L'heure juste sur les investissements privés au Québec

Par Diane Bellemare

17. Actualité archives 2007



La lecture des documents du ministère des Finances du Québec déposés lors du plus récent budget m'a fait sursauter. À la section intitulée «Un climat toujours propice aux investissements non résidentiels», on peut lire la conclusion suivante: «En somme, les investissements non résidentiels se sont grandement accrus au Québec depuis quatre ans, alors qu'une progression de 6,2 % par année a été enregistrée. Il s'agit d'un accroissement de loin supérieur à la hausse de 1,6 % enregistrée de 1999 à 2002.»
Sans entrer dans une guerre de chiffres avec les fonctionnaires du ministère, il importe d'apporter certaines nuances à ce constat trop rose de l'état de santé des investissements au Québec. En effet, c'est uniquement parce que le gouvernement du Québec a entrepris récemment d'importants investissements, notamment en matière énergétique, que le ministère en arrive à ces résultats. Si l'on fait abstraction des investissements publics, le portrait des investissements privés au Québec est tout autre et appelle des mesures d'urgence.
Au 7e rang
Selon les données de Statistique Canada, les immobilisations totales du secteur privé se seront élevées à 37,6 G$ en 2006 au Québec, en baisse de 188 millions de dollars par rapport à 2005. Ce fléchissement s'ajoute à celui encore plus important de 2005, alors que les investissements privés étaient en baisse de 724 millions par rapport à 2004. En revanche, en Ontario et au Canada, ils auront augmenté de plus de 5 % en 2006, une performance à la hausse, en continuité avec celle des années précédentes.
En 2006, l'investissement privé par habitant atteint 4919 $ au Québec, 6006 $ en Ontario, 7639 $ dans le reste du Canada et 6061 $ si on exclut l'Alberta du reste du Canada, car l'Alberta, avec un niveau d'investissement de 17 733 $ par habitant, hausse significativement la moyenne canadienne. Comparativement aux autres provinces, le Québec arrive au 7e rang, juste devant le Manitoba (4867 $), le Nouveau-Brunswick (4852 $) et l'Île-du-Prince-Édouard (4337 $).
Entre 2003 et 2006, les investissements privés ont augmenté en moyenne de 4 % au Québec comparativement à 6,7 % dans le reste du Canada, sans l'Alberta (voir tableau ci-joint). Si on prend la période 2004-2006, les investissements privés ont diminué en moyenne au Québec de 1,2 %, comparativement à une augmentation de 4,8 % dans le reste du Canada, sans l'Alberta. De plus, n'eût été la construction résidentielle qui a soutenu l'investissement privé ces dernières années, les statistiques du secteur privé seraient encore moins reluisantes.
Bref, quoi qu'en disent les récents documents budgétaires, la situation des investissements privés au Québec est préoccupante.
Conséquences concrètes
D'ailleurs, on observe déjà les effets de notre sous-performance en matière d'investissements privés, en particulier dans le secteur manufacturier. Faute d'investissements pour moderniser leurs équipements, certaines entreprises éprouvent de sérieux problèmes de productivité et de compétitivité. Dans les pires cas, ces problèmes aboutissent à des fermetures d'usines.
Ainsi, la productivité par heure travaillée est non seulement moins élevée au Québec qu'en Ontario, mais également en baisse par rapport à 1997. En 2005, dernière année pour laquelle Statistique Canada publie des données fiables, elle se situait en 6e position parmi les provinces canadiennes, derrière l'Ontario, l'Alberta, Terre-Neuve, la Colombie-Britannique et la Saskatchewan.
Or, cette situation est d'autant plus inquiétante pour le Québec que la situation canadienne au chapitre de la productivité est elle-même préoccupante. En effet, les données comparatives disponibles de l'OCDE indiquent qu'au chapitre de la productivité par heure travaillée, le Canada se situe en 16e position des pays membres de l'OCDE, loin derrière des pays comme la Norvège, la Belgique, la France, les États-Unis, l'Allemagne, l'Italie, la Suède et le Royaume-Uni.
Stimuler l'investissement par la fiscalité
La fiscalité des entreprises étant un facteur important dans la prise de décision des entreprises d'investir ou non, c'est d'abord sur ce plan que les gouvernements devraient concentrer leurs efforts.
L'objectif de réduction du fardeau fiscal des entreprises est déjà inscrit dans la stratégie économique fédérale, Avantage Canada - Bâtir une économie forte pour les Canadiens, présentée par le ministre fédéral des Finances en novembre dernier. On peut lire dans ce document que la stratégie canadienne «fixera le taux d'imposition le moins élevé de tous les pays du G7 pour les nouveaux investissements des entreprises». L'horizon proposé pour atteindre cet objectif est 2011.
Parmi les taxes et impôts les plus néfastes, la taxe sur le capital figure certainement en tête de liste. En vérité une taxe sur l'investissement, la taxe sur le capital s'applique sur le passif des entreprises et, par conséquent, sur les emprunts qu'elles contractent lorsqu'elles investissent. En 2006, le gouvernement fédéral a donc eu la sagesse d'éliminer cette taxe.
Il a invité également les provinces qui ont une taxe sur le capital à l'éliminer d'ici à 2011. À l'heure actuelle, quatre des dix provinces (Colombie-Britannique, Alberta, Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve) n'ont pas de taxe sur le capital pour les institutions non financières. Si le Québec et le Manitoba ne changent pas de cap, elles seront les deux seules provinces à taxer l'investissement en 2012.
Diane Bellemare, Première vice-présidente et économiste en chef, Conseil du patronat du Québec


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