Sondage Léger Marketing-Le Devoir

Division chez les électeurs péquistes

45 % voudraient que Pauline Marois cherche à améliorer la position du Québec au sein du Canada, contre 50 % qui souhaitent poursuivre l'objectif de la souveraineté

Sondages 2011

Avec la mise en veilleuse de l'objectif référendaire, le Parti québécois se retrouve divisé. Près de la moitié des électeurs péquistes estiment que le PQ devrait chercher à améliorer le statut du Québec dans le cadre canadien actuel, en négociant des transferts de pouvoirs, plutôt que de viser la souveraineté.
Les résultats de la deuxième partie du sondage Léger Marketing - Le Devoir effectué à la fin de la semaine dernière tendent à démontrer que la souveraineté ne suscite guère d'engouement pour l'instant. Les partisans du Parti québécois disent préférer à 45 % que les troupes dirigées par Pauline Marois cherchent à améliorer la position du Québec au sein du Canada. À l'inverse, 50 % des péquistes disent que leur parti devrait poursuivre l'objectif de l'indépendance.
Selon le sondeur Christian Bourque, de Léger Marketing, la souveraineté n'est pas «l'enjeu du jour», ni pour les péquistes ni pour l'ensemble de la population, qui estime à 63 % que le PQ devrait faire progresser la fédération canadienne. À travers le Québec, seulement 26 % des répondants estiment que le PQ doit maintenir la souveraineté sur son écran radar, et 11 % refusent de répondre ou disent ne pas savoir.
«Le message est de deux ordres. Parler de souveraineté n'est pas la meilleure stratégie à adopter actuellement. Et plutôt que de se croiser les bras, tentons d'aller chercher le maximum, jusqu'au jour il sera temps de parler de nouveau de souveraineté», décode M. Bourque à partir de ce sondage.
Mais ce discours «défaitiste» chez les péquistes, comme le qualifie M. Bourque, ne s'arrête pas là. Si les électeurs favorables au PQ disent souhaiter à 90% que le Québec devienne un pays indépendant, ils sont tout de même 40% à ne pas croire que cela se produira. Une proportion de 54 % de péquistes croient au contraire qu'ils pourront vivre le grand soir tant attendu et 6% ne se prononcent pas.
Dans l'ensemble de la population, c'est moins d'un Québécois sur trois (31%) qui croient que le Québec participera un jour au concert des nations, contre 59% qui n'y croient pas et 9% qui n'ont pas exprimé d'opinion sur la question.
L'attitude de l'électorat péquiste ne semble pas étrangère à la position mise de l'avant par la chef du Parti québécois. À son arrivée à la tête du PQ, l'année dernière, Pauline Marois a annoncé sa volonté de mettre de côté la mécanique référendaire. Il faut cesser de s'empêtrer dans l'échéancier d'un référendum et les formules qui prennent l'allure d'un carcan, comme les «1000 jours» proposés par Bernard Landry et «le plus tôt possible dans un prochain mandat» défendu par André Boisclair, arguait-elle. Lors du conseil national tenu en mars dernier, les militants ont suivi la voie tracée par leur chef.
Du coup, l'ardeur souverainiste ne semble pas au rendez-vous et oblige à un nouvel alignement dans les façons de faire, constate Christian Bourque. «Plutôt que de frapper un mur, aussi bien ne pas foncer dedans, semblent se dire les péquistes. Il vaut donc mieux changer de voie», fait valoir le sondeur.
Ce dernier reconnaît toutefois que cela n'a rien pour mobiliser les troupes souverainistes. Sur la scène provinciale, le PQ peut prétendre au pouvoir, mais à Ottawa, le Bloc québécois, en éternelle opposition, se nourrit essentiellement de la ferveur de ses supporteurs afin de faire triompher l'option souverainiste.
Or, le sondage Léger Marketing fait ressortir une nouvelle difficulté pour le mouvement et ses leaders, Pauline Marois et le chef bloquiste, Gilles Duceppe. L'élan provenant des jeunes électeurs de 18 à 24 ans n'est plus ce qu'il était. Ils ne sont pas plus souverainistes que les générations qui les précèdent, comme laissent voir les résultats du sondage.
«On ne voit plus les braises souverainistes qu'étaient les jeunes. Dans les années 1990, jusqu'au tournant des années 2000, il y avait toujours environ 60 % des jeunes de 18-24 ans qui appuyaient la souveraineté. On est à 41 % pour ce groupe aujourd'hui», explique M. Bourque, qui souligne qu'il s'agit d'un recul pour les souverainistes et d'un avantage certain pour les fédéralistes.
Globalement, quand on demande aux Québécois quel choix ils feraient si un référendum sur la souveraineté avait lieu maintenant, ils sont 42 % à dire qu'ils voteraient OUI et 58% NON (après répartition des indécis). Il est à noter que 14 % des électeurs libéraux voteraient pour la souveraineté et 24 % de péquistes contre.
«Il y a un certain essoufflement, observe M. Bourque. C'est difficile après ça de mettre le poing sur la table, d'avoir les baguettes en l'air et de faire flotter les drapeaux pour dire qu'on va aller chercher notre pays.»
Cette enquête de Léger Marketing a été menée pour le compte du Devoir, du 16 au 20 avril, auprès de 1002 Québécois. Les résultats sont précis à 3,4 %, 19 fois sur 20.


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