GRAND REMPLACEMENT

Données renversantes sur les enfants immigrés devenus adultes

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Le Québec fait exception au Canada : les secondes générations d'immigrés sont plus pauvres que les « de souche »


L’immigration est un sujet chaud. Des données fiables sont donc cruciales pour analyser froidement la contribution socioéconomique des immigrés.


À ce sujet, Statistique Canada a récemment publié une base de données sur les immigrants entrés au Canada depuis 30 ans alors qu’ils étaient enfants (0 à 14 ans). Les renseignements qu’on en tire sont renversants, à plus d’un égard.


Ils suggèrent notamment que les enfants immigrés devenus adultes contribuent davantage à l’économie que les natifs d’ici. Et la situation du Québec, encore une fois, est passablement différente de celle du reste du Canada (ROC) … et pas nécessairement pour le mieux.





PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE


Une fois adultes, les enfants immigrés sont beaucoup plus nombreux à fréquenter les cégeps et les universités que les natifs du Canada.





Essentiellement, Statistique Canada a dressé le portrait de l’évolution socioéconomique de ces immigrés enfants devenus adultes, qu’elle compare à celle de l’ensemble des Canadiens du même âge. L’année de référence est 2017, soit la plus récente disponible pour les déclarations de revenus fédérales.


 

Premier constat : à l’âge de 20 ans, les immigrés qui ont grandi au Canada étaient un peu moins nombreux à travailler en 2017 que les Canadiens (79 % contre 84 %) et ils avaient un revenu médian moindre (9400 $ contre 11 650 $). Toutefois, cet écart de 19 % s’efface progressivement avec le temps et devient même favorable aux immigrés après quelques années.


Ainsi, à l’âge de 30 ans, les immigrés arrivés ici dans l’enfance gagnent 12 % de plus que les Canadiens du même âge (45 200 $ contre 40 260 $ en 2017).


Dit autrement, ces enfants ont surmonté les contraintes liées à l’intégration, tant et si bien qu’à l’âge adulte, ils gagnent davantage et finissent donc par contribuer plus aux revenus fiscaux des gouvernements que les natifs d’ici. Les résultats sont semblables, que ce soit avec les revenus médians ou moyens (1).




 



Ce constat surprenant permet de nuancer d’autres études sur le sujet, selon lesquelles les immigrants, dans leur ensemble, coûtent plus cher qu’ils ne rapportent à la terre d’accueil.


Par exemple, selon une récente étude de l’Institut du Québec, hausser le seuil d’immigration aurait pour effet de diminuer la croissance du PIB par habitant au Québec, ce qui réduirait donc la capacité de l’État de financer adéquatement nos services publics.


Consultez l’étude de l’Institut du Québec


https://ehw.395.myftpupload.com/wp-content/uploads/2020/05/201905-Immigration.pdf


À la lumière des données de Statistique Canada, ce désavantage serait temporaire au Canada, et il s’inverserait même dans le cas des enfants qui ont fréquenté nos écoles.


Qu’est-ce qui explique cette inversion ? Les données de Statistique Canada n’apportent pas toutes les réponses, mais une des données analysées est fondamentale : les immigrés enfants sont beaucoup plus nombreux à fréquenter les cégeps et les universités que les natifs du Canada.


De fait, en 2017, 70 % des immigrés de 20 ans qui avaient été admis au Canada enfants ont déclaré des droits de scolarité postsecondaires aux autorités fiscales, contre seulement 55 % pour l’ensemble des Canadiens de 20 ans. Bref, les immigrés sont proportionnellement beaucoup plus nombreux à étudier plus longtemps.


Cette formation plus poussée pourrait expliquer leur progression salariale plus grande, sachant que les revenus augmentent avec le niveau d’études.


La gestionnaire de la base de données sur l’immigration à Statistique Canada, Rose Evra, explique que l’agence a produit ces comparaisons justement en raison du débat qui court sur la contribution des immigrants. « On peut penser que la tendance est la même pour les enfants d’immigrés nés ici », dit-elle, bien que la base de données n’ait pas de chiffres à ce sujet.


Le cas particulier du Québec


Maintenant, autre surprise : les données pour le Québec sont passablement distinctes de celles d’ailleurs. Ainsi, contrairement aux autres grandes provinces, les immigrés enfants du Québec ne réussissent pas à rattraper ou à dépasser la rémunération des Québécois d’origine entre 20 et 30 ans.


Oui, à 20 ans, les enfants immigrés au Québec gagnent moins que les Québécois de cet âge (9000 $ contre 12 000 $), comme c’est le cas ailleurs. Toutefois, cet écart de 25 % ne s’inverse pas pour faire de ces immigrés des travailleurs mieux payés à l’âge de 30 ans. Ils comblent une bonne partie de l’écart, certes, mais continuent à avoir des revenus médians inférieurs de 3,4 % à l’âge de 30 ans (35 800 $ contre 37 070 $).


Ailleurs, les immigrés qui ont grandi ici font, à l’âge de 30 ans, 13 % de plus que les Canadiens du même âge en Ontario, 10 % en Alberta et 17 % en Colombie-Britannique.


Diverses hypothèses pourraient être émises pour expliquer ces différences, qu’il faut énoncer avec prudence. Le Québec a des immigrés d’origines bien différentes de ceux du reste du Canada, notamment pour des questions de langue. Est-ce un facteur ?


Les données indiquent par ailleurs que les immigrés qui ont grandi au Québec sont un peu moins nombreux qu’ailleurs à faire des études postsecondaires ou, du moins, à réclamer des déductions au fisc à ce sujet. Quelque 65 % des jeunes immigrés de 20 ans qui ont grandi ici font de telles études, contre 70 % pour la moyenne canadienne pour cette même catégorie d’immigrés.


Cette différence n’explique pas tout, puisque les jeunes immigrés de 20 ans étudient tout de même davantage (65 %) que l’ensemble des Québécois du même âge (53 %). De plus, il est possible que la gratuité des cégeps explique qu’il y ait, au Québec, moins de réclamations fiscales pour études postsecondaires (53 %) qu’en Ontario (62 %). En Alberta et en Colombie-Britannique, cette proportion est de 47 % et de 53 %.


« On ne s’est pas attardé aux comparaisons provinciales. Il faudrait voir le profil des immigrés (proportion de réfugiés, immigration économique, réunion familiale, etc.) », dit Mme Evra.




 



Consolation pour le Québec : en 2017, les immigrés âgés de 20 ans étaient plus nombreux à travailler que la moyenne au Canada (83 % contre 79 %) et aussi nombreux à l’âge de 30 ans (83 %).


Dans le contexte des débats sur l’immigration, les données de Statistique Canada demeurent renversantes, suggérant que l’immigration, à la deuxième génération, a pour effet d’augmenter plus rapidement la croissance économique au Canada. Des chercheurs devraient passer les données au peigne fin pour mieux comprendre.


Consultez la base de données 


https://www150.statcan.gc.ca/t1/tbl1/fr/cv. action ? pid=4 310 002 501


1. L’approche longitudinale de la base de données de Statistique Canada donne une bonne idée des tendances, même si elle est imparfaite. L’idéal aurait été d’avoir une base de données par cohortes, c’est-à-dire qui suit le même groupe d’immigrés dans le temps.