L'unité canadienne: le pari de la franchise

CANADIAN... "peu importe les désaccords" ...

Stéphane Dion: Député de Saint-Laurent-Cartierville et candidat à la chefferie du Parti libéral du Canada
Je crois certainement que le Canada est un pays exceptionnel, une terre d'accueil, de tolérance et de perspectives d'avenir comme on en voit rarement. Cependant, même si le Canada n'avait pas ce caractère exceptionnel, même s'il était un État démocratique «ordinaire» -- si cette expression a un sens --, il faudrait encore trouver des raisons sérieuses pour justifier un geste aussi radical que sa rupture. En effet, il est peu de choses plus graves en démocratie que d'ériger une frontière internationale qui transformera des concitoyens en étrangers.
Les leaders indépendantistes québécois n'ont jamais produit ces raisons graves qui justifieraient que nous, les Québécois, renoncions clairement à notre appartenance au Canada. Pendant des décennies, ils ont prédit que le maintien au sein du Canada nous vaudrait l'assimilation linguistique et la perte de notre autonomie provinciale. Rien de cela ne s'est produit.
Lors du référendum de 1995, les leaders du OUI ont voulu prendre argument de l'endettement public dans lequel le Canada s'enfonçait à l'époque. Ils attribuaient ces déficits inquiétants à de prétendus dysfonctionnements structurels de la fédération canadienne. Depuis, nos déficits se sont transformés en équilibre budgétaire, sinon en surplus.
Mais précisément, ces surplus sont devenus aujourd'hui la principale raison avancée pour la sécession. Les chefs indépendantistes ne cessent de le répéter : il faut se séparer en raison du déséquilibre fiscal.
Or ce qu'on appelle le débat sur le déséquilibre fiscal est en fait un désaccord normal sur l'utilisation d'un surplus. C'est là un débat que nous envie le monde entier, quand tant de pays replongent dans les déficits, à commencer par notre voisin américain, tant au niveau fédéral qu'à celui des États.
C'est probablement la première fois dans l'histoire de l'humanité que des adultes parlent de séparer un pays en raison d'un surplus ! Voilà, il me semble, ce que la franchise commande de dire.
Malheureusement, ce n'est pas ce que disent trop de politiciens en mal de popularité. Ils disent plutôt : élisez-moi, je «réglerai» le déficit fiscal et retirerai du coup leur argument aux partis indépendantistes.
Le jeu de Steven Harper
Voilà le jeu dans lequel est entré Stephen Harper. En pleine campagne électorale, il est allé à Québec promettre de régler le déséquilibre fiscal. Il n'a ni défini ni chiffré ce concept, ni pendant la campagne ni depuis.
Son budget ne prévoit aucuns fonds pour régler le prétendu déséquilibre. Pire : il a laissé les fonctionnaires des Finances produire un document budgétaire -- excellent du reste -- prouvant en substance que ce fameux déséquilibre n'existe pas.
Depuis, son ministre des Finances répète partout que le déséquilibre fiscal a été réglé en bonne partie ( !) alors que les conservateurs ont pourtant éliminé des transferts aux provinces prévus par l'ancien gouvernement libéral (tels ceux pour les garderies ou pour la lutte contre les changements climatiques).
Entre-temps, mises en appétit par la promesse électorale de M. Harper, les provinces réclament des milliards en transferts additionnels. Entre-temps, quantité d'esprits sérieux affirment que faute d'une entente, le Canada pourrait bien rater sa «dernière chance» et offrir aux indépendantistes un argument massue pour la séparation. C'est aussi ce que disent MM. Boisclair et Duceppe : M. Harper a promis, il doit livrer, sinon il donnera une nouvelle preuve que le Canada ne marche pas.
Et voilà comment un État admiré, envié partout dans le monde, un pays du G8, donne l'impression de jouer son existence sur le partage d'un surplus budgétaire. Nous offrons là un triste spectacle. Faut-il pleurer ? Faut-il en rire ?
Alors voilà ce que je propose. Nous devons cesser de dramatiser outrageusement nos différences d'opinions. Nous devons convenir que rien au Canada ne justifie la sécession. Rien au Québec. Rien dans aucune autre province. Nous devons maintenir cette position, peu importe les désaccords qui surgiront inévitablement dans notre vibrante démocratie.
Pour ma part, j'ai des idées précises sur les transferts fédéraux aux provinces. Je veux, par exemple, une péréquation fondée sur l'égalité fiscale de nos dix provinces. Mais je ne dirai jamais que ceux qui trouvent que la péréquation actuelle est déjà suffisamment généreuse font le jeu des indépendantistes. Voilà le type de rhétorique absurde qu'il nous faut bannir de nos débats politiques.
Il n'y a qu'une seule façon de bien servir l'unité canadienne : jouer la franchise plutôt que la manipulation. Voici, en une phrase, la façon dont j'ai défendu l'unité canadienne tout au long de mes dix années de vie politique. C'est cette franchise qui me guidera comme leader et comme premier ministre si les militants libéraux, puis les électeurs canadiens, me donnent leur appui.


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