L’«effet» Nantel

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Josée Legault reste enfermée dans la logique référendaire


Humoriste populaire, et un des rares au Québec à faire dans l’humour dit social, Guy Nantel prolonge le suspense. Se portera-t-il ou non candidat à la chefferie du Parti québécois ? Il promet sa réponse d’ici la Saint-Valentin. S’il fait le saut, on pourra donc dire que ce sera sa « déclaration d’amour » à un projet indépendantiste, il faut le dire, depuis longtemps bien solitaire.


À Tout le monde en parle, sa prise de position était d’une clarté cristalline : « Il n’y aurait aucune réforme sociale ou politique avant un référendum dans une première moitié d’un premier mandat ». En cela, Guy Nantel semble s’être inspiré de l’approche volontariste de feu Jacques Parizeau. Du moins, en partie.


Avant sa victoire majoritaire aux élections de 1994, M. Parizeau s’était engagé à tenir rapidement un référendum. Même s’il rebutait à gouverner une « province », il avait néanmoins présenté un programme électoral étoffé. « On peut marcher et mâcher de la gomme en même temps », aimait-il dire. Préparer un référendum ne doit pas empêcher un premier ministre de gouverner. Mémo à M. Nantel, aussi hypothétique soit un référendum d’ici les prochaines années.


Choix


Cela dit, ce qu’il faut savoir est ceci. Après deux décennies de déclin, le PQ doit choisir. Ou il recommence à porter son option à visière levée misant sur une reconstruction à long terme, ou il se condamne à l’insignifiance politique. Sans surprise, les candidats pressentis à la course se divisent en conséquence.


D’un côté, la position claire de Guy Nantel sur le référendum s’ajoute à celle de Paul Saint-Pierre Plamondon, candidat déclaré. De l’autre, les candidats déclarés Sylvain Gaudreault et Frédéric Bastien prônent une approche plus attentiste.


Au PQ, il est vrai que cela n’a rien de nouveau. Depuis sa fondation en 1968, les volontaristes et les attentistes s’y sont toujours affrontés. Toutefois, à l’immense différence près qu’en 2020, le PQ se réveille dans un contexte nettement plus périlleux que jamais pour lui.


Primo, au fil des ans, son déclin s’est confirmé. Ce n’est plus un accident de parcours, mais une tendance lourde. Pour un parti ayant déjà été au pouvoir et qui, en 1995, est même passé à un cheveu de réaliser l’indépendance, la chute est vertigineuse.


Exister ou pas ?


Deuxio, le PQ a été doublé par un puissant adversaire. Au pouvoir et en lune de miel prolongée, la CAQ occupe la quasi-entièreté du terrain dit nationaliste et identitaire. Tertio, contrairement à l’ère Parizeau, la politisation des nouvelles générations s’est opérée dans le néant le plus complet sur tout ce qui touche à l’avenir du Québec. Bref, quand ça va mal...


Or, comme disent les Anglais, rien ne clarifie mieux les idées que de savoir qu’on sera pendu à l’aube. D’où le choix existentiel qu’auront à faire les péquistes en élisant leur prochain chef, le 19 juin. Que seront-ils prêts à risquer, vraiment ? Réapprendre à exister comme parti indépendantiste sans garantie de résultats, ou s’entêter à s’y refuser avec la garantie déjà prouvée d’échouer ?