L'importance du Grand Toronto pour former le prochain gouvernement

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La question sécuritaire pourrait tourner à l'avantage des conservateurs


C'est un arrêt incontournable dans l'itinéraire des chefs de parti. Toronto et sa banlieue, qu'on appelle aussi le 905 en raison de son indicatif régional, ont la réputation de faire et de défaire les gouvernements à Ottawa. La prochaine campagne ne devrait pas faire exception : la bataille s'annonce féroce dans la métropole canadienne.




La grande région de Toronto représente 16 % de tous les sièges de la Chambre des communes (54 des 338 sièges). Dans une situation où on attend un résultat serré, c'est un lieu où il y a une possibilité d'aller trouver un certain nombre de sièges, explique le professeur de science politique de l'Université McMaster Peter Graefe.



Il y a beaucoup de sièges et ce sont des sièges qui peuvent changer de couleur.


Peter Graefe, politologue, Université McMaster


C'est la banlieue de Toronto qui avait donné la victoire à Stephen Harper en 2011. Quatre ans plus tard, le même ensemble de circonscriptions clés avait permis aux libéraux de former un gouvernement majoritaire. Tout porte à croire que la réélection de Justin Trudeau ou le succès d'Andrew Scheer passe par cette région en pleine croissance démographique.



Si la région est intensément courtisée lors de campagnes électorales, c'est aussi parce que la majorité des électeurs ne ressentent pas de loyauté envers un parti, comme c'est le cas en Alberta par exemple.


L'absence d'une culture politique préétablie permet aux partis d'espérer faire des gains dans la région de Toronto, selon Peter Graefe.


le politologue Peter Graefe de l'Université McMaster de Hamilton

Le politologue Peter Graefe de l'Université McMaster


Photo : Radio-Canada




Ce sont des questions beaucoup plus ponctuelles qui motivent le vote [des électeurs] et moins des divisions à plus long terme, indique-t-il. Les électeurs ontariens vont plutôt faire leur choix en fonction de la qualité du chef ou du besoin de stabilité, selon lui.


Notre dossier Élections Canada 2019

Attendez-vous à ce que les chefs multiplient les visites à Toronto et dans les environs. Ils tenteront alors de courtiser les électeurs en proposant des solutions aux enjeux spécifiques à la région. En voici quelques-uns.



Violence armée


La région est aux prises avec une vague de violence armée. Les fusillades sont devenues choses communes dans les derniers mois et les corps policiers de la région semblent à court de solutions. Plusieurs voix se sont élevées pour réclamer une interdiction de posséder des armes de poing. Or, seul le gouvernement fédéral a le pouvoir de mettre en place une telle interdiction. Justin Trudeau a déjà laissé entendre que sa plateforme électorale pourrait contenir des mesures pour s'attaquer au problème.


Les enjeux de sécurité publique sont souvent à l'avantage des conservateurs, ce qui laisse croire qu'ils pourraient aussi aborder les problèmes de violence au cours de la campagne. C'est du bonbon pour les conservateurs. C'est un moyen d'aller rejoindre un électorat qui cherche un parti qui va donner une société plus ordonnée, explique Peter Graefe.


Coût de la vie


Toronto est l'une des régions où le coût de la vie est le plus élevé au pays. Le prix prohibitif des loyers et des propriétés fait en sorte que de nombreuses familles peinent à boucler leur budget. Pour beaucoup de Torontois, l'accès à la propriété reste un rêve inaccessible.


Les frais de garderie gobent aussi une bonne partie des revenus disponibles dans de nombreux ménages. Pour toutes ces raisons, il est à parier que les partis voudront courtiser la classe moyenne torontoise avec des solutions pour rendre la vie plus abordable.


De nouveaux crédits d'impôt sont à prévoir dans l'arsenal des partis, indique Peter Graefe. Andrew Scheer pourrait notamment faire des promesses assez petites, mais avec un impact assez visible sur le portefeuille.


Le facteur Ford


Le gouvernement Ford a décidé de prolonger la pause estivale à Queen's Park pour éviter que les députés provinciaux siègent d'ici au scrutin fédéral. Doug Ford a promis qu'il se ferait discret et qu'il ne détournerait pas l'attention des enjeux de la campagne.


Le chef conservateur fédéral Andrew Scheer et le premier ministre ontarien, Doug Ford, qui salue la foule.

Dans les dernières semaines, le premier ministre Justin Trudeau a tout fait pour associer, dans l'esprit des électeurs, le chef conservateur Andrew Scheer au premier ministre ontarien Doug Ford.


Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese




Il faut dire que la popularité du premier ministre ontarien a chuté depuis qu'il est à la tête de la province. Plusieurs observateurs pensent que les électeurs ontariens pourraient hésiter à accorder leur vote aux conservateurs fédéraux d'Andrew Scheer par crainte de voir les impopulaires coupes budgétaires imposées au provincial se répéter sur la scène fédérale.