Crimes d'honneur - Au Canada aussi !

Burqa interdite



Quelque 5000 femmes et filles seraient assassinées chaque année dans le monde sous des prétextes fallacieux: accusées, sans preuve ni défense, d'avoir eu un comportement déshonorant la famille, elles disparaissent. Le Canada, comme avant lui d'autres pays occidentaux, n'est pas épargné par ce phénomène, qui n'ira pas s'atténuant, surtout si la société l'ignore.
La jeune Aqsa Parvez, une Ontarienne d'origine pakistanaise assassinée par son père et son frère en décembre 2007, serait la douzième victime d'un crime d'honneur commis au Canada depuis 2002. Les deux hommes ont été condamnés cette semaine à la prison à vie pour avoir tué l'un sa fille, l'autre sa soeur, qui avait «déshonoré» la famille en manifestant le désir de vivre à l'occidentale.
Vivre à l'occidentale? Porter des jeans, un tee-shirt. Souhaiter un travail à temps partiel. Voir des amis en dehors des heures de classe. Profiter d'un bon film: deux jours avant son décès, alors qu'elle était dans la famille d'une amie chez qui elle avait trouvé refuge, Aqsa, 16 ans, était allée au cinéma pour la toute première fois de sa vie...
La vie de cette jeune fille fut troquée contre l'honneur d'une famille. Arrivée au tournant des années 2000 au Canada, la famille Parvez — trois garçons, cinq filles, Aqsa étant la plus jeune des huit — venait tout droit du Pakistan, un pays où, malgré le fait que les crimes d'honneur soient passibles de peine de mort depuis 2004, quelque 300 femmes et filles meurent encore chaque année pour des «offenses» aussi légères que d'avoir bavardé avec un voisin, aussi odieuses que d'avoir été victime d'un viol.
Aqsa était la seule des filles à exprimer clairement son refus de porter le hidjab. La seule à avoir contesté le choix familial d'un époux choisi pour elle, un cousin vivant au Pakistan. La seule à vouloir travailler. La seule à avoir osé demander de l'aide — on ne peut d'ailleurs ici accuser la société d'avoir ignoré la détresse d'une comparse, car quelques personnes clés à son école, de même que les parents de ses amis, ont tenté de l'extirper du milieu familial.
Aqsa avait prévenu son vice-principal: «Mon père va me tuer.» Ce qu'il a fait, apparemment aidé de son fils, ou vice-versa. Dans l'interrogatoire effectué par les policiers quelques instants après le drame, la mère, Anwar Jan, rapporte les propos de son mari, qui explique son geste: «C'est mon insulte! Ma communauté dira que je n'aurai pas été capable de contrôler ma fille. Elle m'a mis à nu!»
L'horreur colore ce crime, drapé d'une fausse fierté avec son étiquette «honorable». Les deux hommes ont plaidé coupable à un chef de meurtre non prémédité, ce qui les destine à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 18 ans. Dans les faits, le crime d'honneur n'a rien d'un geste non prémédité, bien au contraire! Il est souvent planifié, accepté par le conseil de famille, organisé, orchestré jusque dans le moindre détail et perpétré avec la complicité des proches.
Comme notre société, qui trop doucement comprend qu'elle n'assiste pas à des gestes déments, la justice prend la mesure de ces actes, qu'on ne doit plus atténuer sous prétexte de relativisme culturel. La sentence imposée mercredi par le juge Bruce Durno — la plus sévère, sauf erreur, associée à un crime d'honneur au Canada — associe clairement l'inacceptable à ces meurtres commis par des hommes sur des femmes.
Il ne doit exister ni dans l'esprit de la justice, ni dans celui de la société, aucune disculpation associée à la culture pour une atrocité comme le crime d'honneur. Le ministre de l'Immigration Jason Kenney l'a d'ailleurs clairement marqué en affirmant que «le multiculturalisme ne doit pas servir d'excuse, ou de justification morale ou légale pour des pratiques aussi barbares. Le multiculturalisme n'équivaut pas au relativisme culturel». Bien dit.
D'autres de ces causes sont pendantes, et plus près de nous encore. À Montréal, trois membres d'une même famille sont en attente d'un procès pour avoir apparemment éliminé quatre femmes, également de leur famille. Une femme de Dorval aurait agressé sa fille à l'arme blanche dimanche dernier; les enquêteurs soupçonnent le crime d'honneur. Ces événements ne doivent pas être pris à la légère. La culture qui les nourrit et fait souffrir des femmes, en plus de les tuer, mérite notre plus grande vigilance.


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