JO: Gilles Vigneault défend fermement son refus

«Une seule chanson ne peut assumer à elle seule la représentation légitime de toute une nation»

John Furlong - l'inimitié canadian



Gilles Vigneault estime que les Canadiens anglais eux-mêmes ne sont pas dupes des raccourcis employés par l’ancien président du COVAN, John Furlong.

Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
Guillaume Bourgault-Côté - Ottawa — Au final, Gilles Vigneault préfère en rire. «J'espère que d'avoir trouvé un bouc émissaire pourra calmer le sang bouillant de John Furlong. Parce que du sang bouillant, c'est dangereux et inconfortable», dit le poète, qui a qualifié hier de «primaires et naïfs» les propos de M. Furlong.
Dans un livre qui vient de paraître, l'ancien président du Comité organisateur des Jeux de Vancouver (COVAN) accuse indirectement Gilles Vigneault d'être responsable du fiasco linguistique ayant entouré la cérémonie d'ouverture des Olympiques.
Selon John Furlong, n'eût été le refus de M. Vigneault de céder les droits d'interprétation de sa chanson Mon pays, il n'y aurait pas eu de grande cacophonie sur la place du français et le respect de la culture francophone.
M. Furlong écrit notamment que cette question lui a fait «bouillir le sang» et qu'il n'accepte toujours aucune critique pour un incident qui a soulevé le tollé de toute la classe politique canadienne. S'il doit y avoir un coupable pour la cérémonie d'ouverture qui s'est déroulée pratiquement uniquement en anglais, ce coupable est Gilles Vigneault, laisse-t-il entendre.
Joint hier matin, Gilles Vigneault rigolait de cette accusation, tout en disant «ne pas être prêt à avouer, quand même». «Ce sont des affirmations, des blâmes, des prétextes, des excuses qui ne prouvent à personne qu'il y aurait eu plus de français aux Jeux si j'avais dit oui», mentionne le chanteur. «Une seule chanson ne peut assumer à elle seule la représentation légitime de toute une nation», estime-t-il.
Dans son livre, John Furlong qualifie de «scandaleuses» et exorbitantes les demandes formulées par M. Vigneault pour qu'il accepte de «prêter» sa chanson. Mais celui-ci défend son choix avec fermeté. «On demandait une chanson traduite et tronquée, explique-t-il. C'est ce qui a été proposé. Or on n'ampute pas une chanson: on la prend dans son intégralité ou on ne la prend pas. Ce serait comme d'enlever les fleurs de lys au drapeau du Québec ou de changer le bleu en rouge. Ce n'était pas acceptable.»
Mais même si on lui avait proposé une version intégrale chantée en français, Gilles Vigneault dit qu'il aurait refusé. Parce qu'il avait le sentiment que «ce serait pour se dédouaner» politiquement. «Je savais comment la chanson serait utilisée, et pourquoi. Et je ne voulais pas ça.»
S'il s'amuse aujourd'hui des propos de John Furlong, Gilles Vigneault affirme être convaincu que «les Canadiens anglais eux-mêmes ne sont pas dupes de semblables raccourcis». «Ce que dit M. Furlong, vous savez, ça me fait penser à une éclaboussure qu'on reçoit sur le pare-brise. On envoie un peu de liquide qui efface tout et on continue sa route.»
Fraser mécontent
Mais d'autres ont trouvé moins divertissants les propos de John Furlong. Critiqué lui aussi par l'ancien président du COVAN, le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, s'est dit «perplexe» hier devant la sortie de M. Furlong. Ce dernier a notamment écrit que M. Fraser était rapide à montrer du doigt et de loin des problèmes, mais peu enclin à proposer des solutions.
Dans une lettre ouverte publiée aujourd'hui, M. Fraser réfute toutes les accusations de M. Furlong. Il rappelle avoir entre autres fourni des études sur la préparation des Jeux, entrepris une campagne de sensibilisation auprès de 20 institutions fédérales et fait des suivis et des suggestions pour s'assurer que les Jeux respecteraient la dualité linguistique du Canada. S'il y a eu déficit de collaboration, c'est du côté du COVAN qu'il faut regarder, suggère M. Fraser.
«Lorsque la flamme olympique est arrivée à Victoria, cet événement s'est déroulé sans qu'un mot de français soit prononcé, indique-t-il. J'ai envoyé une note personnelle manuscrite à M. Furlong exprimant mes préoccupations, note à laquelle il n'a jamais donné suite. Peut-être le problème résidait-il dans mon écriture?», se demande le commissaire.
Rappelant que les Jeux olympiques de Vancouver ont été à bien des égards exemplaires en matière de bilinguisme — le problème a été circonscrit à la cérémonie d'ouverture —, M. Fraser dit trouver «regrettable que M. Furlong ait réagi si âprement. Il a reçu des éloges bien mérités pour son travail. On oserait espérer qu'il accueillerait la critique avec un peu plus de bonne grâce».
À Québec, le Parti québécois s'est porté à la défense de Gilles Vigneault, estimant «scandaleux» que John Furlong lui impute la responsabilité de l'absence du français à la cérémonie.


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