Entre peur et naïveté

11 septembre 2001


Cinq ans déjà. Ce jour-là, les États-Unis étaient «frappés au coeur», comme titrait Le Devoir du lendemain. Le monde entier mais surtout nous, Nord-Américains, n'avions qu'un mot sur les lèvres: pourquoi? Pourquoi cette attaque aussi improbable que meurtrière? La poudrière du Proche-Orient ne pouvait pas, à elle seule, expliquer ce qui venait de se produire.



Avant et après New York, d'autres attentats meurtriers se sont produits, à Londres, à Madrid mais aussi dans des pays à majorité musulmane dirigés par des gouvernements assimilés aux valeurs de l'Occident chrétien. Conduite par un groupe de terroristes influents en Afghanistan ayant à sa tête un personnage aussi énigmatique que diabolique nommé Oussama ben Laden, la guerre sainte (djihad) venait de prendre un élan déterminant. Une guerre sans merci contre les infidèles et pour l'avènement d'un monde qui n'obéira plus qu'à la loi coranique (charia).
Aujourd'hui, le monde est plus incertain qu'il y a cinq ans. À la faveur de conflits qui ne sont pas près de se régler, dont le bourbier irakien fabriqué par l'obsession guerrière de l'administration Bush, l'islam radical recrute de plus en plus dans les pays musulmans d'abord mais aussi dans tous les pays ouverts à l'immigration.
Le Canada et le Québec n'y échappent pas. Cet été, 17 jeunes ont été arrêtés à Toronto. Ces jeunes nés ici semblaient bien intégrés à leur milieu respectif. Contrairement à leurs parents, musulmans comme eux, ils ont choisi l'aventure intégriste. Ont-ils seulement succombé à une mode passagère née dans la foulée des succès d'al-Qaïda ou est-ce plus profond ?
À Montréal, des imams qui affirment rejeter la violence profitent de la liberté d'expression garantie par nos lois pour faire de la propagande politico-religieuse contre l'Occident judéo-chrétien et pour inciter à la haine. Dans le très bon reportage de Zone libre qui sera présenté dimanche soir à Radio-Canada, on en apprend un peu plus sur ce qui se dit, en arabe, dans une des principales mosquées sunnites de Montréal. Qu'un imam termine son sermon en lâchant : «Dieu ! Tuez tous les ennemis de l'Islam, jusqu'au dernier !», est-ce acceptable ?
Cinq ans après le 11-Septembre, les réponses de l'Occident, des États-Unis surtout mais aussi du Canada et de l'Europe, n'ont pas réussi à éteindre le feu allumé par les islamistes d'al-Qaïda et des groupes frères à travers le monde. Partout, les erreurs ont été aussi grossières que coûteuses, à commencer par l'invasion de l'Irak et, plus récemment, celle du Sud-Liban. La communauté musulmane dans le monde entier se sent concernée, voire persécutée, et au lieu de combattre les éléments qui la menacent de l'intérieur, elle serre les rangs.

Peu de choses ont été faites pour rapprocher nos communautés respectives, ce qui aurait pu avoir pour résultat d'isoler les plus radicaux et de les empêcher de nuire. Le temps a manqué, la connaissance du problème aussi, de même que la volonté politique. Entre la peur et la naïveté, l'ignorance et la pensée magique, nous n'avons pas trouvé la vraie sécurité. Est-il déjà trop tard ou des efforts sont-ils encore possibles pour modifier, chez nous, le cours des choses ?
j-rsansfacon@ledevoir.com


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