Iran : Total pourrait perdre son accès au plus grand gisement gazier du monde au profit de la Chine

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Les sanctions américaines renforcent la présence chinoise


A moins d’une improbable dérogation accordée par l’administration américaine, le groupe pétrolier Total devrait se retirer de son plus important projet d’exploitation gazière offshore, situé en Iran. Les Chinois pourraient prendre sa place.


C’est un coup dur pour Total qui va devoir se retirer du projet d’exploitation de la phase 11 du gisement gazier offshore South Pars, le plus grand au monde, situé dans le golfe Persique et les eaux territoriales iraniennes.


En juillet 2017, au moment de la signature de cet accord avec la société pétrolière publique iranienne National Iranian Oil Company (NIOC) et le géant chinois des hydrocarbures CNPC, le groupe expliquait : «Ce projet s’inscrit dans la stratégie de Total visant à renforcer sa présence au Moyen-Orient et à compléter son portefeuille par des actifs, notamment gaziers, à faible coût technique et à long plateau de production.» De plus, l’exploitation de South Pars 11 devait être l’occasion d’une première mondiale, l’installation en mer d’une station de compression pour produire du gaz liquéfié.


Mais la décision, annoncée le 8 mai par le président des Etats-Unis, de renier l’accord sur le nucléaire iranien a signé l’arrêt de mort de ce projet. Dans un communiqué de presse publié le 16 mai, le groupe annonce que «Total ne pourra pas continuer le projet South Pars 11 et devra mettre fin à toutes les opérations qui y sont liées avant le 4 novembre 2018, à moins qu'une dérogation propre au projet ne soit accordée par les autorités américaines, avec le soutien des autorités françaises et européennes». 



L'entreprise explique aussi : «Il a toujours été clair que Total ne peut pas se permettre d'être exposé à des sanctions secondaires américaines.» En effet, les banques américaines sont impliquées dans plus de 90% des opérations de financement de Total et les investisseurs américains représentent plus de 30% de son actionnariat. Enfin, passer outre les menaces de sanctions américaines mettraient en péril les actifs américains de Total qui représentent plus de 10 milliards de dollars.


Le groupe affirme par ailleurs que ses dépenses engagées à ce jour au titre du projet SP11 ne dépassent pas 40 millions d’euros et que «compte tenu des opportunités de croissance qui ont été saisies par Total ces derniers mois», son retrait n’aura pas d’impact sur son objectif de croissance de production de 5% en moyenne par an entre 2016 et 2022. Avec une production attendue de 400 000 barils équivalent pétrole par jour pour ce gisement, la part de Total (50,01% soit environ 200 000 barils) représentait pourtant à elle seule 7% de ses capacités mondiales (1 700 000 barils par jour).



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Avant de rendre publique sa position sur le dossier iranien, Total a attendu la réunion des entreprises françaises à Bercy, organisée par le ministre de l'Economie Bruno Le Maire et le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. Ces derniers avaient affirmé «être totalement déterminés à faire respecter les intérêts économiques des entreprises françaises et à refuser les sanctions extraterritoriales». Mais, de toute évidence, Total n’y croit guère et a pris les devants.


Les Chinois pourraient prendre la place de Total en Iran


Le contrat prévoit, en cas de sortie de Total, la possibilité pour son partenaire chinois CNPC de reprendre ses parts et de devenir opérateur du projet. Cité par l’AFP, Hu Xingdou, professeur d’économie à l’Université de technologie de Pékin, estime que «ces sanctions, en entraînant le retrait d'entreprises américaines, européennes ou japonaises, peuvent aussi élargir les opportunités des firmes chinoises».


De plus, les achats de pétrole ou gaz iraniens pourraient être prochainement libellés en yuans et non en dollars – d’autant que l’Iran a commencé, en coopération avec ses partenaires asiatiques, à exclure le billet vert de ses échanges commerciaux internationaux. Des contrats à terme pétroliers libellés en yuansont justement été lancés en mars à Shanghai, avec l'ambition de concurrencer le Brent londonien et le WTI new-yorkais, baromètres en dollars du marché mondial. Or, le volume d'échanges sur ces contrats shanghaïens a doublé au lendemain de la décision américaine sur l'Iran et quasiment triplé sur un mois.