Crise de l'euro - Tragédie grecque

Crise de l'euro


L'Europe, et plus particulièrement la zone euro, vit à l'heure de la tragédie grecque. En effet, en moins de 48 heures, un chapelet d'événements a ajouté son lot de difficultés à une crise qui se distingue notamment, on n'insistera jamais assez, par sa durée. Un, la crise a tellement affaibli le gouvernement du premier ministre Georges Papandréou que celui-ci planche sur un remaniement majeur du cabinet. Deux, sur les marchés la fébrilité est si aiguisée que les principales places boursières du continent enregistrent repli après repli. Trois, voilà que l'agence Moody's annonce que les principales banques françaises, passablement exposées en Grèce à l'instar de leurs consœurs allemandes, sont désormais surveillées. Quatre, le pessimisme s'étant installé à demeure, pour ainsi dire, des économistes réputés, comme Nouriel Roubini, assurent que cette crise est le signe avant-coureur de l'éclatement de la zone euro d'où les pays aux économies faibles seront éjectés. Bref, la cour est pleine.
Dans cette histoire, le facteur expliquant plus que tout autre pourquoi les autorités soit-disant concernées peinent à trouver une solution s'appelle un déni de la réalité. Mais encore? Alors que des économistes, les acteurs du marché et certains politiciens estiment qu'une restructuration de la dette grecque est inévitable, la Banque centrale européenne (BCE), la Commission européenne et un quarteron d'élus s'obstinent à l'écarter.
Ce refus découle d'abord d'un souci bien trempé pour l'intérêt de quelques-uns. De quoi s'agit-il? La BCE et consorts craignent que toute négociation de la restructuration, impliquant obligatoirement les créanciers privés, est un effet boomerang sur la santé financière des établissements financiers allemands et français entremêlés dans l'économie grecque. Ils envisagent avec effroi, si restructuration il y a, d'être dans l'obligation de secourir à coups de milliards ces établissements. En un mot, ils appréhendent un Lehman Brothers prise 2.
Ce n'est pas tout. Ils redoutent qu'après le cauchemar grec les marchés attaquent, dans l'ordre, l'Irlande, le Portugal, l'Espagne et l'Italie et que ce faisant, la monnaie unique implose. À cet égard, on se rappellera que certains acteurs influents de la planète financière n'ont jamais accepté, digéré, la création d'un euro qui a eu pour conséquence, entre autres choses, une raréfaction des monnaies, et donc de cibles payantes. Ici et là, on a noté que la City de Londres a redoublé d'agressivité contre l'euro la semaine dernière.
En Grèce, le gouvernement est pris comme jamais entre l'arbre et l'écorce. Après avoir été mis dans l'obligation d'imposer des coupes dans les salaires, de réduire les retraites, de mettre sur pied un programme accéléré de privatisations et autres mesures, le voici aux prises avec la grogne ferme et constante des jeunes, des vieux et de l'entre-deux. Le degré d'exaspération est tel qu'il a tenté de convaincre l'opposition de participer à un gouvernement d'union nationale. Le chef de celle-ci, qui soit dit en passant avait masqué l'état lamentable des finances grecques, a refusé la main tendue, lui préférant le déclenchement d'élections générales. C'est à se demander si l'irresponsabilité n'est pas la chose la mieux partagée de la vieille Europe.


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