L'élection référendaire d'André Pratte

Québec 2007 - Tribune libre de Vigile


Les [deux derniers articles de l’éditorialiste en chef du quotidien La Presse ne laissent planer aucun doute->4997] : André Pratte se pense au beau milieu d’une élection décisionnelle. Assurément, il a été inspiré par le comportement de Jean Charest, l’homme dont il sert les intérêts depuis qu’il est le chef du Parti libéral, donc du camp fédéraliste.
Les questions qu’André Pratte a formulées, dans son éditorial du 6 mars dernier, montrent à quel point il veut évacuer les enjeux électoraux des partis en lice pour faire porter uniquement le scrutin sur la question nationale. L’homme de main de Jean Charest lui met ni plus ni moins en bouche les sujets qu’il souhaite voir éclaircis par André Boisclair au débat des chefs du 13 mars prochain.
Ainsi, le propagandiste désire que « son chef » obtienne l’assurance du leader péquiste que la question référendaire sera claire, lorsque les Québécois devront de nouveau se prononcer sur leur avenir politique. Certes, le libellé de 1995 aurait pu être moins long. Reste que la riposte du camp fédéraliste a fait en sorte que les Québécois ont su hors de tout doute quel était l’enjeu débattu. Prétendre que l’objectif du camp souverainiste n’était pas limpide relève de la sottise : Jean Charest n’a pas fait parader son passeport canadien lors du célèbre « love-in » à Montréal parce qu’il était à la douane… De toute évidence, qu’importe la manière dont les Québécois seront abordés pour modifier leur statut constitutionnel, les fédéralistes se chargeront toujours de mettre le paquet pour qu’ils soient explicitement informés…
La seconde interrogation d’André Pratte concerne l’importance d’obtenir l’aval des partis d’opposition à l’Assemblée nationale quant aux modalités de la démarche sécessionniste. La belle affaire! Ottawa a-t-il consulté les souverainistes lorsqu’il a décidé d’octroyer, par dizaines de milliers, des certificats de citoyenneté au Québec jusqu’à la veille du référendum de 1995? Les millions illégalement dépensés par l’organisme occulte « Option-Canada » durant la campagne référendaire ont-ils été autorisés par Québec, suite à une demande formelle du gouvernement fédéral?
Non satisfait de pouvoir compter sur des partenaires spécialisés dans la fraude, André Pratte a le culot de rajouter qu’il faudrait en plus imposer une majorité qualifiée au camp souverainiste. L’obtention de 50% + 1 des suffrages exprimés ne suffirait plus à ses yeux. L’éditorialiste voudrait que Jean Charest, lors du débat des chefs, évoque le cas du Monténégro pour réclamer une majorité plus élevée la prochaine fois. À nouveau, monsieur Pratte fait montre de sa mémoire sélective : les pays membres de l’Union européenne qui ont fixé la barre à 55%, lors du plébiscite monténégrin, ont précisé que cette requête ne pouvait servir de standard international. Les caractéristiques du tissu social de l’endroit rendaient ce pourcentage nécessaire pour valider l’exercice et permettre ensuite au nouvel État d’accéder à la zone Euro. Lors de la victoire souverainiste volée de 1995, l’appui au camp du OUI a atteint environ 52%. Ce qui représente approximativement l’approbation de plus de 65% de Québécois francophones, toutes origines confondues. Une victoire à 50% + 1 représente donc un consensus qui rallie près de 65% du groupe majoritaire du Québec. Ce qui est amplement pour aller de l’avant.
André Pratte espère que le chef péquiste précisera à Jean Charest ce sur quoi porteront les négociations après une victoire de son option. Voilà une question surprenante de la part de quelqu’un qui commente les rapports entre le Québec et le Canada depuis nombres d’années! Il va sans dire que les pourparlers aborderont le partage de la dette publique fédérale, en tenant compte des actifs dans lesquels les Québécois ont investi grâce à leurs taxes et leurs impôts. La libre circulation des biens et des personnes sera également discutée dans le but qu’elle soit maintenue, dans l’intérêt de tous. Les instances existantes vouées aux règlements de litiges politiques et commerciaux seront utilisées selon les besoins. Inutile de créer un coûteux palier diplomatique intermédiaire: les Québécois veulent également faire l’indépendance afin d’éliminer les dédoublements onéreux. Moins il y aura de mains qui toucheront à l’argent des contribuables; moins il y aura de gaspillage. Imaginez maintenant les bienfaits avec un gouvernement de moins! Qui va contredire ce « gros bon sens », hormis quelques fédéralistes fanatiques?
La dernière question que l’éditorialiste partisan voudrait voir élucidée concerne le délai d’un an qu’a fixé le Parti québécois pour en arriver à une entente avec le gouvernement canadien, après une victoire souverainiste. André Pratte redoute une déclaration unilatérale d’indépendance advenant un échec des négociations avec Ottawa. Que l’agent du Canada anglais se rassure : cet échéancier ne vise qu’à dissuader le gouvernement fédéral d’agir à sa guise comme il l’a toujours fait. L’histoire des relations politiques entre Ottawa et Québec justifie l’échéancier souverainiste. Le jugement de la communauté internationale en reconnaîtra la validité à coup sûr.
Visiblement, André Pratte et Jean Charest se comportent comme si la présente élection proposait la souveraineté aux Québécois, alléguant qu’un référendum est imminent. Tous deux ont même lâchement agité l’épouvantail partitionniste, affichant ainsi clairement qu’ils se rangeaient dans le camp canadien, aux côtés de Stephen Harper et Stéphane Dion. Le chef du Parti québécois a dû leur rappeler que le Québec n’est pas en campagne référendaire. André Boisclair l’a également remémoré à des médias insistants.
Cette réaction donne l’impression que le dirigeant du Parti québécois se défile sous prétexte qu’il n’est qu’en campagne électorale. Une attitude qui affaiblit le camp qu’il représente. André Boisclair montre à la population qu’il se réfugie derrière le scrutin en invitant ses adversaires à attendre le déclenchement d’un référendum pour l’attaquer. Visiblement, l’étapisme ne sert à personne. La population québécoise assiste présentement à des échanges qui concernent leur avenir, échanges qu’ils préfèrent assurément écouter maintenant, plutôt que durant un référendum sans lendemain. Pourquoi ne pas avoir répondu à leur vœu en optant pour la voie élective?
Certes, avec environ 30% d’appui, le Parti québécois n’aurait pas recueilli la majorité absolue pour réaliser l’indépendance le 26 mars prochain, à la grande joie de messieurs Pratte et Charest. Si ce scrutin avait vu cependant des partis souverainistes se liguer afin d’additionner leur voix pour obtenir 50% + 1 des votes, l’appui probable des verts et des solidaires aurait procuré 10% de plus au camp souverainiste. L’Action démocratique de Mario Dumont aurait vu assurément le nombre de ses supporters coupé de moitié. Enfin, les milliers d’abstentionnistes qui s’apprêtent à bouder les urnes agiraient différemment. Pas de doute que les Québécois seraient présentement bien prêts de s’offrir paisiblement un pays. Paisiblement parce qu’en cas d’échec, il y aura d’autres élections. Bref, le chef du Parti libéral et celui de la page éditoriale du journal La Presse auraient alors toutes les raisons d’agir comme ils le font présentement. Quel gaspillage!
Patrice Boileau



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