Financement des courses à la chefferie au municipal - Une législation s'impose, mais est-ce suffisant?

Montréal - élection 2009

À titre de directeur général de Vision Montréal à l'époque de la course à la chefferie ainsi que de secrétaire générale de la course à la chefferie du parti Vision Montréal, nous pensons pouvoir apporter quelques éclairages sur les événements qui font la chronique depuis quelques jours.
Tout d'abord, rappelons les mécanismes que nous avions implantés à Vision Montréal pour nous assurer que cette course à la chefferie se déroule dans le plus strict respect de la loi. Le conseil général de Vision Montréal avait adopté, dès le mois de février 2008, une résolution qui dictait les grands principes du financement de la course. Ces principes ont ensuite été traduits dans un Manuel des candidats à la course à la chefferie.
La lecture de ces documents reflète le souci du respect des règles de financement des partis politiques municipaux telles qu'elles figurent dans la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités (LERM), à laquelle le parti devait se conformer. Le Manuel imposait aussi aux candidats à la chefferie une exigence supplémentaire, soit celle de respecter les règles du financement des partis politiques telles que le Directeur général des élections (DGEQ) les impose en campagne électorale.
Pas suffisant
Or, rien ne nous obligeait à faire ce choix d'être plus exigeants que la loi l'est. Les campagnes à la chefferie sont réglementées seulement au niveau fédéral, ce dont nous nous sommes aussi inspirés, mais pas au niveau municipal. Du reste, comme notre Manuel le précisait en introduction, une course à la chefferie d'un parti à Montréal ne s'était pas tenue depuis bien des années et nous étions devant la nécessité de faire preuve d'une intégrité hors de tout doute et d'un certain degré d'innovation, avec tous les risques que cela comportait. Rappelons que Vision Montréal était dans une tourmente avec le DGEQ concernant certaines activités de financement en 2005, et les dirigeants du parti désiraient faire table rase de douteuses pratiques du passé.
À la lueur des soupçons d'existence d'un système de collecte de fonds parallèle mis en place par Benoit Labonté durant la course à la chefferie, il semble donc que nos bonnes intentions et toutes nos procédures n'auront pas été suffisantes pour contrer la force du financement occulte du milieu municipal.
Respect des règles
Nous avons quitté nos fonctions respectives dans les jours qui ont suivi la course à la chefferie sous la pression des équipes de campagne de M. Benoit Labonté avec lesquelles nous avions dû nous battre âprement tout au long de la course pour qu'elles respectent les règles dont nous étions les garants. À notre départ, les règles avaient été rigoureusement respectées. Le directeur de campagne de M. Labonté, Yves Lemire, est alors devenu directeur général du parti, tandis que Pierre D'Amours a pris la direction du cabinet de l'opposition officielle, tout en assumant celle du cabinet de l'arrondissement de Ville-Marie.
Les équipes de sa campagne ont pris les postes de la permanence du parti. Nous leur avons transféré les dossiers dans un esprit de bonne collaboration. À partir de ce moment-là, nous n'avions plus aucun contrôle sur les décisions qui ont été prises.
Dépenses de campagne
Alors que nous n'étions plus, ni à l'organisation, ni à la permanence du parti depuis l'arrivée de M. Labonté à la barre, certes, nous avons appris que la direction du parti avait décidé de prendre en charge une partie des dépenses de campagne de M. Labonté, mais pas la totalité. Rappelons que ces dépenses n'auraient pas dû être acceptées et surtout remboursées au regard de revenus insuffisants qui nous avaient été présentés. Le parti a produit par la suite son rapport financier annuel et semble avoir décidé de supprimer la comptabilité distincte de la course à la chefferie que nous avions instituée.
Au lendemain de ce transfert de responsabilités, M. Labonté a rompu les communications brutalement avec l'un d'entre nous, et relégué l'autre à un rôle de conseiller sans mandat, ce qui nous a conduits quelques mois plus tard à démissionner du parti.
Comportements troubles
Il semble que, pour ce qui nous paraissait alors d'obscures raisons, nous étions devenus persona non grata à Vision Montréal. Aujourd'hui, Mme Harel, que nous avons tenté de joindre depuis son arrivée à la chefferie, nous maintient dans le même isolement. Elle n'a jamais répondu à nos efforts d'entrer en communication avec elle pour lui relater les comportements troubles dont nous avions été témoins et qui, à la lueur des révélations d'aujourd'hui, s'expliquent mieux.
Aussi, elle profère des allusions, voire des accusations envers l'équipe du parti Vision Montréal en place au moment de la course à la chefferie, sans même avoir dialogué avec nous. Pourtant, nous avions informé à de multiples reprises le conseil exécutif, tant celui en place à l'époque du chef François Purcell que celui du chef Benoit Labonté, de nos difficultés à faire respecter les règles de la course. Plusieurs membres du conseil exécutif actuel sont encore en poste aujourd'hui. La maxime qui dit que les absents ont toujours tort semble bien s'appliquer dans notre cas.
Période éprouvante
Au-delà de l'atteinte à notre réputation que les propos de Mme Harel pourraient provoquer, nous aimerions attirer son attention sur le fait que même si les sources anonymes se rapportaient au DGEQ comme elle le leur suggère avec insistance, ce dernier n'a aucun pouvoir sur les courses à la chefferie. Du reste, bien que nous ne soyons pas ces sources anonymes, nous nous mettons bien volontiers à la disposition des vérificateurs du DGEQ.
À la suite de la période très éprouvante que la course à la chefferie nous a fait vivre, nous nous sommes retirés de tout engagement actif en politique municipale. Aussi, nous suivons l'élection actuelle avec l'intérêt de simples citoyens et en spectateurs effarés des découvertes issues du travail d'enquête des médias.
Les récentes révélations sur le possible financement parallèle de la course à la chefferie de M. Benoit Labonté ont pour seule conséquence positive d'ouvrir le débat sur le financement du monde municipal et en particulier celui des courses à la chefferie. Maigre consolation qu'il nous reste au regard des effets désastreux de cette affaire sur l'opinion publique et sur l'intérêt des citoyens pour la politique municipale.
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Christine Hernandez, Secrétaire générale de la course à la chefferie de Vision Montréal de février à juin 2008
Robert Laramée, Directeur général de Vision Montréal de la mi-juin 2006 au 6 juin 2008


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