L'ex-PDG du Salon du livre de Québec allait au Bénin pour visiter une «amie»

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Petites escapades amoureuses dans le tiers-monde aux frais des contribuables



L’ex-président du Salon international du livre de Québec, Philippe Sauvageau, s’est lié d’amitié avec une hôtesse béninoise, à qui il a rendu visite pendant 20 ans aux frais de l’organisation.




En avril dernier, notre Bureau d’enquête a révélé les nombreux voyages coûteux de l’ancien PDG du SILQ au Bénin, aux frais de l’organisation subventionnée.




À la suite de ces révélations, une enquête administrative a mené au congédiement de Philippe Sauvageau. Ce dernier a toujours affirmé que ces voyages ont été réalisés dans le cadre du travail.




Or, l’enquête du SILQ a démontré qu’il a utilisé «de façon abusive et non justifiée les fonds de l’organisme».




«Il pouvait partir en voyage sans avoir un agenda très précis ni de rendez-vous bien précis», avait déploré au Journal le président du conseil d’administration, John R. Porter.




Ainsi, en tentant de savoir ce que M. Sauvageau faisait lors de ses déplacements au Bénin, notre Bureau d’enquête a appris qu’il était proche d’une Béninoise avec qui il communiquait plusieurs fois par mois, et ce, depuis de nombreuses années.




Première rencontre




Notre Bureau d’enquête a retrouvé et a identifié cette femme qui a rencontré Philippe Sauvageau lors d’un de ses premiers voyages au Bénin, à la fin des années 1990. Elle s’est décrite comme une «hôtesse» qui travaillait lors d’une réunion de directeurs de bibliothèques. Elle servait le café, puis transportait les documents.




C’est dans le cadre de ce travail qu’elle a rencontré M. Sauvageau.



L’amie de M. Sauvageau, Alphonsine Ahouannou.

Photo courtoisie

L’amie de M. Sauvageau, Alphonsine Ahouannou.






«On s’est rencontrés, on a échangé et on a gardé de très bonnes relations. On s’appelle de temps à autre. Lorsqu’il a des missions au Bénin, il me demande de lui réserver des chambres d’hôtel», a souligné Alphonsine Ahouannou. «Lorsqu’il vient, il m’appelle, et on se voit de temps en temps. Je vais à son hôtel et on discute.»




Selon nos informations, M. Sauvageau communiquait entre une et deux fois par mois par téléphone avec cette dame. Des discussions d’une vingtaine de minutes.




«J’ai toujours dit que nous étions juste des amis. On a gardé de bonnes relations lui et moi, a assuré la dame. Quand il vient au Bénin, il me le dit. Et puis, parfois, c’est moi qui lui réserve ses chambres d’hôtel [...] On va diner parfois, et ça s’arrête là. C’est quelqu’un que je vois depuis plusieurs années.»




Selon elle, Philippe Sauvageau venait toujours au Bénin dans le cadre d’un travail. « Mais je ne maîtrise pas trop ce qu’il fait, il est mieux placé pour vous en parler. »




«Juste amis»




Joint par notre Bureau d’enquête, l’ex-PDG a admis qu’il connaissait la femme depuis 23 ans. Il l’a rencontrée avant de prendre les commandes du Salon du livre.




«C’est une amie», a-t-il dit, admettant qu’il communiquait fréquemment avec Mme Ahouannou. «Elle et son beau-frère m’ont aidé pour faire des réunions [...] Je connaissais les gens de sa famille.»




Malgré tout, Philippe Sauvageau continue de plaider que ses voyages au Bénin ont toujours été réalisés dans le cadre de son travail.




– Avec la collaboration d’Annabelle Blais




Les voyages au Bénin de Philippe Sauvageau



 



  • 11 voyages non justifié au Bénin entre 2005 et 2018





  • Plus de 30 000 $ de dépense pour ces voyages





  • SILQ reçoit près de 290 000 $ en subvention chaque année





Un nouveau CA axé sur la parité et l’éthique





Le Salon international du livre de Québec continue sa reconstruction en nommant un tout nouveau conseil d’administration axé sur la parité homme-femme et les compétences en éthique et gouvernance.




Le nouveau président du conseil d’administration du SILQ, John R. Porter a fait cette annonce ce matin à la suite «du processus de révision de la gouvernance».




En avril dernier, notre Bureau d’enquête avait révélé les nombreux voyages coûteux au Bénin aux frais de la petite organisation subventionnée et à but non lucratif.




À la suite de nos révélations, une enquête administrative avait été déclenchée et Philippe Sauvageau a été suspendu. Daniel Gélinas assure depuis la direction générale par intérim.




Un audit externe a démontré que Sauvageau a utilisé «à mauvais escient la politique quant aux frais de déplacement et frais de séjour» à l’occasion de 11 voyages au Bénin, entre 2005 et 2018.




L’enquête a aussi permis de dévoiler que le personnel en place avait été malmené sur le plan des ressources humaines.




Le conseil d’administration a donc congédié Sauvageau et promis des changements drastiques, soit une refonte «complète et totale» du cadre réglementaire de gouvernance.




Ainsi, trois comités sont créés par le conseil d’administration du SILQ ; finances et audits, gouvernance, éthique et ressources humaines et planification stratégique.




Parmi les membres du CA, on trouve le professeur en littérature Aurélien Boivin, l’auditrice et comptable Jessica Dufour et l’avocat chez BCF Serge Lebel.




Reconstruction




Le SILQ annonce que Daniel Gélinas restera à la tête de l’organisation pour l’édition 2020. «Le SILQ est plus vivant que jamais et sa reconstruction permettra aux visiteurs de l’industrie de constater», souligne dans un communiqué l’organisation, assurant que le salon peut déjà compter sur tous ses bailleurs de fonds et que de nouvelles activités sont à prévoir.




Cet été, Philippe Sauvageau a envoyé une mise en demeure au SILQ, contestant son congédiement.