GRC: Claude Morin met les choses au point! - 1

Le principal intéressé réplique au dossier tronqué, diffusé au Canal D.

L'«affaire» Claude Morin


Un reportage du Canal D, diffusé les 18 et 25 septembre dernier, portait sur l'action des services secrets fédéraux contre le Parti québécois pendant les années 1970. Cette émission, au contenu fort incomplet, me mettait en cause et donnait, de mes gestes et motivations, des interprétations biaisées, voire erronées et même injustes. J'ai donc décidé de rendre publics des documents qui devraient contribuer à dissiper les légendes et sottises me concernant. Je remercie M. Bernard Frappier de sa collaboration et le site Vigile de son accueil.
Présentation
Mais, d'abord, un petit rappel historique (les crochets renvoient aux pages de mon livre Les choses comme elles étaient où je traite des faits évoqués ici, ainsi que de leur contexte).
Résumé des faits
Au printemps 1966, j'étais sous-ministre des Affaires fédérales-provinciales, ministère qui relevait du premier ministre Jean Lesage. Celui-ci me demanda de recueillir, à son intention, les informations très confidentielles d'un émissaire fédéral sur le comportement présumé douteux, au Québec, d'«agents» français d'allégeance gaulliste [197-201]. L'émissaire appartenait à la GRC. Il s'avéra que, étudiant, je l'avais déjà brièvement rencontré à Québec une quinzaine d'années auparavant, à la suggestion du Père Georges-Henri Lévesque, doyen de la faculté des Sciences sociales de Laval où j'étudiais [72 et 93-96].
En 1969, ce même émissaire, de passage à Québec, m'invita à luncher et me répéta ses propos antérieurs sur les «agents» de la France. L'Union nationale était alors au pouvoir et mes responsabilités s'étendaient désormais aussi aux relations internationales. Quelques mois après, il voulut me revoir: l'«infiltration» française au Québec continuait à l'inquiéter malgré la démission récente de De Gaulle. Sa démarche intriguante m'incita à en informer Julien Chouinard, secrétaire général du gouvernement [201-210]. Puis, les choses en restèrent là.
Cinq ans plus tard, à l'été 1974, un homme, se disant un «ami» de l'émissaire, demanda à me rencontrer. Méfiant mais curieux, j'acceptai de le voir brièvement. L'«ami» appartenait au service fédéral de renseignement. Il n'avait rien de particulier à discuter, dit-il au départ, mais il fit allusion aux indications que j'avais reçues pour Lesage en 1966. En me quittant, il mentionna qu'il me rappellerait peut-être. Il le fit peu après et me laissa entendre en termes généraux que des «agents» étrangers, plus nombreux qu'avant, s'intéressaient de près au PQ, parti auquel j'avais adhéré en 1972. Au début de 1975, il insista pour une nouvelle rencontre au cours de laquelle il me demanda de coopérer avec lui de façon, expliqua-t-il, à éviter au PQ d'être manipulé de l'extérieur, et offrit aussi de me «dédommager»... [325-331]!
Cette étonnante proposition me porta à croire que les fédéraux mijotaient un coup fourré. Comment le découvrir? Vu l'état d'esprit du parti et l'ambiance de l'époque, il me paraissait impossible, sous peine d'échec assuré, de mettre quiconque d'autre dans la confidence: l'affaire aurait immédiatement «coulé». Après réflexion, je décidai d'«aller voir» par moi-même [332-341]. Les rencontres plus régulières avec cette personne -- une demi-heure, aux deux mois environ -- commencèrent à la fin de l'été 1975. Je pris diverses précautions pour ne jamais révéler rien qui puisse nuire au PQ, en même temps que j'essayai d'en apprendre le plus possible sur les plans fédéraux [342-345 et 379-382]. Peu après l'élection du PQ 1976 et avant de mettre un terme à cet état de choses, j'en fis rapport à mon collègue, ministre de la Justice, Marc-André Bédard [402-406]. (Voir aussi pp. 453-466 le compte-rendu d'une conversation avec René Lévesque sur cette affaire).
Des informations supplémentaires
Inédits, les documents qui suivent ajoutent des éléments nouveaux aux sujets dont je viens de faire état et qui ressurgissent de temps à autre dans les médias. Préparés initialement à l'intention de Normand Lester, auteur d'Enquêtes sur les services secrets, 1998, ils lui ont été transmis en février 1999, ainsi qu'à d'autres personnes par la suite. Leur intérêt actuel réside dans le fait qu'ils abordent plusieurs aspects du dossier tronqué, diffusé au Canal D.
Le premier texte, intitulé Analyse des hypothèses, examine les bases sur lesquelles le journaliste Lester a fondé la partie de son livre (Enquêtes sur les services secrets, paru au début de 1998) où il est question de moi. Comme on y trouvera l'intégralité des passages discutables, il n'est pas nécessaire d'avoir le livre en mains pour saisir ce dont il retourne. Ce document se complète d'une Annexe sur certains points particuliers (moins pertinents aujourd'hui, quelques paragraphes de l'original ont été omis).
Sauf pour les titres et sous-titres, les passages en caractères gras sont des citations tirées du livre.
Le 26 septembre 2001 Claude Morin


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