Greta et le deuxième avion

E3cc5dc615b1dd1b98a463f344ca566c

« L’impression qui se dégage, c’est que Justin Trudeau change de personnage selon la journée. »


Le conseiller principal (et maître à penser) de Justin Trudeau, Gerald Butts, était hyperactif sur les réseaux sociaux hier matin pour défendre l’usage d’un deuxième avion par la campagne libérale. Pour lui, l’attaque lancée par Andrew Scheer au Face-à-Face n’est que pure démagogie.


Le très influent monsieur Butts insiste pour dénoncer ce qu’il considère comme une méthode sombre et cynique. Le chef conservateur aurait tenté de discréditer un champion de l’environnement comme Justin Trudeau en le prenant en défaut sur un petit fait anecdotique.


Il associe cette méthode à tous les vilains qui dénigrent le mouvement environnemental en pointant du doigt ces contradictions. On ne peut pas discréditer toute l’action d’un écologiste parce qu’il serait vu une fois avec une bouteille d’eau à la main ou au volant d’un VUS ?


Fin du monde


Monsieur Butts semble avoir perdu de vue le niveau de radicalisme d’une frange du mouvement contre les changements climatiques. Lorsqu’on évoque pratiquement la fin du monde ou des menaces pour la vie sur la planète, on s’impose une obligation de cohérence.


Vendredi dernier, Justin Trudeau a obtenu une rencontre exceptionnelle avec la jeune militante écologiste Greta Thunberg. Une image forte ! Un succès de relations publiques ! Est-il passé à la confesse concernant son deuxième avion ?


Monsieur Trudeau était en présence d’une jeune fille pleine de candeur et de sincérité. Mais une jeune fille qui parle d’« extinction de masse » dans l’humanité. Pas facile de justifier des compromis, comme un deuxième avion, lorsqu’on fait face à des scénarios aussi catastrophistes.


Un modéré ?


Personnellement, je crois que Justin Trudeau a une position modérée, équilibrée sur la question des changements climatiques. Il met en place des mesures favorisant une réduction progressive des émissions de GES, mais tout en tenant compte de la réalité économique.


Or, la réalité économique dans ce pays qui s’appelle le Canada, c’est que le pétrole est une énorme industrie, sur laquelle reposent beaucoup d’emplois et de revenus. Sans parler de l’industrie pétrochimique, souvent oubliée.


Monsieur Trudeau connaît toutes les données et ne veut pas être tenu responsable d’un effondrement économique du pays. Le pétrole au Canada a besoin de nouveaux pipelines. Justin Trudeau en a acheté un.


Alors Justin Trudeau doit choisir. S’il a une vision équilibrée de développement durable faisant la part des choses entre économie et environnement, qu’il le dise clairement. Dans ce cas, il aurait dû expliquer à Greta Thunberg les contraintes de la réalité. Comme adulte responsable et documenté, il aurait dû contribuer à apporter des nuances au discours de l’adolescente.








Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.





L’impression qui se dégage, c’est que Justin Trudeau change de personnage selon la journée. Le jour de la Marche sur le climat, il est un croisé des changements climatiques et parade triomphant, parmi les slogans anti-pétrole. Le lendemain, s’il devait s’adresser à une chambre de commerce, il parlerait plutôt le langage du réalisme économique.


Se coller sur Greta Thunberg qui refuse de prendre l’avion, puis faire campagne avec deux avions plutôt qu’un, ça s’appelle de l’hypocrisie.