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Électricité: Hydro magasine auprès des producteurs privés

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La CAQ poursuit la privatisation des filières d'Hydro-Québec


Pour la première fois depuis des années, Hydro-Québec prévoit de manquer d’électricité dans cinq ans pour alimenter ses clients québécois, et la société d’État sonde actuellement les producteurs privés pour tenter de trouver la meilleure façon de combler ses besoins.


« On va éventuellement en manquer », a indiqué d’entrée de jeu Dave Rhéaume, responsable des approvisionnements en électricité de la division Distribution d’Hydro-Québec, lors des rencontres virtuelles qui ont eu lieu cet été avec des fournisseurs potentiels.


Il faut préciser que la fin des surplus concerne seulement la division Distribution, qui alimente le marché québécois, alors que la division Production dispose encore de beaucoup de surplus qu’elle espère vendre au Massachusetts et à New York.


La consultation de cet été est une première pour Hydro-Québec Distribution, qui voit poindre la fin des surplus d’électricité et qui a décidé de sonder le marché. L’objectif de ce magasinage est de trouver « le mix énergétique » pour approvisionner la clientèle québécoise au meilleur coût, a précisé le responsable des approvisionnements. Toutes les technologies seront considérées, assure-t-il. « On n’est pas attachés à une source d’énergie comme la grande hydraulique. »


Selon les prévisions d’Hydro-Québec pour les 10 prochaines années, de nouveaux besoins d’électricité pour le marché québécois apparaîtront en 2025 pour de la puissance (pour la demande de pointe) et une année plus tard pour de l’énergie ferme.




 



Les surplus disparaissent plus vite que prévu, parce que l’électrification des transports, les centres de données et les serres feront augmenter la demande d’électricité du Québec, prévoit Hydro-Québec. L’augmentation prévue est de 13,8 térawattheures, un chiffre qu’Hydro réduit de 1,3 térawattheure pour tenir compte de la part des besoins comblée par des panneaux solaires et des batteries qui seront installés chez certains de ses clients.


Compte tenu des délais requis pour construire un parc éolien ou renouveler les contrats existants, un appel de propositions pourrait être lancé au cours des prochains mois, peut-être dès la fin de l’année.


Le dernier appel d’offres d’Hydro-Québec pour de nouveaux approvisionnements en électricité pour le marché québécois remonte à 2013 – c’était pour de l’énergie éolienne. Pour les prochains, Hydro est prête à envisager de conclure des contrats plus courts ou plus longs que la durée de 20 ans des ententes existantes avec les producteurs privés.


Des prévisions fragiles


Ces prévisions ont été établies à la fin de 2019 et ne tiennent pas compte de la pandémie et de son impact sur l’économie, précise la société d’État. Depuis le début de la pandémie, Hydro observe une baisse de ses ventes sur le marché québécois et une réduction de ses exportations aux États-Unis.


Hydro estime que la baisse sera temporaire.




C’est vrai que la demande a baissé, mais on pense que la crise de la COVID-19 ne changera pas nos prévisions à moyen et long terme. On va avoir des besoins en énergie en 2026.



Cendrix Bouchard, porte-parole d’Hydro-Québec



L’optimisme de la société d’État n’est pas partagé par tout le monde.


« C’est très fragile comme prévisions, estime Jean-François Blain, spécialiste indépendant en énergie, au sujet des plus récentes estimations de l’évolution de la demande au Québec. On n’est plus du tout dans la même perspective qu’il y a quelques mois. Il faut se demander dans quelle mesure la crise va affecter la demande de façon permanente. »


La hausse soudaine de la demande d’électricité prévue par Hydro surprend et inquiète aussi Patrick Cormier, économiste indépendant qui a rédigé le mémoire de l’Association québécoise des producteurs d’énergie renouvelable (AQPER).


Il estime que la crise pourrait transformer l’économie québécoise. Le télétravail et la disparition de certaines entreprises, par exemple, devraient réduire la demande d’électricité.


Les deux experts estiment que la société d’État devrait réviser ses prévisions avant de lancer des appels d’offres pour augmenter l’offre d’électricité afin d’éviter de se retrouver encore avec des surplus pendant des années.


Par le passé, des prévisions trop optimistes ont mené à de mauvaises décisions, comme la construction d’une centrale au gaz naturel à Bécancour qui n’a jamais servi.


D’où viendra l’électricité ?


Reste que les promoteurs de projets éoliens attendent depuis longtemps un signal comme celui que vient d’envoyer Hydro-Québec. Selon Patrick Cormier, la filière éolienne est actuellement celle qui a une longueur d’avance pour répondre aux nouveaux besoins du marché québécois.





PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE


Vue du parc éolien de Baie-des-Sables





Hydro-Québec a toutefois d’autres options. Avant de donner le feu vert à la construction de nouveaux parcs éoliens, elle pourrait renouveler les contrats existants avec les premiers parcs construits en Gaspésie. Les contrats de deux de ces parcs arrivent à échéance. Il s’agit des parcs de Baie-des-Sables (109,5 mégawatts) et de Carleton (109,5 mégawatts), qui appartiennent tous deux à Innergex, entreprise dont Hydro-Québec est devenue le principal actionnaire.


L’électricité dont la division Distribution a besoin pourrait provenir d’Hydro-Québec elle-même, si la division Production ne prévoit pas trouver d’acheteur pour ses surplus dans les prochaines années.


Selon Jean-François Blain, c’est une possibilité qu’il ne faut pas écarter. C’est arrivé dans le passé que la division Production remporte un appel d’offres de la division Distribution, rappelle-t-il.


Un mégaprojet éolien déjà sur la table


À peine esquissés, les nouveaux besoins en électricité d’Hydro-Québec suscitent beaucoup d’intérêt, notamment dans les régions. Un énorme projet de parc éolien a été proposé à Hydro-Québec par deux MRC du Bas-Saint-Laurent.


Il s’agit d’un projet de 1200 mégawatts qui nécessiterait des investissements de 3 milliards, précise Michel Lagacé, président de la Régie intermunicipale de l’énergie du Bas-Saint-Laurent et préfet de la MRC de Rivière-du-Loup.


Ça fait un bout de temps que la région attendait de voir apparaître une « fenêtre » pour proposer son projet éolien, explique-t-il. Quand le gouvernement Legault a demandé aux régions de lui proposer des pistes de relance post-pandémie, la filière éolienne s’est imposée.


« C’est un projet qui pourrait se réaliser rapidement et à des prix très intéressants », soutient le préfet. La région est déjà partenaire d’un projet éolien et a goûté aux bénéfices générés par les contrats d’approvisionnement conclus avec Hydro-Québec. Elle est prête à investir encore, d’autant qu’elle peut emprunter à des taux intéressants.


Selon Michel Lagacé, des promoteurs privés se sont déjà montrés très intéressés à investir dans le projet. Malgré sa taille, le parc éolien projeté devrait être bien accepté par la population parce qu’il ne sera ni au bord du fleuve ni en milieu agricole.




Plus un projet est gros et plus les coûts sont réduits.



Michel Lagacé, président de la Régie intermunicipale de l’énergie du Bas-Saint-Laurent et préfet de la MRC de Rivière-du-Loup



Lancement rapide d’un appel d’offres


M. Lagacé et ses partenaires ont envoyé leur projet de parc éolien au ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, et lui demandent d’exiger d’Hydro-Québec le lancement rapide d’un appel d’offres pour 1200 mégawatts d’énergie éolienne.


Le gouvernement Legault, qui a été très critique des projets éoliens d’Hydro-Québec par le passé, a commencé à nuancer sa position.


« La situation de l’éolien a évolué et le coût est très intéressant pour de futurs projets d’Hydro-Québec, a fait savoir Mathieu St-Amand, porte-parole du ministre Fitzgibbon. L’apport de l’industrie éolienne au Québec est important et nous souhaitons continuer de développer notre expertise », ajoute-t-il, en précisant que les surplus d’électricité devront disparaître avant de lancer de nouveaux projets.