Fédéralisme pétrolier

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Plaidoyer contre Énergie Est


Dans l’édition du 16 novembre 2019 du Devoir, le chroniqueur Konrad Yakabuski, en voulant s’en prendre à une récente déclaration d’Yves-François Blanchet concernant la tentation de certains de faire de l’Alberta « un État pétrolier », a écrit à propos de l’Alberta et de la Saskatchewan : « L’ajout des pipelines vers l’ouest, autant que vers l’est, aiderait sans doute ces deux provinces à retirer un meilleur prix pour leur pétrole, mais cela ne résoudrait pas le problème fondamental auquel elles font face. L’offre mondiale du pétrole dépasse actuellement la demande, une situation qui ne risque pas de changer alors que la plupart des pays cherchent à réduire leur consommation d’énergies fossiles et les émissions de carbone qui en découlent. »


Les deux mots les plus importants de cette longue citation sont « sans doute », cette antiphrase qui veut dire en français qu’il y a doute et non pas qu’il n’y en a pas. En effet, personne n’a fait la démonstration que le fait de construire un oléoduc traversant le Québec pour alimenter les raffineries Irving du Nouveau-Brunswick en pétrole des sables bitumineux en vue d’augmenter les exportations canadiennes de pétrole aurait pour effet de faire augmenter le prix du pétrole albertain aux États-Unis.


Faut-il rappeler que l’oléoduc long de 4600 kilomètres passant par le Québec serait presque cinq fois plus long que celui de Trans Mountain traversant la Colombie-Britannique, lequel fait 980 kilomètres ? Que le coût de la construction de l’oléoduc traversant le Québec serait beaucoup plus que cinq fois supérieur à celui de la simple expansion de l’oléoduc Trans Mountain ? Que la demande de pétrole croît beaucoup plus vite vers l’ouest, en Inde, en Chine et dans l’Asie du Sud-Est, que vers l’est, en Afrique et en Europe ? Que si l’ouverture de nouveaux débouchés asiatiques pour le pétrole albertain augmentait le pouvoir de négociation des pétrolières albertaines face aux acheteurs américains, il est plus que douteux que l’ouverture de débouchés supplémentaires en Europe et en Afrique y changerait quoi que ce soit ? Que pour sauver notre pauvre planète d’un plus que probable emballement du réchauffement climatique, il faut non pas augmenter la production et la consommation de pétrole, mais bien les diminuer radicalement et même les stopper ?


Invoquer le fait que les Québécois sont plus pauvres que la moyenne des Canadiens pour leur intimer l’ordre de ne pas penser, de se taire et d’accepter ce qui est mauvais pour tous, y compris pour les Canadiens anglais et les Albertains, est parfaitement odieux.


Ce n’est pas parce que les Québécois reçoivent de l’Alberta 58 ¢ par jour en moyenne grâce à la péréquation (soit 1,8 milliard de dollars, ce qui est la part payée par l’Alberta dans ce que reçoit le Québec en péréquation, divisés par 8,5 millions d’habitants et par 365 jours) qu’ils cessent d’avoir le droit et même le devoir de raisonner et de compter.


Faut-il rappeler que le Québec était le plus gros producteur d’amiante au monde et qu’il a été contraint de mettre un terme à sa production, il y a sept ans, en 2012, parce que ce produit s’est avéré cancérigène ? Or l’amiante n’a jamais mis en péril notre planète entière, son climat, sa population humaine et toutes ses espèces animales et végétales.


Lorsque le Québec a dû faire face à ses responsabilités, il n’a jamais osé clamer que, pour financer le traitement des cancers causés par l’amiante, il fallait augmenter la production et la consommation d’amiante, ce que prétendent l’Alberta et son gouvernement s’agissant du pétrole. Pour financer la lutte contre les changements climatiques, disent-ils, il faut augmenter la production de pétrole albertain…


Et le Québec n’a jamais injurié qui que ce soit, comme le ROC et Konrad Yakabuski le font en conseillant à Yves-François Blanchet de se taire s’agissant des visées pétrolières de l’Alberta. Serait-il possible que la Confédération canadienne génère des tensions qui n’existeraient tout simplement pas si elle ne nous avait jamais été imposée par Londres et ses alliés, il y a de ça plus de 150 ans ? La question se pose.









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