De nouveaux pays sur la carte?

Canada-Québec - sortir ou rester ? <br>Il faudra bien se décider un jour...

II y a tout juste vingt ans, avec la levée d'une loi martiale ininterrompue pendant près de quatre décennies, l'île de Taïwan entreprenait -- c'était le 17 juillet 1987 -- un passage éclair de la dictature à la démocratie: coup d'envoi d'un extraordinaire mouvement méconnu, appelé officiellement Anjing Geming.
Ce terme chinois se traduit très précisément par «Révolution tranquille».
Redécouverte d'une culture insulaire propre, revalorisation de la langue taïwanaise face au mandarin et à l'idéologie «panchinoise» du dictateur Tchang Kaï-tchek, émergence d'un parti indépendantiste, le Parti démocratique progressiste de l'actuel président Chen Shui-bian... Cette «Révolution tranquille» épousa certaines caractéristiques bien connues dans d'autres contrées qui -- comme c'est étrange -- avaient utilisé, peu avant, le même vocabulaire...
Pour autant, le président Chen, qui doit quitter la scène politique en 2008... laissera-t-il derrière lui un Taïwan en voie d'accéder à une véritable indépendance? Un statut qui serait reconnu à l'étranger, loin de la situation bancale d'aujourd'hui: «province rebelle de la Chine», quasi indépendante dans les faits... mais absolument pas sur le plan juridique, et sous la lourde menace d'une future réunification forcée «à la Hong Kong»?
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Dans une entrevue qu'il vient d'accorder au Washington Post, Chen affirme son intention de tenir, à son départ, un référendum. Non pas sur une déclaration immédiate d'indépendance (qui entraînerait ipso facto une invasion militaire chinoise -- avant même qu'un tel référendum puisse être organisé!). Mais pour demander aux Taïwanais s'ils considèrent simplement que Taïwan puisse éventuellement «adresser une demande formelle d'admission à l'ONU».
Ce geste apparaît comme le coup de poker final d'un politicien qui -- à l'instar de René Lévesque -- n'aura jamais pu réaliser son rêve. Car le Québec et Taïwan sont probablement les deux seuls endroits au monde où des formations indépendantistes ont longuement gouverné leur «province»... sans jamais pouvoir faire aboutir leur projet!
Malgré une autonomie de facto extrêmement étendue, malgré des succès économiques non démentis, Taïwan se sera en fait éloigné, au cours des deux mandats de Chen (2000-2008), d'une reconnaissance formelle par le reste du monde.
C'est que la diplomatie pékinoise -- qui surfe depuis une décennie sur une extraordinaire vague ascendante -- a déployé, sur la question de Taïwan, un efficace arsenal fait de persuasion, d'intimidation... et d'argent.
Son objectif: marginaliser Taïpei (au besoin en «achetant» les petits pays qui, comme Haïti et le Nicaragua, ont maintenu le contact avec Taïwan), marteler l'idéologie «un pays, deux systèmes»... et surtout faire entrer dans la tête des Taïwanais que l'indépendance ne pourrait aboutir qu'à une sanglante tragédie.
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Si les chances d'apparition d'un nouveau pays souverain dans le détroit de Formose paraissent faibles, qu'en est-il ailleurs?
Le site Internet du mensuel Foreign Policy publie ces jours-ci un tableau qui compare les six endroits qui seront les plus «à suivre» à ce chapitre et où pourraient apparaître, bientôt, de nouveaux pays.
La liste pourra en décevoir certains: le Québec en est absent, tout comme l'Écosse et la Catalogne. Et on ne parle pas des malheureux Sahraouis, où des référendums ont été promis mais jamais réalisés...
Pour chaque cas présenté, Foreign Policy qualifie la future indépendance de «probable», «possible» ou «peu probable» et ajoute la nuance «à court terme» ou «à long terme». Selon les auteurs, l'indépendance du Kosovo, officiellement soutenue par les États-Unis, n'est plus qu'une question de temps. Elle devrait même se faire assez vite, malgré l'opposition opiniâtre de Belgrade et de Moscou. La quasi-totalité des Kosovars désirent cette indépendance, au surplus appuyée par l'ONU dans un rapport officiel.
On attend avec intérêt la position d'Ottawa... qui devrait normalement s'aligner sur Washington, malgré de compréhensibles réserves. De la future Palestine indépendante, Foreign Policy pense qu'elle est «probable» mais qu'elle prendra du temps. L'état de démolition de la société palestinienne -- sous l'effet de facteurs à la fois externes et internes -- n'empêchera pas, selon la revue, ce destin manifeste... Mais on ne précise pas de quoi aura l'air, à la fin, cette «Palestine indépendante».
La liste de Foreign Policy comporte également le Sud-Soudan, noir, non musulman et plein de pétrole. Un référendum d'autodétermination est prévu en 2011. Pronostic de Foreign Policy: indépendance «peu probable» car Khartoum refusera de reconnaître un «oui».
Par contre, attendez-vous à voir surgir de terre, sur les ruines de la guerre d'Irak, un Kurdistan indépendant -- et ce, prédit Foreign Policy, malgré les très fortes objections de la Turquie. Et aussi un Somaliland, au nord de la Somalie actuelle... pays «très probable» d'après la revue: on ne l'avait pas vu venir, celui-là!
Et le verdict sur Taïwan: indépendance «peu probable», parce que c'est la féroce intransigeance de Pékin qui l'emportera en définitive sur tout autre argument.
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François Brousseau est chroniqueur et affectateur responsable de l'information internationale à la radio de Radio-Canada
francobrousso@hotmail.com

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François Brousseau est chroniqueur et affectateur responsable de l'information internationale à la radio de Radio-Canada.





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