GRC: Claude Morin met les choses au point! - 3

Le principal intéressé réplique au dossier tronqué, diffusé au Canal D.

L'«affaire» Claude Morin


Annexe



Complément d'analyse


P. 148, 13e ligne: Après 1980, au Parti québécois, les éléments les plus fermes considèrent Morin comme l'éteignoir de l'idée d'indépendance, estimant qu'il a considérablement ralenti la marche vers la souveraineté par sa question référendaire d'une remarquable ambiguïté. Certains militants le soupçonnent même d'être un agent du gouvernement fédéral chargé de détourner Lévesque de sa route. On lui reproche aussi d'avoir contribué à éloigner Jacques Parizeau et, par le biais de l'étapisme, semé les germes du "beau risque" canadien.
Première précision: la question référendaire de 1980 résultait du travail préliminaire d'un petit groupe que je présidais et dont faisaient partie Louise Beaudoin, Louis Bernard et Daniel Latouche. La version finale de la question a été conçue par Lévesque et approuvée par le conseil des ministres. (Voir Mes premiers ministre, pp. 569-575.)
Seconde précision: la meilleure façon de nuire au PQ dans la première moitié des années 70 aurait été de lui faire prendre des positions extrémistes, comme ses adversaires le souhaitaient. En adoptant au contraire la voie référendaire que j'ai proposée en 1974, le PQ s'est fait élire en 1976. Ce ne fut pas la seule raison de son succès, mais elle était indispensable.
Troisième précision: pour qui comprend la signification des mots, la question de 1980 n'était pas d'une remarquable ambiguïté, mais disait exactement ce qu'elle voulait dire, ce à quoi tenait Lévesque qui en a été le rédacteur final. Relisez-là.
Quatrième précision (sous forme d'interrogation): le PQ aurait-il obtenu plus de OUI si la question avait contrevenu à son projet, qui était la souveraineté-association (ce que certains oublient) et porté plutôt sur l'indépendance pure et dure, sans association ou presque, du RIN, un parti alors disparu?
Cinquième précision: je ne vois comment j'aurais contribué à éloigner Jacques Parizeau qui est demeuré ministre trois ans après mon départ.
Sixième précision: après le référendum perdu de 1980, le gouvernement aurait pu prendre des attitudes bloquées et revanchardes, mais elles l'auraient rendu odieux. Nous avons plutôt mis adopté une démarche qui a montré son sérieux, lui a valu une crédibilité et l'a aidé à se faire réélire en avril 1981.
P. 148, 7e ligne du bas: [Après sa démission,] le PQ semble fuir [Morin] comme la peste. Il continue de prendre publiquement position, mais toujours de la périphérie, jamais dans le cadre du parti.
Information déficiente. Après ma démission, le gouvernement m'a chargé d'une mission en Europe et m'a nommé membre du conseil d'administration de la SGF. De 1982 à 1990 environ, j'ai aussi participé à plusieurs rencontres où m'invitaient des péquistes. J'ai pris part aux campagnes électorales de Jean Keable (1982) et de Louise Beaudoin (1985) dans mon comté. J'ai prononcé des conférences partout au Québec, sur la souveraineté et les moyens de la réaliser. Outre mes entrevues radio et TV et mes articles, j'ai écrit une série de livres que, si j'en crois les rapports de vente, les souverainistes ont appréciés. Non seulement je n'y ai pas renié mes convictions, mais j'y ai développé des arguments mieux adaptés aux circonstances et à l'évolution de la société, et j'y ai toujours pratiqué ce sage principe de mon ex-collègue Yves Bérubé: «Quand quelqu'un part, la décence veut qu'il n'écoeure pas ceux qui restent!». À compter de 1990, faute de temps, j'ai réduit mes interventions engagées, étant sollicité, comme consultant ou conférencier, par divers organismes publics et parapublics.
Que signifie toujours de la périphérie? Demeuré membre du parti, j'ai souvent agi à ce titre, mais, ministre démissionnaire, je n'allais quand même pas chercher à devenir membre de l'exécutif de mon comté, à me faire déléguer au Conseil national du PQ ou à poser de nouveau ma candidature aux élections!
P. 150, 4e ligne: Ma première source est un retraité de longue date de la GRC. L'homme soutient que Claude Morin a été recruté par le FBI, lorsqu'il était étudiant à Columbia, comme informateur sur les étudiants gauchistes qu'il fréquente alors.
Si cette première source a existé -- je n'en suis pas du tout convaincu -- son affirmation m'a prouvé qu'elle affabulait. J'en ai eu des doutes sur la fiabilité de vos autres sources, et rien ne les a levés par après, au contraire.
Arrivé à New-York en septembre 1954, je devais me débrouiller, avec mon anglais approximatif, pour comprendre les cours, faire mes lectures, écrire mes travaux et réussir un stage dans un organisme de Staten Island, le tout agencé dans un horaire serré. Vous me voyez, dans ces conditions, «fréquenter» des étudiants gauchistes? Je vivais à l'International House, au milieu d'étrangers qui n'avaient pas plus de loisirs que moi. Les étudiants gauchistes ne m'intéressaient pas, ni les droitistes ou les centristes. Je ne savais pas s'il y en avait ni où ils étaient, et je me demande bien pourquoi je les aurais cherchés.
P. 151, 14e ligne: Si on veut compter sur lui au moment de l'affrontement décisif qui s'annonce entre le Parti québécois et le Parti libéral du Canada, il faut pouvoir le faire chanter.
Ce qui laisse entendre qu'on aurait planifié de se servir de moi, et cela depuis des années, comme le suggèrent aussi d'autres allusions. J'ai déjà résolu la question du chantage dans le document précédent, mais je sens que j'aurai besoin d'y revenir.
P. 153, 14e ligne: Morin (...) avait rencontré son officier traitant (...) pour lui parler de son voyage et de ses rencontres en France. Et cela, avant même d'un faire rapport au premier ministre Lévesque!
Je remarque nombre de ces phrases diffamatoires, au contenu non démontré, qui arrivent comme des cheveux sur la soupe et qui sont autant de traits négatifs que, dirait-on, vous accumulez contre moi pour créer une atmosphère de culpabilité. Comme si des assertions, du moment que quelqu'un les aurait faites (vous ne dites jamais qui), constituaient des preuves sérieuses émanant toutes de témoins crédibles. Le procédé n'est pas honnête.
P. 159, 11e ligne: Morin jetait tout à terre rien que pour se montrer plus fin que les autres, mieux renseigné.
Vous citez ici Loraine Lagacé selon qui, pour des raisons «occultes», j'aurais sciemment saboté ses efforts à elle, comme agent d'information à Ottawa, pour aider le Québec... Elle parle de la divulgation, pendant la conférence constitutionnelle de septembre 1980, d'un document secret exposant la stratégie d'Ottawa, document que j'avais en ma possession et dont le coulage dans les médias pouvait faire retracer les auteurs de la fuite. Ce document, cynique à certains égards, fit avorter la conférence, ce qui retarda grandement l'offensive unilatérale des fédéraux. Mais voilà: il a été rendu public, non par moi, mais par un des premiers ministres provinciaux (Hatfield du Nouveau-Brunswick, je l'ai su après) à qui Lévesque en avait fait confidentiellement livrer un exemplaire (cf. Lendemains piégés, pp. 111-113).
P. 159, 16e ligne: En août 1981, le rapport McDonald sur "certaines activités" de la GRC est publié. Loraine Lagacé en demande immédiatement une copie au bureau du solliciteur général. Et découvre avec stupeur que l'exemplaire qu'elle a reçu, bien que neuf, contient des passages soulignés! Pas n'importe lesquels: ils portent sur l'infiltration du PQ au plus haut niveau et sur des documents, provenant de toute évidence des Affaires intergouvernementales, qui ont été transmis au gouvernement fédéral! Elle en informe aussitôt Morin.

Loraine Lagacé ne m'a pas parlé de ces passages soulignés, je ne les ai jamais vus, et vous non plus, je parie (vous l'auriez indiqué).
L'allusion aux documents provenant de toute évidence des Affaires intergouvernementales m'amène à faire un peu de démystification. Vous ou n'importe qui perdrait son temps à chercher, sur des sujets stratégiques majeurs, des textes de moi ou d'autres responsables en autorité à l'époque où j'étais ministre. Je n'en ai écrit aucun ni personne d'autre que je sache. Nous échangions verbalement. C'est du reste une des raisons qui m'ont incité à écrire mes livres. Beaucoup de leur contenu n'est consigné à nulle part dans les archives, parce que personne n'y a classé le matériel documentaire qui aurait fourni ce contenu, ce matériel n'ayant jamais été constitué par écrit. Ainsi, pour Mes premiers ministres, je n'ai pas pu reconstruire, avec l'exactitude qui aurait été de mise, l'élaboration de la question référendaire de 1980. Aucun écrit interne sur le sujet n'existait. Personne, moi le premier, n'avait pris note des formulations successives. J'ai dû m'en remettre à mes souvenirs et à ceux des gens qui avaient participé à ce travail. (Voir l'anecdote, p. 580 du même livre et, si cela vous intéresse, le 6 février 1995 à Montréal, je vous mentionne que j'ai traité de cet important problème d'archives incomplètes devant l'Association québécoise d'histoire politique).
J'ai effectivement dit, en 1992, que je ne savais pas de quels documents la commission McDonald faisait état. N'ayant pas lu son rapport, j'en ignorais le contenu. J'ai plus tard vu dans les journaux que ces documents ressemblaient , si je me souviens bien, à ces textes en plusieurs exemplaires circulant parmi les fonctionnaires et même à l'extérieur du gouvernement. En somme, rien de «sensible».
P. 159, 5e ligne du bas: Ces informations [sur le rapport McDonald] créent sans doute chez [Morin] une certaine anxiété. Sa représentante à Ottawa [Loraine Lagacé] serait-elle sur le pont de découvrir le pot aux roses?
Aucun pot aux roses ne m'a pas traversé l'esprit, si je peux dire. Vous m'attribuez de l'anxiété, mais votre sans doute montre que vous n'en savez rien. Les interprétations de Loraine Lagacé tiennent du roman. Le rapport McDonald semble avoir pris, pour elle et par conséquent pour vous, une importance capitale, mais a posteriori. À l'époque, il n'en a pas été question dans mon entourage. Soit dit en passant, je n'ai jamais rien lu de ce rapport ni ne l'ai même physiquement vu, ni alors ni depuis.
Quant au mot représentante, c'est beaucoup dire. Loraine Lagacé était agent d'information à Ottawa ou, si l'on veut, directrice du bureau du Québec. Le véritable représentant institutionnel d'un ministre est son sous-ministre (j'en sais quelque chose) et, sur le plan partisan, son directeur de cabinet.
P. 160, 17e ligne: [Loraine Lagacé] se rappelle clairement que Claude Morin confie alors qu'il n'agit pas seul, qu'il dirige un réseau.
Incroyable! Invoquant Loraine Lagacé, vous dites une énormité ([Morin] dirige un réseau), mais, c'est particulièrement étrange, vous ne revenez plus sur cette «information» qui aurait dû, selon la logique du journalisme d'enquête, vous faire pressentir un «tuyau» potentiellement fertile en spéculations. Mais non, vous ne réagissez pas. Aucun commentaire. D'ordinaire si prompt à flairer toute éventualité de complot virtuel, vous observez ici le silence le plus placide. Pourtant votre source privilégiée vient d'agiter le genre de drapeau rouge médiatique dont vous êtes reconnu pour être si friand qu'on est en droit de se demander pourquoi il vous a, dans le cas présent, laissé apathique. Si, comme je le crois, vous aviez des doutes sur la prétention de Loraine Lagacé, vous auriez dû en avertir le lecteur et vous abstenir de faire état, sans l'analyser, d'une supposition saugrenue qui n'améliore pas un reportage déjà mal en point. C'est à n'y rien comprendre.
P. 160, 2e ligne du bas: La rencontre [de Loraine Lagacé avec René Lévesque] a eu lieu au bureau même du premier ministre (...) vers le 15 octobre, à quelques semaines des négociations constitutionnelles.
Ce n'est pas vers le 15 octobre que Loraine Lagacé a eu cette rencontre, mais plus d'un mois après, fait conforme à mon souvenir (il y a des choses dont on se rappelle mieux que d'autres) et vérifié auprès de Jean-Roch Boivin qui a, soit dit en passant, pris connaissance du présent texte.
P. 161, 4e ligne du bas: Entre-temps, Lévesque devra quand même compter sur Morin -- sa compétence dans les relations Québec-Ottawa est unique.
Merci du compliment, mais quelque chose ne marche pas. Si Loraine Lagacé a, selon ses dires, estomaqué Lévesque en me «dénonçant» comme «instrument d'Ottawa», pourquoi alors le premier ministre aurait-il continué à se comporter avec moi comme si de rien n'était, en se fiant au fait que ma compétence dans les relations Québec-Ottawa est unique?
P. 161, 10e ligne: Je ne sais pas s'il nous trahit, mais je suis convaincue qu'il nous fait tourner en rond. Comme c'est sa spécialité, je suis portée à croire qu'il fait la même chose avec la GRC. Les plus grands dommages qu'il nous cause, ce n'est peut-être pas comme informateur. C'est comme stratège. Ce sont les résultats qui causent problème... Il déploie beaucoup d'astuce pour très peu de résultats...
Citation extraordinaire de Loraine Lagacé! Elle se dit portée à croire que je fais tourner la GRC en rond. C'est ennuyant pour vous: votre volubile source -- la seule identifiée -- donne crédit à ce que j'ai toujours soutenu, mais, dans votre procès contre moi, vous n'en tenez aucun compte. Elle précise même: Les plus grands dommages qu'il nous cause, ce n'est peut-être pas comme informateur. C'est comme stratège. Son opinion de moi comme stratège m'indiffère, mais il est visible -- sauf pour vous -- qu'elle est bien peu catégorique sur le postulat même dont vous extrayez la trame de votre thèse.
Je note aussi deux incohérences, l'une peut-être due à votre rédaction. En haut de votre page 161, on a l'impression que Loraine Lagacé veut me «dénoncer» à Lévesque, mais, six lignes plus bas (le passage cité ici), elle ne fait que l'informer de ses doutes sur mes aptitudes de stratège. Faudrait savoir.
On sait déjà que Loraine Lagacé prétend avoir vu le premier ministre vers le 15 octobre pour «dénoncer» la faillite de «ma» stratégie (qui, je le rappelle, était discutée, approuvée et périodiquement réexaminée par le conseil des ministres). Elle aurait donc fait sa démarche trois semaines avant la conférence de novembre, soit à un moment où personne ne savait comment allait finir la ronde constitutionnelle en cours. Ce n'est en effet qu'une dizaine de jours plus tard que j'eus la certitude que le front commun interprovincial ne tiendrait pas (Lendemains piégés, pp. 277-281) et c'est le 5 novembre suivant que se matérialisa l'alliance d'Ottawa et des provinces anglophones sur le dos du Québec. Vers le 15 octobre, Loraine Lagacé connaissait-elle l'avenir?
P. 162, 15e ligne du bas: D'abord [Loraine Lagacé] le provoque, et (7e ligne du bas): Morin sort de ses gonds.
Vous décrivez ici, vous fiant à la relation de l'intéressée, une discussion que j'aurais eue avec elle dans sa chambre d'hôtel. Investigateur présumé pénétrant, connaîtriez-vous quelque part quelqu'un d'autre qui m'aurait vu «sortir» de mes gonds à quelque moment que ce soit? Même en petit groupe? Ou en très petit groupe, je ne suis pas exigeant? N'étant pas ainsi fait, je ne me souviens pas que cela me soit arrivé. Le style et le vocabulaire du présent document illustrent le plus loin où je peux aller quand je suis indigné par des indignités. Et, alors, je réagis toujours par écrit.
Si j'avais, comme vous le dites plus loin, ouvert le téléviseur de la chambre à plein volume, comment le bruit n'aurait-il pas réussi à couvrir les voix sur l'enregistrement que votre témoin à charge dit avoir fait de notre discussion? Impossibilité technique (essayez pour voir). Ensuite, dans la foulée, vous écrivez que Loraine Lagacé m'agonit d'injures dans le langage le plus cru, puis que je lui crie mon mépris pour les péquistes peu futés en diplomatie dont, selon elle, j'aurais redouté qu'ils forment un autre réseau sur lequel je n'aurais eu aucun contrôle, à quoi j'aurais enfin ajouté que le Québec peut se compter chanceux d'avoir un Claude Morin pour s'occuper de ses affaires... Ouf! Un peu de sérieux. Pensez-vous vraiment que les choses se soient passées ainsi et que je me sois exprimé de la sorte? Si oui, votre crédulité sidérante expliquerait les autres invraisemblances de votre livre.
P. 163, 6e ligne: Au début de décembre, [Lévesque] exige de Morin sa démission qui ne deviendra effective, afin d'augmenter sa pension, qu'au début de janvier 1982.
Autre incohérence. Informé vers le 15 octobre, selon Loraine Lagacé, Lévesque, pourtant «estomaqué» de ce qu'il avait appris, aurait mis plus de six semaines à me demander de partir? Et m'aurait ensuite gracieusement consenti le délai requis pour un accroissement de pension? Voir plutôt (pp. 447-453) les circonstances de ma démission dans Les choses comme elles étaient.
P. 163, 8e ligne: Quelques semaines plus tard, le gouvernement émet une directive à tous ses représentants, ministres et fonctionnaires: il leur est interdit de transmettre sans autorisation des renseignements au fédéral.
Vous voulez dramatiser le contexte à créer, mais où avez-vous pris cela? Et pourquoi, si elle existe, ne pas avoir cité la directive dans une note? L'avez-vous même vue? Cela m'étonnerait.
P. 163, 17e ligne: La bande sonore [enregistrée par Loraine Lagacé] existe-t-elle toujours?
Oui, mais pas à l'endroit indiqué dans votre livre. La bande a démontré ma bonne foi, à Lévesque notamment, et mis à mal le récit romancé que l'intéressée a ultérieurement fait des événements. J'ai pensé un moment la rendre publique en 1992, mais, de piètre qualité sonore, on aurait probablement douté de son authenticité et de son intégralité, d'où un débat prévisible dont, humainement, je n'avais pas à ce moment envie. Il est tout de même curieux que Loraine Lagacé se soit mystérieusement fait voler les deux copies qu'elle en aurait eues, l'une en Floride, l'autre dans son appartement à Ottawa. Que voilà beaucoup de coïncidences et de malheurs successifs....
P. 163, 14e ligne du bas: selon plusieurs personnes.
Votre livre est jonché de chevilles et d'échappatoires passe-partout comme: selon plusieurs personnes, des sources, diverses sources policières, d'anciens membres du Service, des sources crédibles, me dit-on, certains pensent... Vous conviendrez qu'équipé de tels instruments scientifiques n'importe qui peut écrire n'importe quoi sur n'importe qui...
P. 176, 12e ligne: On se demande pourquoi [Morin] ne rend pas [ses notes] publiques. Parce qu'elles soulèvent d'autres secrets qu'il préfère ne pas révéler?
Après chaque rencontre avec un représentant de la GRC et pour m'éviter de me contredire d'une fois à l'autre, je résumais les conversations et consignais les informations reçues. Je ne publierai pas ces notes. Hors contexte, elles nuiraient à certaines personnes, mais René Lévesque et Jean-Roch Boivin ont pu en prendre connaissance. À voir comment vous traitez ce qui est connu (le document notarié de 1975, mes explications de 1992 et Les choses comme elles étaient), je pense que vous auriez procédé de manière aussi étriquée avec mes notes, si je les avais publiées.
P. 176, 9e ligne du bas: S'il s'agissait d'un contact tout à fait "normal", pourquoi [Morin] recevait-il ces personnes "confidentiellement"? Pourquoi ces rencontres "normales" n'avaient-elles pas lieu au ministère? Pourquoi dans des chambres d'hôtel?

Vous parlez ici des discussions que j'avais parfois avec des représentants des services fédéraux de sécurité quand j'étais sous-ministre et, à ce titre, mêlé aux visites officielles. Des rencontres se tenaient à mon bureau, d'autres ailleurs, selon la commodité. Elles étaient confidentielles parce que, normalement, un gouvernement n'ébruite pas les réunions sur la sécurité des personnalités étrangères de passage! Cela va de soi.
P. 180, 8e ligne: La vérité, c'est que [Morin] participe à une chasse aux sorcières nationalistes et francophiles dans l'administration québécoise.
Délire! J'ai toujours été un des partisans les plus convaincus des relations internationales du Québec en général et des rapports franco-québécois en particulier. C'est le dossier à propos duquel je me suis fais le plus d'ennemis fédéraux (voir, encore une fois, L'art de l'impossible, ainsi qu'un article sur moi, de Jacques Guay dans MacLean's , publié à l'automne 1971, après ma démission comme sous-ministre et dont le titre était La bête noire d'Ottawa...).
P. 180, 10e. ligne: Il n'était "pas anormal" que la GRC lui demande son opinion sur des hauts fonctionnaires québécois et français, nous dit Claude Morin. Mais ce qui l'était tout à fait, c'est qu'il n'ait pas mis ses supérieurs politiques au courant de ces ingérences des fédéraux dans la fonction publique québécoise. Ni alerté les hommes qu'il prétend avoir défendus de la surveillance dont ils étaient l'objet.
Votre livre montre l'ampleur de votre imagination, mais vos compétences en psychologie y sont moins éclatantes. Nous sommes en 1969, il n'y a pas encore eu de crise d'octobre, personne ne pense à la GRC. Avez-vous mesuré l'effet qu'aurait eu, sur les intéressés, la nouvelle que je leur aurais communiquée et selon laquelle ils soulevaient l'intérêt des services secrets d'Ottawa? Vu ma fonction, ne suffisait-il pas que je sois alerté des suspicions de Parent pour prendre des précautions? Quant à avertir mes supérieurs politiques, je l'ai fait en exposant la démarche de Parent à Julien Chouinard, secrétaire général du gouvernement (cf. Les choses comme elles étaient, pp 208-211). Vous omettez de le mentionner.
P. 181, 2e ligne du bas: De nombreux indépendantistes [...] ont toujours soupçonné que sa stratégie étapiste était une machination fédérale.

Cela se comprend: elle a facilité l'élection du PQ en 1976, événement que, bien entendu, souhaitaient sûrement les fédéraux!...
P. 184, 7e ligne: Tout cela, évidemment, en échange de confidences insignifiantes sur le parti.
Il n'était pas question du parti, sauf quand moi-même je décidais d'en parler, ce qui arriva au tout début, parce que j'essayais de comprendre ce que la GRC avait en vue, et vers la fin, pour faire réagir Fontaine ou Gagnon (mais sans succès: cf. Les choses comme elles étaient, p. 403-404).
Aux pp. 344 et 380 du même livre, j'ai expliqué ma méthode pour ne rien dire de significatif (aidé des notes que je prenais). Le procédé vous aurait paru moins mystérieux si vous vous étiez rappelé que j'avais tout de même quelques années d'expérience dans les discussions intergouvernementales où il importe fréquemment d'en dire peu pour en apprendre beaucoup. Dans ces conditions, nul besoin d'être particulièrement brillant pour savoir ce qu'on peut raconter sans grande conséquence. Je me suis graduellement aperçu que Fontaine et Gagnon (qui me l'a laissé entendre lors de la dernière rencontre) avaient compris que je «brodais» souvent sur des thèmes inoffensifs. (cf. Les choses comme elles étaient, p. 405).
P. 184, 10e ligne: ...documents importants remis à la GRC par l'informateur au sein du PQ.
Je n'ai jamais remis un seul document, mais j'ai une fois montré une lettre de félicitations de Giscard d'Estaing à Lévesque après son élection. Lettre si peu confidentielle qu'elle devait être donnée aux médias. Je ne sais pas de quel informateur au sein du PQ vous parlez et vous non plus, sans doute.
P. 187, dernière ligne: [Morin] n'est pas parti de son plein gré.
Bien avant que Loraine Lagacé ne parle à Lévesque, j'avais commencé à prendre mes dispositions pour partir. Dès l'été 1980, juste après le référendum, j'avais annoncé mon retour prochain au directeur de l'ÉNAP et, à la fin d'octobre 1981, avant la conférence d'Ottawa, lors d'une réunion avec mes collègues des autres provinces, je les avais avertis que si notre front commun tombait, je quitterais la vie politique: c'est écrit en haut de la page 281 de Lendemains piégés, publié en 1988. J'avais aussi parlé à mon cabinet de mon départ, puis à Claude Charron, croisé à Paris, en novembre 1981, la semaine après la conférence d'Ottawa. D'ailleurs, après cette conférence, j'avais envoyé aux autres ministres provinciaux une lettre dont la teneur m'interdisait de toute évidence de rester à mon poste (voir Les choses comme elles étaient, pp. 447-453). Et Louise Beaudoin qui savait, elle, depuis le début, que je n'envisageais pas une longue carrière politique avait quitté mon cabinet quelques mois avant, pour assumer d'autres responsabilités dans mon ministère.
Loraine Lagacé peut bien s'imaginer n'importe quoi (p. 187, 2e ligne du bas), mais, malgré votre allusion (note 16, p. 363), c'est bel et bien pour voir sa réaction que je lui ai parlé de ma démission. Curieux: elle s'accroche à cette «confidence», mais doute de toutes mes autres explications.
P. 189, 13e ligne: Pourquoi [Morin] m'a-t-il dit [à Loraine Lagacé] avoir beaucoup aimé Raymond Parent [de la GRC], "un homme très intelligent et très raffiné, un vrai père pour moi, j'ai pleuré quand il est mort".
Votre source principale dérape. Pensez-vous une seconde que j'aurais parlé ainsi de Raymond Parent? Il devait être assez intelligent pour occuper son poste, mais je ne l'ai certainement pas beaucoup aimé, j'ignorais s'il était ou non raffiné, je ne vois pas en quoi il aurait été un vrai père pour moi et, surtout, je n'ai appris sa mort qu'à la lecture du livre de Cléroux, paru en 1993, douze ans après ma conversation avec Loraine Lagacé! Quiconque me connaît un peu sait aussi je ne m'exprime jamais comme c'est rapporté ici. Disons que ce n'est pas mon genre.
P. 190, 8e ligne du bas: Qu'est-il advenu du reste [de l'argent)?
Voir p. 342, Les choses comme elles étaient, où tout cela est expliqué. Pour dire le moins, votre insinuation n'est pas très correcte.
P. 191, 22e ligne: [Morin] aurait eu tout le loisir, dans ses livres, de s'expliquer longuement.
C'est, entre autres objectifs, le but de Les choses comme elles étaient où j'explique aussi (p. 463) pourquoi je ne l'ai pas fait avant.
P. 193, 12e ligne du bas: Morin savait qu'il existait un film incriminant et il a cru que nous [Lester] l'avions.
Je savais que vous n'en disposiez pas. Pourquoi, dans ces conditions, n'ai-je pas décidé de nier toute l'affaire quand vous m'en avez parlé en 1992? Voici.
Ainsi que Lévesque me l'avait lui-même recommandé (Les choses comme elles étaient, p. 458, 10e ligne du bas), j'avais de longue date décidé, si les faits l'exigeaient, de ne jamais nier, mais plutôt de m'expliquer de mon mieux. Deuxième raison: à aucun moment je n'ai nui au gouvernement du Québec ou au PQ; je cherchais au contraire à empêcher des coups fourrés venant d'Ottawa et, malgré le risque, je l'ai fait avec un moyen qui s'est présenté à l'époque, le seul qui m'était accessible; n'étant coupable d'aucune «trahison», je ne voulais pas en donner l'impression par mes dénégations éventuelles. Troisième raison: il me semblait que le sens de ma carrière depuis le début pourrait logiquement témoigner en ma faveur. Il ne me restait plus qu'à espérer que, le cas échéant, je tomberais sur un journaliste qui ferait preuve de discernement. Hélas, ce ne fut manifestement pas le cas...
P. 193, 2e ligne du bas: Chaque fois qu'il s'explique, Morin est frappé d'affligeants trous de mémoire.
Avez-vous relu votre manuscrit avant de le remettre à l'éditeur? Ou bien vous pensez ce que vous avez écrit, ce qui signifie qu'à votre avis je ne me rappelle jamais de rien chaque fois que j'avance une explication, amnésie profondément handicapante chez quelqu'un qui, dans sept livres, a dû largement se fier à sa mémoire pour expliquer maints dossiers... Ou vous ne le pensez pas vraiment, alors pourquoi l'écrire? Parce que votre thèse exige que vous donniez de moi l'impression que je cache toujours quelque chose?
Votre fine observation s'applique au passage où je dis ne plus me rappeler qui, de moi ou du Père Lévesque, a pensé au service de sécurité de la GRC. Vous n'avez pas vous-même parlé au Père Lévesque, mais vous puisez dans le livre de Richard Cléroux (qui ne m'a jamais interviewé ni demandé ma version des faits ni quoi que ce soit). Au moment de cet épisode, j'avais 21 ans. J'ignorais l'existence d'un service de sécurité à la GRC et le fait qu'il avait un représentant à Québec. Il est donc impossible que j'en aie parlé en premier. Mon sentiment est que c'est le Père Lévesque qui m'a suggéré d'aller voir ce représentant, puisqu'il le connaissait. Mais, comme je n'étais pas, de manière absolue, sûr du déroulement d'une conversation datant de plus de quarante ans, je me suis exprimé comme je l'ai fait, sans attribuer précisément à l'un de nous deux la paternité de l'idée de la prise de contact. Par égard envers le Père Lévesque, je lui ai cependant soumis le texte de ce passage ainsi que d'autres. Il s'en est déclaré satisfait. Je l'ai remercié de son aide dans le dernier paragraphe de la p. 9 de mon livre.
Je vous signale, en passant, que j'ai systématiquement fait revoir des passages ou même la totalité du manuscrit de mes livres, en cours de rédaction, par des témoins des événements dont je traitais, pour faire corriger mes erreurs, améliorer mon information ou attirer mon attention sur des lacunes. Leurs noms apparaissent dans mes préfaces.
P. 195, 10e ligne: [Morin] donne ensuite l'une des explications les plus improbables dans un livre qui en contient de nombreuses (...).
Si j'ai bien compris, mes explications deviennent improbables quand elles vont à l'encontre de vos préjugés, ce qui explique pourquoi elles seraient si nombreuses à souffrir de cette déficience. L'explication dont il est question ici est néanmoins conforme à la vérité. Pourquoi l'aurais-je inventée? Je voulais seulement décrire mon attitude d'alors pour rendre compte de l'atmosphère du temps et du contexte de mes propres préoccupations, louable souci, vous en conviendrez, chez un auteur qui relate des faits datant d'une quarantaine d'années.
Cela dit, il est faux d'écrire que, par cette explication, je cherche à m'excuser d'avoir tenté de devenir membre des services de renseignement de la GRC. Je ne m'excuse de rien, surtout que j'ai spécialement pris soin de préciser qu'un tel emploi ne m'intéressait pas. Là encore, vous avez déformé mon texte. Je ne cherchais pas non plus à éviter qu'on constitue sur [moi] un dossier défavorable, je voulais uniquement savoir s'il y en avait un, ce qui n'est pas la même chose. Cela est pourtant clairement développé à la p. 96 de Les choses comme elles étaient, en particulier au 2e paragraphe. Ces détournements de sens sont typiques de votre livre.
P. 195, 20e ligne: [Morin] abordera de nouveau cet épisode avec son ami, confident et officier traitant, Raymond Parent.
Parent s'est maintenant métamorphosé en ami et confident! Voilà une autre illustration de votre vieux truc qui consiste, parce que vous manquez d'audace pour l'écrire, à choisir les mots qui distillent aux lecteurs une impression constamment négative de moi.
P. 195. 7e ligne du bas: Cette petite phrase est une indication que le recrutement de Claude Morin comme informateur s'est probablement fait par chantage en 1951.
La petite phrase dont vous parlez ne dénote rien de ce que vous avez décidé d'y voir. De votre extrapolation gratuite, vous supputez une indication que vous faites mine de croire incriminante, mais que vous prenez soin d'enrober du mot probablement . Quant à votre hypothèse passe-partout du «chantage», je crois lui avoir déjà fait un sort.
P. 196, 9e ligne du bas: Il est évident que Lesage aurait confié un dossier comme celui-là à Claude Wagner [ministre de la Justice]. Pourquoi aurait-il eu plus confiance dans un haut fonctionnaire que dans un membre de son Cabinet et de son parti?
Vous confirmez votre ignorance du fonctionnement d'un gouvernement. Il est normal, courant même, qu'un premier ministre ou un ministre préfère s'occuper de certains dossiers qu'il juge délicats par l'intermédiaire d'un de ses conseillers propres. Cela arrive chaque jour. C'est même une des raisons de l'existence des cabinets ministériels. Si vous avez lu Mes premiers ministres (pp. 97-102), vous savez que Lesage m'a souvent confié des missions qui ne relevaient pas de mes attributions immédiates. Il se méfiait effectivement de la manière dont, à cause de son tempérament, Claude Wagner aurait traité le sujet.
P. 197, 4e ligne: Et Morin de poursuivre ses intelligences avec la GRC sans rien dire au nouveau premier ministre.
Vous supposez, comme partout ailleurs dans votre livre, que j'ai ce que vous appelez des intelligences depuis des années et des années. Je vous réfère à ce que j'en ai dit plus haut.
Les mots sans rien dire au nouveau premier ministre arrivent platement juste à un endroit de votre livre où, quelques lignes après, vous parlez de mes conversations avec Julien Chouinard, alors premier fonctionnaire du gouvernement et le plus influent conseiller de Jean-Jacques Bertrand, premier ministre! Votre cohérence n'est pas exemplaire, mais on s'habitue. En allant voir Chouinard, je me suis conformé à mon devoir de haut fonctionnaire (11e ligne), comme je me conformerai plus tard à mon devoir de ministre en allant avertir mon collègue de la Justice de ce qui se passait.
P. 197, 12e ligne: Dans un acte manifeste de déloyauté envers deux premiers ministres, le sous-ministre Morin tient ses maîtres d'Ottawa au courant des démarches diplomatiques secrètes du gouvernement du Québec qui tente alors d'obtenir l'appui de la France pour renforcer sa position face au fédéral.
Se pourrait-il que vous n'ayiez interviewé aucun fonctionnaire des Affaires extérieures ou du Conseil privé de l'époque? Si vous l'aviez fait, vous vous seriez aperçu jusqu'à quel point vos affirmations ne sont qu'irresponsables divagations qui n'honorent pas leur auteur. Si vous ne l'avez pas fait, c'est une inexcusable lacune chez quelqu'un qui m'accuse gratuitement de déloyauté ou qui évoque mes maîtres d'Ottawa. Allez parler de ma déloyauté aux fédéraux d'hier et d'aujourd'hui: ils s'esclafferont, mais ne vous surprenez pas s'ils vous regardent curieusement et s'ils prennent vite congé de vous...
P. 197, 16e ligne du bas: Morin sait pourtant que la situation est intenable (...) Lalonde va finir par être averti de son jeu parallèle.
La situation n'avait rien d'intenable et Marc Lalonde ne pouvait finir par être averti de ce qui n'existait pas.
P. 198, 7e ligne du bas: Dans les années 50, comme dans les années 60 et les années 70, quand la GRC entreprend des enquêtes sur des menées subversives dans des milieux que fréquente Claude Morin, c'est toujours vers lui qu'elle se tourne.
La répétition d'une insanité (les années 50 (...), les années 60 et les années 70, etc.) ne la rend pas plus véridique. Elle ne vous autorise pas non plus à travestir les faits, comme quand vous écrivez c'est toujours vers lui qu'elle se tourne. Voir encore une fois Les choses comme elles étaient, où j'ai pris soin d'expliquer la cause et la nature de ce que vous appelez, d'une façon partiale, mes intelligences.
P. 198, 5e ligne du bas: Pourquoi est-il, de 1951 à l'Université Laval à 1977 au PQ, l'homme de confiance des services secrets fédéraux dans sa (sic) lutte contre la subversion gauchiste ou française au Québec si, comme il l'affirme, il ne leur donne jamais rien, leur tirant au contraire des renseignements pour protéger leurs cibles?
Cela manquait à mon curriculum: vous me créez homme de confiance des services secrets fédéraux! Bien entendu sans preuve, et en oubliant un détail bénin: toute ma carrière contredit une affirmation aussi idiote. Vous avez sûrement réfléchi au choix des mots, volontairement péjoratifs encore une fois, mais pas beaucoup à votre affirmation. Il est désormais acquis que votre rigueur scientifique d'enquêteur n'éblouira personne.
P. 199, 12e ligne: ...sans jamais avertir [ces gens] des menaces qui pèsent sur elles.
Vous parlez ici des fonctionnaires préposés aux relations France-Québec dont j'appris, en 1969, que la GRC se méfiait. Il s'agissait, je suppose, de menaces à la bonne marche des initiatives internationales du Québec. Je l'ai déjà dit: dès lors que, sous-ministre, j'étais au courant, cela me suffisait amplement pour prendre les mesures nécessaires.
P. 199, 13e ligne: Aucune [des cibles de la GRC] n'est assez reconnaissante pour se porter à [la] défense [de Morin].
Fort compréhensible: sauf pour deux cibles, Philippe Rossillon et Louise Beaudoin, je n'ai pas dévoilé leurs noms dans mes déclarations et mes écrits pour des raisons que j'ai indiquées alors; elles n'étaient donc pas au courant, bien que certaines pensent avoir attiré l'attention sur elles. Rossillon m'a fait savoir, dans le temps, que l'affaire l'amusait, mais je n'ai pas pensé qu'il pourrait intervenir publiquement (il est malheureusement décédé depuis, mais je vous affirme que je n'y suis pour rien.). Quant à l'attitude de Louise Beaudoin, voir Les choses comme elles étaient, pp. 381 et 468.
P. 199, 15e ligne du bas: Il ne signale pas aux "amis français du Québec" les machinations de la GRC...
Ils étaient peut-être déjà alertés par leurs propres services de sécurité...
P. 200, 11e ligne: Claude Morin reçoit, lui, une bourse du gouvernement canadien pour aller étudier à Columbia! Pourtant, le dossier de Morin est connu à Ottawa (et probablement aussi à Washington, car à cette époque la GRC et le FBI collaborent étroitement dans la lutte anticommuniste.) Citation à rapprocher de celle-ci, p. 195, 3e ligne du bas: Morin obtient une bourse d'origine fédérale pour aller étudier à Columbia, alors qu'il est considéré comme security risk! » et de cette autre, p. 200, 11e ligne du bas: Bien qu'ouvertement de gauche et associé à des communistes, Claude Morin, lui, passe allègrement la frontière canado-américaine pour de nombreux allers-retours Québec-New York.
Traduction: mes intelligences m'auraient, selon vous, mérité une bourse fédérale avec, en plus, un sorte de sauf-conduit vers les USA en période maccarthyiste de chasse aux sorcières communistes!
Pourtant, lesdites intelligences ne m'ont pas épargné d'être considéré security risk au ministère des Affaires extérieures d'Ottawa, si bien qu'il aurait été inutile d'y présenter ma candidature (c'est mon professeur Maurice Lamontagne, conseiller du gouvernement fédéral, qui m'avait informé de cet empêchement). On est ainsi devant un illogisme déconcertant: ma carrière possible aux Affaires extérieures aurait été bloquée par ceux-là même qui m'auraient en même temps donné la chance d'étudier aux États-Unis en me protégeant auprès des services américains! Comment, auteur sagace, n'avez-vous pas déniché cette incongruité?
Vous supposez aussi que j'étais connu à Washington. À 24 ans! Cela me flatterait, mais je dirais modestement que ma réputation n'avait pas alors franchi encore beaucoup de frontières. Je n'étais quand même pas une sorte d'ennemi public #1 dont les agents américains d'immigration attendaient nerveusement l'arrivée imminente aux frontières pour le coffrer dans les geôles du FBI. Ni même un douteux personnage qu'ils auraient illico renvoyé à ses pénates, penaud, contrit et dûment semoncé. Après tout, je n'étais qu'un «ti-cul» canadien (et non un dangereux terroriste soviétique) dans le magma informe des suspicions locales du temps. Je n'étais ouvertement de gauche et associé à des communistes que dans la vision bornée des mythomanes de ces années-là, de la même manière que je semble être encore éminemment suspect, en 1999, aux yeux d'autres mythomanes du terroir.
Contrairement à ce que vous dites, la bourse ne m'a pas été octroyée pour aller étudier à Columbia, mais dans n'importe quelle université étrangère. C'est moi qui ai choisi Columbia parce que je voulais vivre à New York.
P. 200, 5e ligne du bas: Comment se fait-il que le nom de Morin ne figure pas sur la liste noire?
Je ne sais pas. À vous en croire, le personnel des services secrets est particulièrement futé et doué d'aptitudes divinatrices de nature à épater les humbles mortels que nous sommes. Si ces génies clairvoyants n'ont rien vu ni rien découvert ni rien consigné dans la problématique liste noire, c'est sans doute qu'il n'y avait rien chez moi qui puisse les alerter. De toute façon, en 1954, la folie maccarthyiste était finie.
P. 200, 5e ligne du bas: Seuls les dossiers sur Morin dans les archives fédérales américaines et canadiennes donneront un jour la solution de l'énigme.
Pendant mon enfance, lorsque j'étais confronté à quelque chose d'incompréhensible au cours de catéchisme, on me répliquait que c'était un mystère! Vous, quand vous êtes confronté à des faits (ou des absences de faits) dont le sens commun pourrait vous donner la clef, vous concluez qu'il y a énigme. Quant à moi, j'en déduis que vous avez écrit votre bouquin sans avoir accès, en supposant qu'elles existent, à des données apparemment indispensables (les dossiers sur Morin dans les archives fédérales américaines et canadiennes) où, selon vous, se trouverait tapie la solution de l'énigme. Dommage. J'aimerais bien que ces pièces existassent (mais je suis sûr que non) pour apprendre un jour ce que j'ignore sur mon compte.
P. 201, 1ère ligne: Faut-il établir un lien entre ces "privilèges" dont [Morin] semble bénéficier [études aux USA et bourse] et le fait que dans les conversions avec Léo Fontaine, 25 ans plus tard, il paraît tellement craindre que la CIA et le FBI apprennent ses intelligences avec la GRC?
Non, il n'y avait aucun lien et je ne craignais rien. Vous auriez dû comprendre que, par mes interrogations sur la CIA et le FBI, j'essayais de mieux saisir comment fonctionnait le service de Fontaine. Il importait aussi, pour la suite des choses, qu'il me croie soucieux. C'était élémentaire: autrement, si je n'avais montré aucune inquiétude, il aurait pu penser que mon assurance tenait au fait que, agissant pour le PQ, je mijotais uniquement un coup monté contre son service.
P. 201, 5e ligne: L'autre aspect curieux de cette histoire est le silence de Denis Lazure (...)

Une énigme de plus! Décidément... Au fait, pourquoi n'avez-vous pas interrogé Lazure? Il est, que je sache, encore visible à l'oeil nu et audible.
P. 202, 13e ligne: [Le film fait à l'insu de Morin] serait passé du côté politique. Ma source ne peut préciser si c'est au solliciteur général ou au Conseil privé.
Anticlimax pathétique. Vous faites tout un plat de ce film. On s'attend à une révélation imminente, mais on se retrouve, en bout de piste, avec un conditionnel (serait) et l'invocation d'une source qui n'a pas l'air au courant. Cela me fait un peu penser à ces «informations» et «tuyaux» qui, quand j'étais en politique, me venaient de gens qui fondaient leur connaissance des «faits» sur des: «il y en a qui disent que...», «apparemment que...», «ça a l'air que...» et autres tremplins stériles. Non, le film n'est pas passé du côté politique.
P. 203, 3e ligne: Claude Morin était ferré. Les fédéraux pouvaient le faire chanter en le menaçant de rendre le film public.

Ça doit faire une dizaine de fois que vous soutenez, avec plus ou moins d'assurance, qu'on peut me faire chanter depuis des années. Si c'est vrai, alors pourquoi aurait-on maintenant besoin d'un film? Si c'est faux, que valent vos affirmations antérieures?
Il reste que, dans le cas présent, il aurait fallu que ces fédéraux dont vous parlez aient le film en mains, que celui-ci soit matériellement utilisable, que son contenu ne nuise pas aux objectifs poursuivis par les éventuels responsables politiques de l'opération (rappelez-vous ce que révèle le sergent d'état-major Gilbert Albert dans le livre de Cléroux) et que l'affaire ne se retourne pas en conséquence contre eux.
On dirait aussi que vous ne comprenez pas comment fonctionnent les services secrets. Ici, comme à bien d'autres endroits, votre livre manque lamentablement d'analyse, au point que cela a dû frustrer des lecteurs qui cherchaient à comprendre et qui devaient espérer autre chose de votre part qu'à une énumération d'hypothèses commentées, de rumeurs vagues et de balivernes tirées de sources et de m'a-t-on dit anonymes.
Reparlons un instant d'une question déjà réglée: était-il plausible ou farfelu qu'on songe à recourir contre moi à ce chantage auquel vous tenez tant? Si vous vous l'étiez demandé et aviez essayé de voir comment on aurait dû procéder, vous auriez conclu au farfelu. Je l'ai dit avant: pour me sentir menacé, il fallait qu'on me menace («Si vous ne faites pas X, nous ferons Y»). Qu'on m'avertisse. Vous comprenez bien que si on avait ainsi agi, en 1975 ou 1976 par exemple -- si on m'avait prévenu --, j'aurais tout de suite pris les devants. À l'époque et avec le PQ, j'aurais pu organiser un bon spectacle médiatique. Cependant, n'ayant jamais été l'objet d'aucun avertissement de cette nature, j'ai plutôt décidé d'aller voir ce que la GRC mijotait et ce, pour des motifs et avec les moyens expliqués au chapitre 17 de Les choses comme elles étaient.
Reste théoriquement, sans même qu'on ait eu besoin de m'en menacer, la crainte que j'aurais pu de moi-même avoir qu'on se serve du film contre moi. Que je sente la menace permanente d'une sorte d'épée de Damoclès. Détail: ce n'est que des années après mon départ du gouvernement que j'ai appris l'existence possible de ce film! Conclusion: ne serait-ce que pour cette raison, ce film n'a jamais pu être un instrument de chantage.
P. 204, 14e ligne: Les renseignements que Morin a fournis à la GRC valaient amplement l'argent qu'on lui versait.
Pensez-vous que vos sources vous auraient avoué ne pas avoir pu tirer grand-chose de moi? C'est frappant: jamais vous ne montrez ni même semblez connaître en quoi auraient consisté ces renseignements. Ici comme ailleurs, vous vous contentez de généralités. J'ai expliqué dans Les choses comme elles étaient les précautions que je prenais et j'ai mentionné les thèmes que j'abordais. Vous, vous n'avez rien de précis, pas la moindre illustration concrète, encore moins vérifiable, de la teneur d'un seul de ces renseignements présumés si précieux. En effet, même pas d'un seul! Vous viendrez prétendre ensuite être bien informé.
Est-ce à dire que, là-dessus comme sur le reste, vos sources sont restées vagues quand elles ne fabulaient pas? Ou bien sont-elles, dans certains cas, inexistantes, dans les autres, capotées?


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