COVID-19: Trump veut placer l’immigration au coeur des débats

Df557e05a218e05099b989552088a2e8

Tous les patriotes doivent profiter de la crise pour demander un moratoire sur l'immigration


(Washington) En pleine épidémie de coronavirus, et à six mois de l’élection présidentielle, Donald Trump fait des annonces fracassantes sur l’immigration, au risque d’être accusé d’utiliser la pandémie pour promouvoir une ligne dure sur ce sujet sensible.


Au moment où la première économie mondiale est confrontée à des chiffres inimaginables il y a encore quelques semaines - 22 millions de nouveaux inscrits au chômage - le président américain a promis de suspendre temporairement l’immigration aux États-Unis.


Fidèle à sa méthode, il a opté pour une annonce spectaculaire - dont il savait qu’elle allait galvaniser sa base électorale et susciter une vive polémique - tout en restant extrêmement évasif.


Le tweet, envoyé lundi tard dans la soirée, était avare en détails. Et la Maison-Blanche n’a fourni aucune précision mardi matin, sur le calendrier comme sur le fond.  


 

« À la lumière de l’attaque de l’Ennemi Invisible, et face à la nécessité de protéger les emplois de nos GRANDS citoyens américains, je vais signer un décret présidentiel pour suspendre temporairement l’immigration aux États-Unis ! ».


 


Pour lutter contre la propagation du coronavirus, Donald Trump avait dès janvier restreint les déplacements avec la Chine, avant d’interdire, pour les non-Américains, les voyages entre les États-Unis et la plupart des pays européens.


Mais ce qu’évoque dans ce tweet l’ancien homme d’affaires de New York, chantre de la lutte contre l’immigration illégale, est d’une nature différente.  


Il laisse entendre qu’il veut fermer purement et simplement - pour une durée qui reste à déterminer - le système d’immigration légale aux États-Unis.


En d’autres termes, ne plus accorder de visas de travail ou de cartes de résident permanent (Green card) aux étrangers souhaitant se rendre aux États-Unis.


Selon des responsables cités par le Wall Street Journal, le décret pourrait cependant prévoir des exceptions pour les travailleurs agricoles et les migrants travaillant dans le secteur de la santé.


Selon les chiffres officiels, le nombre de visas d’immigration accordés sur l’année budgétaire 2019 s’est élevé à 462 000, en net recul par rapport aux 617 000 accordés en 2016.


« Détourner l’attention »


L’évocation de ce décret, qui serait très probablement immédiatement contesté en justice, a suscité une levée de boucliers dans le camp démocrate.


L’élu du Texas Joaquin Castro a dénoncé une manœuvre « visant à détourner l’attention de l’échec de Trump à arrêter la propagation du coronavirus ».


« C’est aussi une décision digne d’un régime autoritaire pour profiter d’une crise afin de pousser son programme anti-immigration », a-t-il ajouté.


Son collègue Jerry Nadler a déploré que le président ait choisi de faire des migrants les boucs émissaires de la crise actuelle.


« La réalité est que nombre de migrants sont en première ligne et nous protègent : médecins, infirmières, aides-soignants, ouvriers agricoles, employés de la restauration ».


Si, comme c’est probable, le débat se place sur le terrain judiciaire, les débats seront suivis avec une attention particulière.


La Cour suprême a, ces derniers mois, accordé plusieurs victoires significatives à l’administration Trump en matière d’immigration.


Il y a un mois, elle l’a autorisé à poursuivre une politique qui a permis de renvoyer au Mexique plus de 60 000 demandeurs d’asile.


Annoncée en décembre 2018 et mise en œuvre un mois plus tard, cette politique, baptisée « Rester au Mexique », vise tous les demandeurs d’asile arrivés aux États-Unis via le Mexique, mais pas les Mexicains eux-mêmes, et permet de les maintenir hors des États-Unis le temps de l’examen de leur dossier.


Preuve s’il en était besoin que Donald Trump a les yeux rivés sur le scrutin présidentiel du 3 novembre, il a multiplié mardi matin les tweets sur sa popularité, et sur sa victoire de 2016.


« C’est incroyable que je sois devenu président des États-Unis avec des médias aussi corrompus et malhonnêtes qui m’attaquent jour et nuit », a-t-il écrit.


« Soit je suis très bon, bien meilleur que les Fake news ne veulent l’admettre, soit ils n’ont pas le pouvoir que l’on croyait ! ».