Frappes en Syrie : grand spectacle et avènement des « frappes négociées »

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Des frappes purement symboliques : les néoconservateurs sont mécontents !


Comme il y a un an, presque jour pour jour, le Président Trump a ordonné une nouvelle fois mais cette fois-ci avec l’appui de ses alliés britanniques et français, et toujours sans mandat onusien et donc en complète violation du droit international, des frappes sur la Syrie. Elles sont les « représailles » à une attaque chimique présumée, et toujours non prouvée, sur la Ghouta par le régime de Damas le 7 avril dernier.


Ainsi, après une semaine de tensions, une centaine de missiles sont venus s’abattre sur quelques cibles du régime syrien (centres de recherches, bases de la garde républicaine…).


Toutefois, nous assistons au même scénario que j’avais décrit en avril 2017, lors des premières frappes américaines sur le territoire syrien.


Cependant, comme l’avait prévu mon ami, le chercheur Fabrice Balanche, l’action de cette nuit sera et restera essentiellement « symbolique ».


En effet, après les menaces proférées par le président américain sur Twitter dès le lendemain de la diffusion de vidéos d’enfants et de femmes de Douma victimes des gaz, une longue semaine s’est écoulée. Une semaine durant laquelle nous avons tous été témoin de la « diplomatie de la testostérone » mais où, dans les coulisses, généraux américains et russes se concertaient pour mettre en scène cette « grande représentation ». Car, comme l’ont déclaré les officiels occidentaux dans les débriefing médiatiques de cette nuit et ce matin, ces frappes (coordonnées avec les Français, les Britanniques mais aussi les Russes !) ont été « limitées », « ciblées » et ont épargné les troupes iraniennes et russes, puisque ces derniers ont été « prévenus en amont » comme l’a déclaré, Florence Parly, la ministre française des Armées. Et pour cause, durant une semaine, les militaires russes, iraniens et syriens ont largement évacué les sites sensibles menacés. D’ailleurs, nous ne connaissons pas encore ce matin, l’évaluation des dégâts et le nombre des victimes, mais ils ne devraient pas être conséquents. De fait donc, on a rarement vu dans l’histoire, sauf encore une fois en avril 2017, des chefs de guerre annoncer, avec des jours d’avance, qu’ils allaient attaquer ! C’est en quelque sorte, l’avènement des « frappes négociées » !


Pour Donald Trump l’honneur est sauf ! Pour ne pas perdre la face après ces fanfaronnades habituelles, et toujours aussi « harcelé » en interne par tout l’establishment américain, il se devait de réagir. Toutefois, même si le président américain joue au « bad dog » et qu’il s’est entouré depuis de « neocons » comme pour John Bolton et Mike Pompeo afin de remplacer respectivement les « modérés » de son administration, le Conseiller à la sécurité nationale général McMaster et le Secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, il n’en reste pas moins que Trump ne souhaite véritablement pas un affrontement direct avec Moscou (il avait même annoncé, il y a quelques semaines, qu’il voulait se désengager en Syrie !). Par ailleurs, fort heureusement, les généraux John Kelly, son chef de cabinet, et James Mattis, le Secrétaire à la Défense sont encore là et « veillent au grain »… mais pour combien de temps ?


En attendant, Trump, tout en démontrant qu’il tient ses promesses et qu’il se démarque de son prédécesseur, espère ainsi atténuer les formidables pressions qu’il subit (« lynchage » médiatique permanent, poursuites judiciaires, accusations sur sa vie privée, sur ses présumées collusions avec les Russes durant sa campagne, problèmes politiques avec le Congrès, élections de mi-mandat…).


De même, Israël et l’Arabie saoudite, qui soutiennent la dernière action américaine, sont satisfaits puisqu’elle représente également un message fort adressé aux Iraniens : les Américains restent dans le jeu et pourraient ne pas hésiter à intervenir s’ils se révélaient trop menaçants.