D’un J.-F. Lisée à l’autre

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Y a-t-il un vrai Jean-François Lisée ?






Jean-François Lisée est un homme à multiples facettes. Lorsqu’il s’adresse aux Québécois, l’on doit deviner lequel des J.-F. Lisée s’exprime­­. Pour se faire élire à la direction du PQ, le candidat a misé sur les thèmes de l’identité et de l’immigration, doublant ainsi­­ Alexandre Cloutier, le favori, qu’il a vaincu.




J.-F. Lisée ajuste donc son discours selon­­ les interlocuteurs et les enjeux, ce qui n’implique pas qu’il ne dise pas ce qu’il pense, mais qu’il trie dans sa pensée féconde les avenues menant à son but.




Cette semaine, dans une entrevue à La Presse, le chef péquiste dévoile les thèmes qu’il abordera lors de l’élection de 2018. L’économie, les régions et la langue auront alors priorité à ses yeux. Ses yeux en permanence sur les sondages le font conclure que son adversaire naturel est la CAQ, qui rejoint une clientèle nationaliste qu’il devra attirer vers lui.




Personnalité impulsive et excessive




Si j’étais François Legault, je m’inquiéterais. D’abord, J.-F. Lisée le décrit comme un impulsif et un excessif. Deux défauts­­ alors chez lui, l’impulsivité et l’excès, seraient donc des qualités, car il ne doute guère de sa capacité rationnelle pour contenir les débordements­­ de sa propre personnalité­­.




Si j’étais François Legault, je serais­­ préoccupé, car une élection se gagne par la parole, cette force de frappe qui échappe au chef de la CAQ. Ce qui explique les comparaisons boiteuses et une gaucherie langagière­­ qui l’oblige à être souvent sur la défensive.




La réussite de François Legault en affaires­­ lui confère une autorité certaine pour parler d’économie, mais son populisme le dessert. Par exemple, le chef de la CAQ propose une baisse d’impôts des contribuables, une mesure purement électoraliste, et il le sait. J.-F. Lisée aura beau jeu en affirmant que la priorité est de protéger plutôt les services en santé et en éducation.




L’homme des régions




Jean-François Lisée est un intellectuel qui a grandi à Thetford Mines, ce qui lui donne une sensibilité particulière pour les questions régionales. Et comme il ne résiste pas à user d’un vocabulaire démagogique­­, il a parlé d’un «ostie de bon gouvernement», qu’il espérerait diriger­­. Certains l’apprécieront pour ses écarts de langage étudiés et François Legault, l’homme des raccourcis politiques, ne sera plus seul pour occuper ce créneau «peuple».




Jean-François Lisée peut en jouant à pile ou face avec ses idées aux apparences contradictoires compétitionner avec le chef de la CAQ sur la question identitaire. En effet, François Legault souhaite à l’évidence occuper ce terrain par conviction, mais aussi par électoralisme. Et les circonstances de l’actualité s’y prêtent en permanence.




Jean-François Lisée est toujours souverainiste, mais ne veut pas d’un référendum en 2018. François Legault a conservé, quoi qu’il en pense, sa sensibilité souverainiste – on ne s’arrache pas le cœur à mains nues –, mais c’est un pragmatiste. On ne peut pas avoir créé Air Transat en étant idéologue. Sa position politique est, finalement, moins confortable que celle du contorsionniste Lisée, qui, sa carrière le démontre, a atteint­­ à ce jour ses objectifs.




L’avenir dira si le chef péquiste réussira à dégarnir le terrain politique occupé par la CAQ. Pendant ce temps, la perception négative du PLQ dans l’opinion publique­­ s’atténuera-t-elle? Bien malin celui qui le prédirait.



 




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