LA RÉPLIQUE

Du respect pour la langue acadienne et les Acadiens, s’il vous plaît

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Et pan dans les gencives !

Il y a une certaine élite au Québec qui trouve des échos dans le journal Le Devoir, que je lis tous les jours et dont j’apprécie la grande qualité. Cette élite, bien pensante, utilise régulièrement le terme « acadianisation » de façon péjorative. Un exemple parmi tant d’autres. Un article (Le Devoir, 11 octobre), signé par un éminent professeur du nom de Paul Warren, dans une critique du film Mommy s’indigne du langage utilisé par le cinéaste et par les nombreux sacres de ses personnages. Il conclut son article en disant que le Québec s’« acadianise » de plus en plus et que cela mène à l’anglicisation.

Je suis estomaqué, non pas par la qualité de la critique que le professeur Warren fait du film, mais je suis surpris de ses stéréotypes et préjugés envers la langue acadienne. Toute la partie de son texte où il exprime ses inquiétudes au sujet de l’avenir de la langue m’interpelle et devrait interpeller les Acadiens. D’ailleurs, il n’est pas le seul, car certains chroniqueurs de ce journal s’en donnent à coeur joie dans le même sens.

Mon point de vue est le suivant : la langue truffée de sacres qui se pratique toujours au Québec dans certains milieux n’est pas plus reliée à la langue acadienne qu’à la langue québécoise. Pour moi, c’est un niveau de langage qui appartient à la culture profonde d’un peuple. Les pêcheurs et bûcherons acadiens n’ont pas plus ni moins blasphémé que leurs compères québécois. Le frère Untel a déjà dénoncé un niveau de langage au Québec (le joual), que franchement nous ne connaissions pas en Acadie il y a 60 ans. Je pense que c’est un niveau de langage relié au passé religieux et catholique de nos peuples, acadien ou québécois. À preuve, une anecdote récente… En revenant de Mongolie il y a une semaine, mon voisin de siège sur un vol de 14 heures entre Séoul et New York, diplomate aux Nations unies, originaire d’Amérique latine, sacrait comme un charretier ! Acadien, Québécois, Latino, on se retrouve en famille ! D’ailleurs qui sont reconnus comme « Los Tabarnacos », au Mexique, les Acadiens ou les Québécois ?

Pourquoi prétendre que la langue acadienne mène à l’anglicisation ? Quand le peuple québécois aura autant souffert que le peuple acadien pour préserver sa langue, quand il aura eu autant de résilience pour préserver son identité, on pourra se reparler d’anglicisation… Et que dire du 40 ou 50 % des Québécois qui auraient des origines acadiennes ? Quelle langue parlent-ils ?

Toucher à la langue acadienne, qu’elle soit des provinces maritimes, du Québec, de la Louisiane ou de la Nouvelle-Angleterre, c’est toucher à l’« acadienneté » ; c’est m’atteindre dans mon identité acadienne. Oui, il y a des Acadiens anglicisés en Nouvelle-Angleterre, mais pas plus qu’il y en a parmi les Québécois qui ont immigré aux États-Unis au début du XXe siècle. N’y a-t-il pas des Lajeunesse qui sont devenus des Young ? Étaient-ils Acadiens ou Québécois ?

Il y a quelque chose qui s’appelle la fierté d’un peuple, le respect d’un peuple et j’ai un peu mon voyage d’entendre ou de lire chez une certaine élite québécoise que la langue acadienne est une sous-langue, un patois qui mène à l’anglicisation. Même le chiac ! Le franglais de la région de Moncton ne mène pas à l’anglicisation. C’est une langue de résistance. Sinon, pourquoi les Acadiens du sud-est du Nouveau-Brunswick continueraient-ils à le parler ? Ils seraient tous assimilés, ils seraient tous anglophones et on n’en parlerait plus. Non, au contraire, le chiac est identitaire, il existe pour distinguer cette communauté de la majorité anglophone.

Parlant de fierté : visitez la Péninsule acadienne et vous y trouverez plus de drapeaux acadiens au kilomètre carré que vous trouverez des fleurdelisés au Québec dans le même type d’espace. D’ailleurs, les Acadiens ont choisi un symbole républicain, alors que celui du Québec s’inspire de la tradition monarchique ! Si on continue de parler de la situation de la langue au Nouveau-Brunswick, je soutiens que la langue française parlée dans la Péninsule acadienne ou dans le pays des Brayons n’a rien à envier à la langue de la Gaspésie ou du Lac-Saint-Jean.

Et même la langue des Acadiens de Louisiane est respectable. Quand j’ai rencontré Claude Landry, un Acadien de St Martinsville âgé de 93 ans, et que j’ai commencé à parler français, ce qui est sorti de lui est une langue française, mais rabelaisienne… il avait les larmes aux yeux de pouvoir parler français. Que les cajuns aient gardé précieusement cette langue, au fond des bayous, malgré l’oppression culturelle et linguistique qu’ils ont subie depuis plus de 250 ans, est admirable. Plutôt que d’utiliser la langue acadienne comme un marchepied, comme un repoussoir, il faudrait y réfléchir. Un peu de respect, chers amis québécois !


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