L'improvisation d'Israël au Sud-Liban

17. Actualité archives 2007


Renaud Girard, grand reporter au Figaro, est le seul journaliste étranger de la presse écrite à avoir accompagné les soldats israéliens lors de la guerre qu'ils ont menée contre les miliciens du Hezbollah à l'été 2006. Dans La Guerre ratée d'Israël contre le Hezbollah, il nous présente le résultat de son reportage de six semaines et dresse un bilan sévère de l'action militaire de Tsahal (abréviation de «Tsva Haganah Le'Israel», littéralement «Forces de défense d'Israël»).
Cette guerre asymétrique, pourtant légitime précise-t-il, fut mal pensée et mal conduite: «La réponse de l'État juif à l'enlèvement de deux de ses soldats fut à la fois très disproportionnée et très désordonnée.» Le choix de mener surtout une guerre aérienne s'avéra désastreux parce qu'il ne tenait pas compte de la nature de l'ennemi. «J'ai soudain l'impression, écrit Girard, qu'Israël court après une mouche avec un marteau.»
Les civils libanais, on le sait, feront douloureusement les frais de cette erreur stratégique, notamment lors de la tragédie de Cana, où 26 civils (en plus des blessés) seront tués par des frappes aériennes. Ce n'est pas d'équipement lourd qu'aurait eu besoin l'armée israélienne dans ce cas, mais «de petites unités de commandos, capables d'aller chercher au fond de leurs caches les miliciens islamistes».
Girard s'est rendu dans le nord du territoire d'Israël, arrosé de roquettes lancées par le Hezbollah. Il a été surpris de constater que les conscrits de Tsahal, même au front, entretiennent entre eux des relations amicales et égalitaires. Il a découvert que, si certains soldats sont ouverts aux revendications palestiniennes, tous sont intraitables à l'égard du Hezbollah.
De la population israélienne rencontrée pendant ces événements, le journaliste retient «l'ouverture, la gentillesse et le patriotisme». Toutefois, il juge sévèrement ses dirigeants: «Mais, en même temps, j'ai constaté, sur le terrain, une faillite de l'establishment politico-militaire, prisonnier d'une idéologie guerrière simpliste et d'impératifs de communication immédiats, et donc incapable de construire une réponse stratégiquement proportionnée, politiquement raisonnable et militairement efficace, à l'agression subie par Israël.»
Parce que, insiste-t-il, agression il y a eue, et une réponse était nécessaire. Celle qui fut donnée, pourtant, aura peut-être servi à mettre en lumière le rôle de l'Iran dans la région et à obliger la communauté internationale à se préoccuper sérieusement de la souveraineté du Liban mise en péril par le Hezbollah, mais elle aura aussi eu pour effet de braquer les opinions publiques du monde entier, à l'exception de l'opinion américaine, contre l'État hébreu, de rendre le Hezbollah plus populaire au Liban et d'amoindrir le pouvoir de dissuasion de l'armée israélienne, désormais perçue comme vulnérable.
Girard continue d'espérer, malgré tout, et nous aussi, que cet échec, qui a tout de même «permis à Israël de sécuriser son front nord», entraînera un renouveau du dialogue en faveur d'une paix israélo-arabe.
Collaborateur du Devoir
La guerre ratée d'Israël contre le Hezbollah

Renaud Girard

Perrin

Paris, 2006, 168 pages


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