteauguay-Lacolle, Michel Blondin, accuse les sept députés qui avaient temporairement quitté le Bloc québécois l’an dernier d’avoir renié leur mission souverainiste en créant Québec debout, puisqu’ils avaient alors évité de qualifier leur nouvelle formation d’indépendantiste. Résultat : aujourd’hui, la majorité du caucus de 10 députés n’est plus indépendantiste, selon lui. « Les mutins ont pris le contrôle du parti », argue M. Blondin, qui adresse les mêmes reproches au nouveau chef Yves-François Blanchet, qui ne parle pas suffisamment d’indépendance à son goût.


Déjà vu


Ces militants insatisfaits étaient des partisans de l’ancienne chef Martine Ouellet. Ils ont en outre soutenu le militant Jean-Jacques Nantel lorsqu’il a tenté sans succès de se porter candidat à la chefferie contre M. Blanchet. M. Trottier nie que leur cavale ne soit qu’un règlement de comptes. « Ce n’est pas par vengeance. C’est parce qu’on veut que la pédagogie indépendantiste se fasse ! Ils [les bloquistes] ne le feront pas. »



Les mutins ont pris le contrôle du parti




 

Le projet de parti politique de M. Blondin et de ses collègues s’est rendu aux oreilles du bureau national du Bloc, et l’exécutif de Châteauguay-Lacolle a été mis sous tutelle la semaine dernière.


Le président du Bloc, Yves Perron, a refusé de s’expliquer jeudi. « C’est une décision administrative par rapport aux actions de membres de l’exécutif », s’est-il contenté d’indiquer.


Cette bisbille bloquiste n’est pas sans rappeler les déchirements qu’avait vécus le parti sous le règne de Martine Ouellet. La chef voulait que le Bloc fasse avant tout la promotion de l’indépendance sur toutes les tribunes. Sept députés et des militants estimaient qu’il valait mieux convaincre du bien-fondé de la souveraineté en défendant les intérêts du Québec.


Les bloquistes se réuniront cette fin de semaine en congrès spécial pour achever la refondation du parti entamée à la suite du départ de Mme Ouellet. Et le débat entre les deux camps semble perdurer.


Yves Perron estime cependant que les insatisfaits restent peu nombreux. Il s’est dit persuadé que la proposition de programme électoral qui sera débattue au congrès saura réconcilier les deux factions.