Après l'élection

En surplomb de l’élection générale 2018

Malgré tout, un bilan de bonne humeur.

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Tribune libre

Les obsèques du péquisme attentiste, dont le cercueil est installé sur le catafalque au milieu de la chapelle médiatique — qui se prend pour une cathédrale —, feront l’objet d’un reportage perverti.  L’on tentera de faire passer le masque mortuaire du péquisme pour celui de l’indépendantisme.  Parce que selon l’évangile éternel délirant prêché par l’oligarchie canadienne et mondiale morbide, le peuple québécois ne s’intéresse pas à sa propre liberté collective.


L’épître de démission du chef Jean-François Lisée avait déjà été écrite par un professeur à la méchanceté lucide et raffinée (Christian Saint-Germain, Naître colonisé en Amérique, Liber, 2017).  Suivant sa suggestion, inspirée par l’évangile de Matthieu (8, 22), on laissera les morts enterrer les morts.  J’ajoute : sans verser une seule larme.


Pourquoi ?  L’issue mortelle était pressentie depuis longtemps, puisque l’authentique quête indépendantiste — qui ne peut qu’être ardente — fut abandonnée par le Parti québécois depuis près de 40 ans, sauf durant le règne de Jacques Parizeau.  La dilapidation des énergies en petits objectifs de carrière politicienne et le tarissement conséquent de l’espoir collectif devinrent manifestes lors de la défaite électorale de 2014, qu’avait préfiguré la défaite du Bloc québécois dirigé par Gilles Duceppe en 2011, réitérée en 2015.



a.  L’indépendance sans cesse refoulée


La similistratégie électoraliste à courte vue, ou « électoraleuse », du PQ accoucha de ce thème de campagne 2018 puisqu’elle devait englober celle de 2022 : Le chemin des victoires.  Ce pluriel étapiste ne fut qu’une manière de se compliquer inconsciemment — vraiment ? — la destinée pour repousser la libération du peuple québécois aux calendes grecques.  Résultat : le néant.  Le degré zéro du vouloir-vivre et du vouloir-agir.


La tactique grécocalendaire de Jean-François Lisée, qu’il prenait donc pour une stratégie géniale, imposait l’absurde report du projet d’indépendance le temps d’un mandat électoral qu’il devrait quand même obtenir !  Résultat : par opportunisme, Québec solidaire se donna un vernis indépendantiste en absorbant Option nationale, parti issu de la dissidence péquiste anti-attentiste.


En début de campagne, parce que l’accroissement des intentions de vote en faveur du PQ ne se manifestait pas dans les sondages, le chef Lisée retourna sa veste en proclamant qu’il allait dorénavant parler indépendance chaque jour.  Puisqu’il venait de déclarer solennellement peu de temps avant qu’il ne commettrait aucun geste de souveraineté durant le premier mandat, notre marchand de « perlimlpinpin-dépendance » s’avérait le proverbial « gros parleur, p’tit faiseur ».



b.  Rejet de l’Assemblée constituante


Québec solidaire, l’objet obsessionnel de Jean-François Lisée, avait sous la directive de son politburo renié la signature de son délégué qui approuvait le projet de convergence adopté avec les autres partis politiques membres des Organisations unies pour l’indépendance (PQ, ON, BQ).  Il s’agissait pourtant d’ « une démarche commune d’accession à l’indépendance » comprenant « la mise sur pied d’une Assemblée constituante, dont le mandat serait de rédiger le projet de constitution d’un Québec indépendant, et la tenue d’un référendum à l’issue des travaux de la constituante » (OUI Québec).


Au surplus, le programme politique QS prévoit dans les négociations avec les aborigènes « le remplacement de l’à priori de l’intégrité territoriale du Québec par une tout autre notion, celle de la nécessaire cohabitation sur un même territoire de peuples souverains pouvant disposer librement de leur avenir ».  Manon Massé précisa à la fin de la campagne électorale : « On va partir avec les délimitations actuelles du Québec, puis on va discuter avec nos frères et sœurs autochtones. »  Cette remise en question des frontières du Québec aboutissant à la partition du territoire national prouve que l’indépendance du peuple québécois n’est qu’un sujet de fabulation attrape-nigaud chez QS. 


Or, pendant la campagne électorale, précisément lors d’un débat impromptu avec l’ancien chef oniste Sol Zanetti, un indépendantiste sincère égaré dans la galère QS, puis lors du deuxième débat des chefs avec la porte-parole Manon Massé, Jean-François Lisée a « tactiquement » cherché à démontrer l’inanité de la mise sur pied d’une Assemblée constituante citoyenne pour concrétiser l’accession du Québec à l’indépendance en prétendant qu’elle serait noyautée par les forces fédéralistes.  Pourtant, le mandat indépendantiste de l’Assemblée constituante promu par les OUI Québec était clair.  Il a donc lui-même renié la signature de… Véronique Hivon, qui allait devenir sa vice-chef.  Si QS cherche à dissoudre le peuple québécois, monsieur Lisée, lui, refusa d’accorder sa confiance à ce dernier.



c.  Identité et immigration


Les Québécois aspirent à protéger et renforcer leur identité, leur langue commune et leurs valeurs.  En complémentarité, ils veulent mettre fin à l’invasion de quelque 100 000 migrants par année dont la moitié sont illégaux, afin de bien intégrer socialement et assimiler culturellement les immigrants légitimes reçus en quantité raisonnable.  Aucun peuple n’a à accueillir toute la misère du monde, encore moins sa fausse misère.  Le peuple québécois exprime aussi des inquiétudes justifiées quant à un envahissement migratoire gangrené par l’islamisme, comme cela se passe en Europe.  Le refus d’une politique d’immigration transparente du PQ et de QS, auquel s’ajoute le flou de la CAQ en la matière, laisse toute la place au multiculturalisme et au multiconfessionnalisme canédiunes.  Or, la quasi-totalité des immigrants non francophones actuels refusent d’apprendre la langue commune ou échouent leur apprentissage du français.


Au début de la campagne, M. Lisée dénonça les seuils d’immigration annoncés par les autres partis en les accusant de se livrer à la numérologie.  Mais lui-même, incapable de contenir son esprit compétitif, pratiqua la divination en avançant la fourchette de 35 000 à 40 000 immigrants, à peine inférieure au seuil affiché par François Legault.  Quelques jours plus tard, M. Lisée avoua que son art divinatoire s’appliquait au passé plutôt qu’à l’avenir (il est facile de prédire après-coup) ; il plaça donc de nouveau les paramètres de sa politique d’immigration sous la houlette de la vérificatrice générale (la numérologue en chef ?).  Néanmoins, immédiatement après, M. Lisée n’exclut pas, au contraire, de dépasser le niveau actuel de 50 000 immigrants décrété par le gouvernement Couillard.  Cela aussi démontra que monsieur Lisée ne fit pas confiance au peuple, qu’il considère comme trop frustre pour saisir les enjeux liés à l’immigration.  Cette dernière, objet d’un désir obscurantiste chez QS, devint ainsi un yoyo invisible dans les mains de notre prestidigitateur.


On aura aussi remarqué que la prude provincialisation des esprits ne fut pas étrangère à l’élimination outrée par Jean-François Lisée de la candidature de Pierre Marcotte, dont le sens de l’humour sur les islamistes comparés à des pitbulls ou le filtrage des candidats musulmans intégristes à l’immigration par le test de consommation de bacon n’était que comparable à la dérision dont la religion catholique fut l’objet dans les années 1960.  Monsieur Lisée est imbu d’une rectitude politique tétanisante.



d.  Une plateforme électorale rabougrie


Il aurait fallu miser sur les forces vives du Québec, c’est-à-dire les souverainistes, qui représentent entre 33 et 40 % de la population depuis près de 40 ans.  À défaut d’une approche indépendantiste immédiate, même le modéré Joseph Facal avait eu la lucidité de réclamer au moins l’ouverture d’un front contre le régime canadien.  Peine perdue, on trouva dans la plateforme électorale — familiale plutôt que nationale — seulement deux allusions insignifiantes au pouvoir fédéral : une demande au gouvernement de bien vouloir S.V.P. daigner permettre aux fonctionnaires fédéraux de travailler en français, et une vague promesse de tenter de ne pas jouer le jeu du fédéral concernant l’installation des immigrants en région (?).  Un positionnement d’invertébrés !  Quant à la volonté affichée dans le programme du parti de réduire les subventions scolaires des anglophones à leur proportion de la population, le très bilingue chef saltimbanque du PiQiou l’exclut sciemment de la plateforme tout en prétendant cyniquement qu’il l’appuyait quand même.


Une recherche des mots-clés dans la plateforme a démontré que le thème de l’identité culturelle québécoise arrivait lui-même avant-dernier devant celui de l’indépendance.  Par inversion totale, les thèmes qui auraient incité les électeurs souverainistes à voter figuraient en queue de liste !  La tactique graphique a consisté à répéter le mot indépendance sur chaque page… mais dans le titre courant en pied de page exclusivement.



e.  Une virée à Ottawa


Descendant de son flamboyant autobus psychédélique sur la Colline du Parlement à Ottawa, le chef m’as-tu-vu du PQ tint le discours lancinant des lamentations du BQ version Gilles Duceppe : « Le Québec, depuis des lustres, ne reçoit pas sa juste part des dépenses et des investissements fédéraux. »  Au lieu d’annoncer sur ce territoire étranger que le peuple québécois affranchi du régime canadien bénéficierait de tous ses impôts afin de fonder et gouverner la République du Québec selon ses priorités.  Ce n’était donc qu’une mise en scène...


Le lendemain, on assista au retour au sein du Bloc québécois des députés démissionnaires, qui étaient en expectative sur le radeau chétif de Québec debout.  À leur condition, donc sans condition, c’est-à-dire sans l’obligation de promouvoir l’indépendance du Québec dans tous les dossiers.  Jean-François Lisée cherchait ainsi à boucler la boucle : après avoir suggéré de voter pour le camp Duceppe le 1er juin 2018 lors du référendum interne du BQ, il allait le 3 juin se dire soulagé du résultat de la consultation qui mit fin à la chefferie de Martine Ouellet, jugée trop indépendantiste par le « progressiste » calife du PQ.


 


f.  La maudite machine médiatique


Destiné à lobotomiser les citoyens, l’engin de guerre communicationnel servant à intérioriser le discours fédéraste proclamera en boucle la mort de l’indépendantisme au Québec.  D’autant plus qu’à travers le monde les nations aspirent farouchement à reconquérir leur souveraineté malmenée par l’oligarchie mondiale apatride.


Même le chroniquariat souverainiste sans envergure se joindra au concert des trompettes médiatiques apocalyptiques, tout en ménageant sa bonne conscience par la formulation millénariste d’un vœu pieux sur l’avenir lointain de l’indépendantisme dans leur esprit : qui le sociologue d’abord soucieux de suivre la dissolution nauséabonde pour mieux la décrire avec délectation ; qui le politologue obsédé par l’influence des maisons de sondage, mais tirant au forceps le mince espoir issu de ses supputations bornées concernant la volatilité de l’électorat ; qui les analystes myopes plus sociétaux qu’indépendantistes.


Si les électeurs incertains sont insaisissables et déjouent les pronostics des spécialistes, c’est simplement qu’ils peuvent difficilement se résoudre à voter pour des partis ectoplasmiques dirigés par des chefs pusillanimes ; d’ailleurs, le taux de participation s’est sensiblement réduit de 71 % en 2014 à 66 % (chiffre préliminaire) en 2018.  Au contraire, l’électorat appuierait massivement un parti indépendantiste aux idées claires et à la volonté d’acier ; le sommet historique de participation au scrutin fut de 85 % en 1976 et le taux fut encore élevé en 1994, soit de 82 % — la prise du pouvoir par le PQ menant à un référendum sur la souveraineté.


Les journaleux aspiraient à ce que Jean-François Lisée avait promis lors de la course à la direction du PQ en 2016 : un « ostie de bon gouvernement ».  Surgit ainsi l’atavisme du Canadien français colonisé, « né pour un p’tit pain ».  Ils se sont donc minutieusement appliqués à contribuer agressivement à la décapitation du Bloc québécois afin que le PQ puisse mener une campagne provinciale lisse, lisse, lisse, sans la moindre anicroche.  C’est donc maintenant archiprouvé dans leur esprit : il faut se garder de promouvoir l’indépendance afin d’éviter aux Québécois la réputation d’être des gens de chicane.


Écarté encore et toujours le projet de république, même si près des trois quarts des pays dans le monde ont adopté ce régime.  Ici, les chroniqueux loufoques ne savent parler que de la « république de bananes » : la caricature pour les colonisés, la république sérieuse pour les autres — une forme de la haine de soi. 



g.  Le provincialisme sans avenir


Comme QS — dont il a pris le pli et les épines en le fleuretant —, le PQ a occulté l’ensemble des coups de boutoir du gouvernement fédéral comme s’il suffisait d’ignorer l’ennemi pour le faire disparaître.  Il a surtout caché que seule la sortie du régime politique actuel peut écarter le retour au pouvoir du PLQ ultrafédéraliste qui redémolira l’État québécois.  La trahison par le déni.


Quant à la CAQ, son nationalisme mou et vaporeux ne fera qu’exacerber la calomnie colonisatrice incessante du Canada anglais, qui réagira ainsi par compensation de la défaite du PLQ québécophobe.  Gentils caquistes contents mais bientôt cocufiés par Ottawa, attachez vos tuques avec de la broche parce que le vent inapaisable d’accusations d’intolérance, de xénophobie, de racisme va souffler d’autant plus fort sur le gouvernement québécois que vous aurez privé le Canada anglais de la dissolution accélérée du Québec avec son instrument de prédilection, le PiLQiou, le parti des ennemis intérieurs qui voudraient bien se forgés un divin statut de privilégiés éternels.  C’est inéluctable : vous devrez vous révolter pour sortir de l’impasse fédérale.


Qu’elle fut monotone cette campagne électorale à microthèmes élaborés par une classe politique provincialiste pratiquant ainsi l’égarement volontaire.  Intoxiquée par les merdias, elle s’avère incapable de riposter au harcèlement du régime canadien.  Les libéreux anglicisants, les kakisses cacophoniques, les pékisses électoralisses et les kuzisses chimériques nous offrirent une pitoyable concurrence de clientélisme électoral.


Exhortation spéciale aux électoraleux et autres zombis qui encombrent les hautes instances des partis à vocation indépendantiste réelle depuis trop longtemps :


Dé-ga-gez !


Dégagez !


DÉGAGEZ !


Que les indépendantistes authentiques se lancent à l’abordage du vaisseau amiral PQ et de la frégate BQ !



h.  La voie indépendantiste


Un robuste parti indépendantiste aurait comme priorités hiérarchisées :

 



  1. la liberté collective du peuple québécois, c’est-à-dire son indépendance ;

     

  2. la défense et illustration de l’identité du peuple québécois : sa langue, sa culture, ses valeurs, sa laïcité, sa démocratie participative ;

     

  3. l’établissement d’un État québécois complet mais souple, c’est-à-dire capable d’assurer efficacement les missions qui lui sont attribuées dans les grands domaines : santé, éducation, langue et culture, communications, transports, environnement, économie, justice, sécurité et défense, affaires étrangères.  Pas « moins d’État » selon la CAQ ou le PLQ, ni « plus d’État » selon le PQ ou QS.  Mais « mieux d’État » selon Martine Ouellet.


 


Jean-François Lisée a donc commis trois erreurs fondamentales :

 



  1. Il a repoussé l’indépendance — et sa promotion adéquate — à un lointain avenir insaisissable.  Et en promettant de n’accomplir aucun geste d’affranchissement durant le premier mandat.  En bref, l’apnée et la paralysie.

     

  2. Il a très mal défendu l’identité, spécialement le français dont il ne voulait que comme langue « prépondérante » plutôt que langue « commune », avec ces conséquences : sa proposition de cégeps bilinguisés, aucune dénonciation du surfinancement des universités anglaises aux dépens de l’attractivité des françaises, débat des chefs en anglais, etc.  Pourtant, tout se tient : vision, valeurs et leur véhicule — la langue.

     

  3. La solution de J.-F. Lisée à la démolition de l’État québécois par les libéraux fut de promettre « plus d’État », d’où la pléthore des microprogrammes annoncés.  Donc, de passer d’un extrême à l’autre.  L’obésité après l’austérité.  Alors que la bonne réponse consistait, je le répète, à proposer « mieux d’État », pour reprendre le titre de l’excellent essai de Martine Ouellet (Éditions Somme toute, 2015), dont l’approche collective est à la fois raisonnée et raisonnable.


 


i.  La vision du troubadour


En dehors de la salle d’opération médiatique qui détraque les cerveaux, voyez-vous ou entendez-vous le signal qui surgit des profondeurs de l’Histoire, à savoir de la Nouvelle-France ?  Il indique que les fruits du verger déserté sont mûrs.  Qu’il suffit de relancer le mouvement indépendantiste pour les cueillir, refonder un vrai parti et accéder à l’indépendance, haute comme une nef.  S’il le veut, le Québec peut sillonner et étonner le monde entier.


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Marc Labelle25 articles

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Se voulant agent de transformation, Marc Labelle présente sur les valeurs et les enjeux fondamentaux du Québec des réflexions stratégiques, car une démarche critique efficace incite à l’action salutaire. Ses études supérieures en sciences des religions soutiennent son optique de penseur libre.





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